

Tchéquie
Le bouquet du berger
fleurs, politesse, berger, princesse
- Pays
- Tchéquie
- Âge
- 6–10 ans

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Le bouquet du berger
Il était une fois, dans un pays verdoyant où les prés commençaient au-delà des villages et où des montagnes bleues s’élevaient au-delà des prés, un jeune prince. Il était curieux et n’aimait pas que les courtisans décident de tout à sa place.
Un jour, le royaume voisin invita des hôtes. Le roi annonça que sa fille, une princesse gaie et intelligente, voulait rencontrer les jeunes gens des pays alentour et choisir elle-même celui en qui elle aurait le plus confiance.
Le prince songea :
« Si j’arrive avec un manteau d’or sur le plus beau des chevaux, tout le monde ne verra que mon titre. Moi, je veux d’abord voir comment les gens se comportent lorsqu’ils ignorent qui je suis. »
Il mit donc un simple chapeau de berger, une longue veste bleue, un gilet vert et de solides souliers. Il glissa quatre pains dans sa besace et partit à pied. Pour tout le monde, il serait désormais simplement Jan.
Jan avait à peine franchi quelques collines qu’il rencontra un vieux voyageur au bord du chemin.
— Bon jeune homme, partagerais-tu un morceau de pain avec moi ? demanda celui-ci.
— Bien sûr, répondit Jan en lui donnant un pain entier.
Plus loin, il rencontra un autre voyageur, puis un troisième. Il donna un pain à chacun. Quand un quatrième lui demanda à manger, Jan regarda son dernier pain, sourit et le lui tendit aussi.
— Et toi, que mangeras-tu ? s’étonna le vieil homme.
— Je trouverai bien quelque chose. Aujourd’hui, vous en avez plus besoin que moi.
Alors, le voyageur se redressa et une joyeuse lueur brilla dans ses yeux.
— Ta générosité mérite une récompense : pas de l’or, mais des objets qui te seront utiles en chemin.
Il offrit quatre présents à Jan. Le premier était un fin fouet magique.
— Il ne blesse pas, expliqua le vieil homme. Mais si quelqu’un t’attaque, un seul mouvement arrachera son arme de ses mains et repoussera l’assaillant au loin. Ne l’utilise que pour te défendre.
Le deuxième était un petit sac de toile.
— Tu y trouveras toujours du pain et du fromage, si tu as vraiment faim.
Le troisième était une petite hache de berger.
— Plante-la dans la terre, et les moutons ne s’éloigneront pas plus qu’il ne faut.
Le quatrième était une petite flûte.
— Joue, et ton troupeau se mettra à danser au point de faire sourire même le plus morose des hommes.
Jan le remercia et arriva bientôt dans le royaume. Au palais, on cherchait justement un berger ; on l’engagea donc pour garder le troupeau.
Chaque matin, il menait les moutons dans un pré de montagne. Il plantait la petite hache magique dans le sol, et les bêtes paissaient paisiblement tout près. Pendant ce temps, Jan se promenait dans la forêt et découvrait les environs.
Un jour, il aperçut un vieux château derrière les arbres. De la fumée montait de la cheminée et, dans la cour, on entendait un fracas comme si quelqu’un y jetait des pierres.
Jan s’approcha et vit un géant armé d’un énorme bâton de bois.
— Qui t’a permis d’entrer ici ? rugit le géant.
— Personne, répondit calmement Jan. Je venais seulement vous saluer.
— Alors, décampe !
Le géant leva son bâton. Jan sauta de côté et donna un léger coup de fouet magique. Le bâton échappa aux mains du géant, passa par-dessus la clôture et tomba dans les ronces.
Le géant ouvrit de grands yeux.
— Qu’est-ce que c’est que ce truc ?
— Quelque chose qui n’aime pas la grossièreté, dit Jan. Si nous parlions sans bâton ?
Mais le géant ne voulut pas discuter. Il grommela qu’il ne se mêlerait pas des affaires de cet étrange berger et partit derrière la montagne.
Le lendemain, un deuxième géant, plus coléreux encore, se tenait dans le château. Il lui arriva la même chose : dès qu’il leva sa lourde massue, le fouet magique la lui arracha des mains. Le géant décida que ce château ne lui plaisait pas du tout et s’en alla, lui aussi, chercher un endroit plus tranquille.
Le troisième jour, le château était silencieux.
Jan parcourut les salles et trouva un grand coffre sculpté. Lorsqu’il en toucha le couvercle, deux gardiens du château apparurent devant lui.
— Que souhaite notre hôte ? demandèrent-ils.
— Je ne veux rien qui appartienne aux autres, répondit Jan. Montrez-moi plutôt ce qu’il y a d’intéressant ici.
Ils lui montrèrent les vieilles salles, la bibliothèque et la salle des horloges, puis le conduisirent au jardin.
Là, Jan s’arrêta net.
Il n’avait jamais vu de telles fleurs. Les unes brillaient comme l’aube. D’autres étaient bleues comme le ciel après la pluie. D’autres encore sentaient à la fois le miel, la pomme et le foin fraîchement coupé.
— Puis-je en prendre quelques-unes ? demanda Jan.
— Bien sûr. Ce jardin aime que l’on partage sa beauté.
Jan composa un petit bouquet et retourna auprès du troupeau.
Vers le soir, il se mit à jouer de la flûte.
Alors, il se passa quelque chose de si extraordinaire que les villageois sortirent en courant de leurs maisons. Les moutons se mettaient deux par deux, sautillaient, tournoyaient et frappaient drôlement le sol de leurs petits sabots au rythme de la mélodie.
Les enfants applaudissaient. Les adultes riaient. Même le vieux boulanger sortit sur le seuil, avec de la farine sur le nez.
