

Allemagne
Le Serpent blanc
langage des animaux, entraide, épreuves
- Pays
- Allemagne
- Âge
- 6–10 ans

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Le Serpent blanc
Il y a très longtemps vivait un roi dont on disait qu’il savait presque tout ce qui se passait dans le monde.
Lorsqu’un vieil arbre tombait quelque part dans la forêt, il semblait déjà en avoir entendu parler. Lorsqu’un voyageur inconnu apparaissait à la lointaine frontière, le roi savait d’où il venait. Et lorsque deux courtisans essayaient de cacher une petite querelle, il les regardait comme s’il en avait entendu chaque mot.
Les gens s’étonnaient :
— D’où lui vient toute cette sagesse ?
Personne ne le savait.
Le roi avait une étrange habitude. Chaque jour, après le déjeuner, une fois la table débarrassée et tout le monde sorti de la salle, un serviteur de confiance lui apportait un dernier plat couvert.
Le roi disait toujours :
— Pose-le et laisse-moi seul.
Le serviteur obéissait. Il n’avait jamais vu ce qui se trouvait sous le couvercle d’argent.
Il en fut ainsi pendant de longues années.
Mais un jour, la curiosité l’emporta.
Lorsque le roi eut terminé son repas, le serviteur emporta le plat et, au lieu de le porter aussitôt à la cuisine, entra dans un petit débarras.
— Je vais juste jeter un coup d’œil, murmura-t-il. Et je ne recommencerai jamais.
Il souleva le couvercle.
Sur le plat reposait un petit serpent blanc, fin et pâle, comme façonné de rayons de lune. Autour de lui brillaient des gouttes d’un jus transparent.
Le serviteur se pencha, étonné. Une goutte était restée sur le bord du plat. Il la toucha du doigt et, sans réfléchir, la goûta.
À cet instant même, un grand bruit s’éleva derrière la fenêtre.
— Je t’avais bien dit que la miette était tombée près des roses ! pépiait un moineau, furieux.
— Et moi, je te dis que c’est moi qui l’ai trouvée la première ! répondait sa compagne.
Le serviteur resta pétrifié.
Il regarda par la fenêtre.
Deux moineaux étaient perchés sur le rebord.
— Je… je vous comprends ? murmura-t-il.
Les moineaux ne lui prêtèrent aucune attention et continuèrent à se disputer la miette.
Le serviteur remit vite le couvercle et porta le plat à la cuisine. Dès lors, il comprit le langage de tous les animaux : les chevaux de l’écurie, les chats sur le toit, les souris derrière le mur et les canards dans la cour.
Au début, cela l’amusait.
Mais dès le lendemain, les choses devinrent très sérieuses.
La reine avait perdu sa bague préférée. On la chercha dans ses appartements, dans le jardin et dans les escaliers, en vain.
Comme le serviteur de confiance avait accès à de nombreuses pièces, les soupçons se portèrent sur lui.
— Je n’ai pas pris la bague, dit-il au roi.
— Je veux te croire, répondit le roi. Mais nous devons découvrir ce qui s’est passé d’ici demain. Sinon, tu devras quitter le palais.
Le serviteur sortit dans la cour, tout triste.
Près de l’étang, des canes nageaient en bavardant à voix basse.
— Aujourd’hui, j’ai bien failli m’étouffer, se plaignait l’une d’elles. J’ai plongé sous la fenêtre de la reine pour attraper un petit objet brillant. Je l’ai pris pour un insecte, je l’ai saisi avec mon bec, et il est resté coincé.
— Et qu’est-ce que tu as fait ? demanda une autre.
— Je l’ai avalé. Maintenant, j’ai quelque chose de lourd dans le ventre.
Le serviteur accourut.
— Voilà donc où est la bague !
Il prit doucement la cane dans ses bras et la porta au cuisinier.
— Ne lui fais pas peur. Donne-lui de l’eau et un peu de bouillie bien tendre. Elle a avalé la bague de la reine.
Le cuisinier ne le crut pas tout d’abord. Mais bientôt, la cane se mit à tousser, agita les ailes, et une petite bague d’or tomba sur le sol en tintant.
