

Canada
Anne de Green Gables
- Pays
- Canada
- Âge
- 9–14 ans

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Anne de Green Gables
Matthew Cuthbert se rendait à la gare de Bright River pour chercher un garçon orphelin. Lui et sa sœur Marilla avaient décidé d’accueillir un enfant assez grand pour aider un peu à la ferme et assez jeune pour s’habituer à son nouveau foyer. Mais aucun garçon ne l’attendait sur le quai. À sa place était assise une fillette maigre d’environ onze ans, avec deux tresses rousses, des taches de rousseur, une vieille valise et des yeux si vifs qu’on aurait dit qu’ils contenaient la moitié du monde. — Vous êtes sûrement monsieur Matthew Cuthbert de Green Gables ? demanda-t-elle. Je suis tellement contente que vous soyez venu ! Je commençais à penser que je devrais dormir dans un cerisier sauvage. Ce serait un peu effrayant, mais sous la lune on pourrait imaginer que c’est un palais de marbre. Matthew parlait peu. Anne Shirley, elle, parlait assez pour deux. Tout le long du trajet, elle donna de nouveaux noms à l’étang, à l’allée et au bois, admira les pommiers et répéta combien il devait être merveilleux d’appartenir enfin à quelque part. Lorsqu’ils arrivèrent à Green Gables, Marilla comprit immédiatement qu’il y avait eu une erreur. — Nous attendions un garçon. Anne pâlit. — Alors vous ne voulez pas de moi ? Son désespoir était si sincère que même Marilla, pourtant très pratique, sentit son cœur se serrer. Elle pensa d’abord renvoyer la fillette. Mais en quelques jours, Anne avait rempli la maison silencieuse de questions, d’histoires et de noms imaginaires. Matthew, sans grand discours, prit clairement son parti. Finalement, Marilla annonça qu’Anne resterait. Green Gables devint ainsi, pour la première fois, le véritable foyer d’une enfant. Anne voulait sincèrement bien se conduire. Le problème était que son imagination courait souvent plus vite que sa prudence. Lorsque leur voisine, madame Rachel Lynde, fit une remarque peu aimable sur ses cheveux roux et ses taches de rousseur, Anne explosa et répondit beaucoup trop vivement. Marilla exigea qu’elle s’excuse. Anne transforma ses excuses en un discours si dramatique que même madame Lynde dut cacher un sourire. La meilleure amie d’Anne devint Diana Barry. Les deux filles jurèrent une amitié éternelle, donnèrent un nom extraordinairement solennel à leur promesse et passèrent ensemble tout leur temps libre. Un jour, Marilla permit à Anne d’inviter Diana à prendre le thé. Anne voulut lui servir une boisson aux framboises. Mais elle prit la mauvaise bouteille et versa du vin de groseille. Diana se sentit mal. Sa mère crut qu’Anne avait agi volontairement et interdit aux filles de se voir. Pour Anne, ce fut une véritable tragédie. Peu après, la petite sœur de Diana tomba gravement malade. Les adultes paniquaient. Anne se souvint de ce qu’elle avait appris lorsqu’elle gardait des enfants avant d’arriver à l’orphelinat. Elle resta calme et fit ce qu’elle pouvait jusqu’à l’arrivée du médecin. Madame Barry comprit alors qu’Anne n’était pas une enfant irresponsable, mais une fille attentive et courageuse. Elle permit à Diana de retrouver son amie. À l’école, Anne avait un rival particulier : Gilbert Blythe. Le premier jour, il tira sur l’une de ses tresses et l’appela « Carotte ». Anne, qui souffrait énormément de ses cheveux roux, se mit dans une colère noire et cassa son ardoise sur sa tête. Gilbert demanda immédiatement pardon. Anne décida néanmoins de ne plus jamais lui adresser la parole. À partir de ce jour, ils se disputèrent surtout par les notes. Si Gilbert était premier en arithmétique, Anne travaillait jusqu’à le rattraper en littérature. Si Anne obtenait la meilleure note, Gilbert redoublait d’efforts. Leur rivalité, même s’ils refusaient de l’admettre, les faisait progresser tous les deux. À la maison, Matthew était secrètement très fier d’Anne. Il ne contestait presque jamais les décisions de Marilla. Mais un jour, il décida qu’Anne devait posséder une jolie robe à manches bouffantes comme les autres filles. Lui-même était tellement timide avec les vendeuses qu’il ne réussit pas à l’acheter correctement. Il demanda donc l’aide de madame Lynde. Lorsque Anne vit la nouvelle robe, elle rayonnait. Pas seulement à cause des manches. Mais parce que Matthew avait remarqué un petit rêve dont elle parlait depuis longtemps. Les années passèrent. Anne apprit à réfléchir un peu davantage avant de parler. Elle ne cessa jamais d’inventer. Elle n’était plus la fillette solitaire avec une vieille valise. Elle avait Marilla. Matthew. Diana. Une école. Un verger. Une chambre sous le toit. Et tout un village où son nom signifiait quelque chose. Son enseignante, mademoiselle Stacy, remarqua ses capacités et lui proposa de préparer l’examen d’entrée à la Queen’s Academy. Anne travailla avec toute son énergie. Gilbert se préparait lui aussi. Leur ancienne rivalité avait perdu son amertume et ressemblait davantage à un défi silencieux entre deux élèves qui se poussaient mutuellement à devenir meilleurs. Anne réussit brillamment ses examens. Plus tard, elle obtint même une bourse qui pouvait lui ouvrir la route vers des études supérieures. L’avenir semblait immense. Puis Green Gables fut frappé par un grand chagrin. Matthew mourut soudainement. La maison où sa présence tranquille avait toujours semblé naturelle devint terriblement vide. Anne comprit alors que grandir ne signifie pas seulement avoir davantage de possibilités. Cela signifie aussi continuer à porter l’amour de quelqu’un lorsqu’il n’est plus physiquement auprès de nous. Peu après, la vue de Marilla se détériora. Le médecin lui expliqua qu’elle devait éviter de se fatiguer sous peine de perdre encore davantage la vue. Marilla envisagea de vendre Green Gables, puisqu’elle ne pouvait plus gérer seule la ferme. Anne ne réfléchit pas longtemps. Elle renonça à sa bourse. — Je resterai ici, j’enseignerai et je t’aiderai. Marilla protesta. — Tu avais d’autres projets. — Je ne renonce pas à mon avenir. Ma route tourne simplement dans une autre direction. Le poste d’enseignant à Avonlea devait d’abord revenir à Gilbert. Lorsqu’il apprit la décision d’Anne, il céda volontairement la place et accepta d’enseigner dans un autre village. Anne en fut bouleversée. Elle le rencontra sur la route. — Merci, Gilbert. C’était très généreux. Il sourit. — Alors, est-ce qu’on peut enfin devenir amis ? Anne pensa à l’ardoise cassée, au mot « Carotte » et à toutes ces années de silence obstiné. Tout cela lui parut soudain très lointain. Elle lui tendit la main. Le soir, Anne rentra à Green Gables. La vie devant elle n’était pas celle qu’elle avait dessinée dans son imagination quelques mois auparavant. Mais Marilla était là. L’école. Ses amis. Les livres. Le ciel du soir au-dessus d’Avonlea. Et de nombreuses routes encore inconnues. Autrefois, Anne avait eu peur de n’être voulue nulle part. À présent, elle connaissait une vérité différente. Un foyer n’est pas seulement l’endroit où quelqu’un vous conduit par hasard. C’est l’endroit qu’on finit par aimer assez pour rester lorsqu’il a besoin de nous.
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