Le bruit parvint jusqu’au palais. La princesse regarda par la fenêtre, vit le troupeau danser et éclata de rire. Puis le vent lui apporta le parfum du bouquet de Jan.
— Quel parfum merveilleux ! dit-elle. Demandez au berger de me donner ce bouquet.
Une servante accourut dans le pré.
— La princesse désire ton bouquet.
Jan sourit.
— Si la princesse veut des fleurs, qu’elle vienne elle-même. Je l’écouterai me les demander avec plaisir.
La princesse ne se vexa pas. Au contraire, sa curiosité fut éveillée. Elle descendit du palais et s’approcha du berger.
— Jan, donne-moi ce bouquet.
Jan secoua la tête.
— Il me semble qu’il manque quelque chose à cette demande.
La princesse plissa les yeux, puis se mit à rire.
— J’ai compris. Jan, s’il te plaît, donne-moi ce bouquet.
— Avec joie.
Il lui tendit les fleurs.
— Merci, dit la princesse en emportant le bouquet au palais.
Le lendemain, Jan apporta des fleurs plus belles encore. Cette fois, la princesse courut elle-même à sa rencontre.
— Jan, s’il te plaît, puis-je avoir ce bouquet ?
— Oui, répondit-il. Mais aujourd’hui, parle comme si tu t’adressais à une personne que tu respectes, et pas seulement à un berger.
La princesse réfléchit.
— Cher Jan, s’il te plaît, offre-moi ce bouquet, si tu veux bien.
— Voilà ! Maintenant, les fleurs sentent encore meilleur, dit Jan en riant.
Les jours passaient. La princesse venait de plus en plus souvent dans le pré. Elle voyait avec quel soin Jan s’occupait des moutons, comment il partageait sa nourriture avec les enfants, saluait les vieillards et ne donnait jamais d’ordre quand il pouvait faire une demande.
Jan, de son côté, remarqua autre chose : la princesse apprenait vite. Elle commença à dire « s’il te plaît » à d’autres que lui. Elle le disait à la servante, au cuisinier, au palefrenier, au jardinier. Chaque fois, les gens s’étonnaient, puis souriaient.
— C’est curieux, dit-elle un jour. Quelques petits mots, et les gens répondent tout autrement.
— Parce qu’une demande laisse à l’autre la liberté de choisir, répondit Jan.
Enfin arriva le jour de la grande rencontre au palais. De jeunes princes et seigneurs vinrent de différents pays. Le roi n’organisa aucun concours. Il dit simplement à sa fille :
— Parle avec chacun. Prends ton temps. Le choix t’appartient.
Ce matin-là, Jan laissa son troupeau près de la petite hache magique et se rendit au vieux château. Les gardiens ouvrirent le coffre et lui apportèrent des habits de fête ainsi qu’un cheval blanc à la bride d’argent.
Lorsque le cavalier inconnu apparut dans la cour, la princesse l’observa aussitôt avec attention. Son allure lui était familière, et ses yeux aussi. Mais au moment où elle voulut s’approcher, il s’inclina et repartit.
Le soir, Jan mena de nouveau les moutons devant le palais.
— C’était toi ! s’écria la princesse.
— Un berger peut-il donc arriver en prince ? demanda-t-il en souriant.
— Oui, s’il n’a pas tout raconté sur lui-même.
Quelques semaines plus tard eut lieu une deuxième rencontre. Cette fois, le mystérieux cavalier portait des habits rouges et montait un cheval alezan. La princesse reconnut encore sa façon de rire.
La troisième fois, le cavalier arriva vêtu de noir, sur un cheval noir aux ornements dorés. En quittant la cour, le cheval accrocha de la patte un buisson épineux, et Jan se griffa le pied. Il sortit un mouchoir que la princesse lui avait offert quelque temps auparavant, banda l’égratignure et retourna auprès des moutons.
La princesse, désormais sûre d’avoir deviné juste, se rendit elle-même dans le pré. Jan s’était assoupi dans l’herbe et son pied était entouré de son mouchoir à elle.
Elle lui toucha doucement l’épaule.
— Jan.
Il ouvrit les yeux.
— Oui, princesse ?
— S’il te plaît, dis-moi la vérité. Es-tu ce cavalier ?
Jan s’assit et se mit à rire.
— Quand tu le demandes si poliment, je ne peux plus me cacher. Oui. Je suis le prince du royaume voisin. Mais je tenais à ce que tu me connaisses d’abord sans mon titre.
La princesse resta un moment silencieuse, puis dit :
— Moi aussi, je tenais à comprendre qui je voulais à mes côtés. Je n’ai choisi ni le cavalier blanc, ni le rouge, ni le noir. J’ai choisi celui qui partage son dernier pain, ne fait pas de mal aux plus faibles et rappelle même à une princesse de dire « s’il te plaît ».
Ils retournèrent ensemble au palais.
Le roi écouta leur histoire. Les moutons qui dansaient, le bouquet magique et les trois déguisements le firent tant rire qu’il en eut les larmes aux yeux.
Plus tard, Jan et la princesse fondèrent bel et bien une famille. Mais une règle inhabituelle fut instaurée dans leur palais : personne, pas même le roi ou la reine, n’avait le droit d’oublier la politesse.
Et si quelqu’un ordonnait d’un ton trop solennel :
— Apporte-moi cela immédiatement !
La princesse levait un sourcil et demandait :
— Ne manquerait-il pas le mot magique ?
Alors, tout le monde riait et se corrigeait :
— S’il te plaît.
Dans le jardin, sous les fenêtres, des fleurs extraordinaires s’épanouissaient chaque printemps. On les appelait les bouquets du berger, car elles rappelaient une chose toute simple : la véritable noblesse ne commence pas avec une couronne, mais avec la façon dont on parle aux gens.