On rendit sa liberté à la cane près de l’étang et l’on rapporta la bague à la reine.
Le roi demanda pardon au serviteur de l’avoir soupçonné.
— Choisis ta récompense, lui dit-il. Une place à la cour, de l’argent, un cheval : tout ce que tu voudras.
Le jeune homme réfléchit, puis répondit :
— Donnez-moi un bon cheval et un peu d’argent pour la route. Je voudrais voir le monde.
C’est ainsi qu’il partit en voyage.
Un jour, la route le mena près d’un étang presque asséché par la chaleur. Trois poissons se débattaient dans une flaque peu profonde. L’eau s’était retirée, et ils ne pouvaient plus rejoindre les endroits où elle était plus profonde.
— Encore un peu, et c’en est fini de nous, dit tristement l’un d’eux.
Le jeune homme l’entendit, sauta à bas de son cheval et creusa de ses mains, dans la terre humide, une petite rigole jusqu’à la partie profonde de l’étang.
L’eau s’écoula dans la rigole et les poissons gagnèrent l’un après l’autre un endroit sûr.
— Nous n’oublierons pas ta bonté ! crièrent-ils en faisant briller leurs queues.
Plus loin, le sentier traversait une colline sablonneuse. Soudain, le jeune homme entendit de toutes petites voix près du sol.
— Attention ! Attention ! Notre maison !
Il regarda de plus près et aperçut une fourmilière au beau milieu du chemin. Les sabots du cheval avaient failli l’écraser.
Le jeune homme mit pied à terre et conduisit son cheval par un autre sentier.
Un petit roi des fourmis sortit en courant de la fourmilière.
— Une bonne action n’est jamais perdue, dit-il. Si tu as besoin de nous, appelle-nous.
Un jour plus tard, le jeune homme entra dans une forêt. Sous un grand chêne, trois jeunes corbeaux piaillaient. Ils avaient déjà quitté leur nid, mais ne savaient pas encore bien voler et avaient terriblement faim.
— Nos parents cherchent de la nourriture loin d’ici, se lamentaient les oisillons. Et nous n’en pouvons plus d’attendre.
Le jeune homme ouvrit son sac de voyage. Il lui restait un peu de pain, du fromage et des baies séchées.
— Je me contenterai de moins, dit-il en émiettant sa nourriture pour les oisillons.
Ils mangèrent à leur faim et croassèrent joyeusement :
— Nous aussi, nous nous souviendrons de toi !
Quelques semaines passèrent. Le jeune homme arriva dans une grande ville où tout le monde parlait de la fille du roi.
La princesse était intelligente, lisait beaucoup, parlait plusieurs langues et ne voulait surtout pas choisir un compagnon pour la vie à cause de ses beaux habits ou de son titre prestigieux.
Elle avait dit à son père :
— Si quelqu’un veut faire ma connaissance, qu’il montre de la patience, de l’ingéniosité et un bon cœur, plutôt que sa force.
Le roi avait accepté.
Lorsque le voyageur apprit cela, sa curiosité fut éveillée. Il ne savait pas s’il plairait à la princesse, mais demanda la permission de se présenter aux épreuves.
La première se déroulait au bord de la mer.
Le roi lui montra une bague d’or.
— On la placera dans un coquillage que l’on descendra dans la mer. Il faudra retrouver la bague avant le coucher du soleil. Si tu n’y arrives pas, ce ne sera pas grave : l’épreuve s’arrêtera simplement là.
Le jeune homme se tenait sur le rivage et regardait les vagues.
— Comment retrouver un tout petit coquillage dans une mer immense ?
Trois têtes de poissons familières sortirent alors de l’eau.
— Tu nous as ouvert un passage vers l’eau. Maintenant, c’est à notre tour !
Les poissons plongèrent. Peu après, l’un d’eux apporta le coquillage et le déposa aux pieds du jeune homme.
À l’intérieur se trouvait la bague d’or.
La princesse fut surprise.
— Bien. Mais un heureux hasard ne suffit pas. Passons à la deuxième épreuve.
Elle vida dans le jardin plusieurs petits sacs de millet et dispersa les grains dans l’herbe.
— Avant le matin, il faut tout remettre dans les sacs. Sans abîmer le jardin.
Le jeune homme s’agenouilla et se mit à ramasser les grains du bout des doigts. Au bout d’une heure, il comprit que même une semaine ne lui suffirait pas.
— Si seulement ceux qui savent travailler ensemble étaient là, soupira-t-il.
Une toute petite voix s’éleva de sous une pierre :
— Nous sommes déjà là.
Le roi des fourmis avait amené des milliers de fourmis. Toute la nuit, elles sillonnèrent l’herbe, ramassèrent les grains et les remirent dans les sacs.
À l’aube, il n’en manquait pas un seul.
La princesse s’intéressa davantage encore au jeune homme.
— Tu as de bien curieux amis.
— Un jour, j’ai simplement évité de piétiner leur maison, répondit-il.
— C’est justement pour cela que je veux te donner une dernière épreuve. Non parce que je doute de toi, mais parce que je veux savoir si tu sais persévérer.
Elle lui parla du pommier de la vie qui, selon la légende, poussait quelque part au-delà de trois royaumes.
— Rapporte une pomme. Mais si tu ne la trouves pas, reviens. Aucune épreuve ne mérite qu’on se perde en chemin.
Le jeune homme partit.
Il traversa des champs et des rivières, passa la nuit dans des villages et sous les arbres. Il franchit un premier royaume, puis un deuxième, puis un troisième.
Mais le pommier de la vie était introuvable.
Un soir, il s’allongea sous un grand chêne et songea :
— Demain, je rentrerai. J’ai promis de ne pas errer sans fin.
Soudain, un bruissement se fit entendre dans les branches.
Trois oiseaux noirs descendirent jusqu’au sol.
— Tu nous reconnais ? demanda l’un d’eux.
C’étaient les corbeaux qu’il avait nourris dans la forêt. Ils avaient grandi et volaient maintenant très loin, par-delà les mers.
— Nous avons entendu dire que tu cherchais le pommier de la vie, dit le deuxième.
— Il pousse très loin, dans un lieu où presque aucun chemin ne mène les hommes, ajouta le troisième.
L’un des corbeaux tenait une pomme d’or dans son bec.
— Prends-la. Un jour, tu as partagé avec nous tes dernières provisions.
Le jeune homme remercia les oiseaux et retourna en ville.
Lorsque la princesse vit la pomme d’or, elle ne lui dit pas : « Tu as gagné. »
Elle lui demanda :
— Raconte-moi comment tu l’as trouvée.
Le jeune homme lui parla des poissons, des fourmis et des corbeaux. Il raconta comment il les avait aidés sans attendre de récompense. Comment, chaque fois, il s’était trouvé presque incapable d’accomplir l’épreuve tout seul, et comment ses bonnes actions lui avaient été rendues d’une manière inattendue.
La princesse l’écouta longtemps.
Puis elle sourit.
— Je comprends maintenant ce que je voulais vraiment savoir. Pas si tu pouvais retrouver une bague, ramasser des grains ou trouver une pomme enchantée. Mais si tu te faisais des amis sur ton passage.
Elle coupa la pomme d’or en deux.
— On la goûte ensemble ?
— Si tu le veux.
Ils en mangèrent chacun une moitié.
On raconte que la pomme de la vie ne les rendit pas immortels. Elle leur offrit mieux encore : de longues années, un esprit clair et la faculté de ne jamais oublier que la véritable sagesse naît de l’attention portée à ceux qui nous entourent, plutôt que de secrets magiques.
Plus tard, le jeune homme et la princesse décidèrent eux-mêmes de se marier. Ils voyagèrent beaucoup, et dans le jardin royal, ils laissaient toujours de l’eau pour les oiseaux, des fleurs pour les abeilles et de petits sentiers où personne ne détruisait les fourmilières.
Le jeune homme ne révéla à personne le secret du serpent blanc.
Mais parfois, lorsque les moineaux se mettaient à se disputer bruyamment dans le jardin du palais, la princesse remarquait que son mari avait bien du mal à retenir son rire.
— Que disent-ils ? lui demandait-elle.
Il souriait :
— Crois-moi, cette fois, mieux vaut ne pas le savoir. Ils essaient encore de partager une seule miette avec le monde entier.
