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La Bataille des oiseaux
Il était une fois un petit roitelet, le plus minuscule des oiseaux de la forêt, qui décida de se faire engager par un fermier.
- Pays
- Monde entier
- Âge
- 7–12 ans
- Durée
- 15 min

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La Bataille des oiseaux
Il était une fois un petit roitelet, le plus minuscule des oiseaux de la forêt, qui décida de se faire engager par un fermier.
— Toi ? s’étonna le fermier. Mais tu es plus léger qu’une poignée de paille. Quel travail pourrais-tu bien faire ?
— Laisse-moi essayer, répondit l’oiseau. Petit ne veut pas dire incapable.
Le fermier sourit et l’autorisa à travailler dans la grange où l’on battait le grain.
Le roitelet se mit à l’ouvrage. Mais à peine un grain tomba-t-il sur le sol qu’une petite souris surgit de derrière un sac et l’emporta.
— S’il te plaît, ne prends pas le grain pendant que je travaille, dit l’oiseau.
La fois suivante, deux grains tombèrent. La souris les ramassa encore.
— Je te l’avais demandé !
— Moi aussi, j’ai faim, répondit la souris.
De mot en mot, ils finirent par se quereller. Bientôt, chacun appela ses amis. Les oiseaux accoururent auprès du roitelet, tandis que les animaux des bois et des champs se rassemblèrent autour de la souris. Au lieu de discuter calmement, les deux camps décidèrent de découvrir qui était le plus puissant.
La nouvelle de la grande Bataille des oiseaux se répandit bien au-delà de la forêt.
Le fils du roi de Tethertown en entendit parler et dit à son père :
— J’irai voir comment tout cela se termine. Peut-être reviendrai-je avec une bonne histoire à raconter.
Mais le voyage était long. Lorsqu’il atteignit enfin les lieux, la clairière était déjà vide. Seule une dernière lutte se poursuivait sous un vieil arbre.
Un grand corbeau noir était emmêlé avec un serpent. Le corbeau le retenait dans son bec, le serpent s’était enroulé autour de ses ailes, et tous deux étaient si épuisés qu’ils bougeaient à peine.
— Ça suffit, vous deux ! s’écria le prince.
À l’aide d’une longue branche, il souleva prudemment les anneaux du serpent, les dénoua et les écarta. Le serpent siffla de colère, mais, voyant le chemin libre, il s’éloigna en rampant. Le corbeau déploya difficilement ses ailes.
— Tu aurais pu passer ton chemin, dit-il. Mais tu m’as aidé. Pour te remercier, je vais te montrer quelque chose qu’un voyageur ordinaire ne voit jamais.
— Quoi donc ?
— Monte sur mon dos et tiens-toi bien.
Le corbeau battit des ailes.
Ils franchirent neuf montagnes, neuf vallées et neuf vastes landes. Le soir, le corbeau montra au prince une petite maison.
— Ma sœur habite là. Dis-lui que tu es mon invité.
Dans la maison, on donna à manger au prince, de l’eau chaude pour se laver et un lit moelleux pour dormir.
Le lendemain matin, le corbeau revint. Cette fois, ils franchirent six montagnes, six vallées et six landes. Une autre sœur du corbeau accueillit le voyageur avec la même bonté.
Le troisième jour, ils survolèrent trois montagnes, trois vallées et trois landes.
Mais le matin suivant, lorsque le prince sortit, le corbeau avait disparu.
À sa place se tenait sur le chemin un jeune homme aux boucles dorées, tenant un petit paquet dans les mains.
— Tu n’aurais pas vu un grand corbeau noir ? demanda le prince.
Le jeune homme sourit.
— Si. Tous les matins dans le miroir, jusqu’au jour où tu m’as aidé dans la clairière.
Le prince ouvrit de grands yeux.
— Alors, c’était toi ?
— Un sombre druide m’avait ensorcelé. Je devais rester corbeau jusqu’à ce que quelqu’un m’aide sans attendre de récompense, simplement parce qu’il voyait la détresse d’un autre. Ton geste a rompu le sort.
Le jeune homme lui tendit le paquet.
— Prends-le. Ne l’ouvre qu’à l’endroit où tu voudras réellement vivre. Pas avant.
Le prince le remercia et reprit la route de son pays.
Il garda longtemps le paquet fermé. Mais alors qu’il traversait une forêt épaisse, non loin du royaume de son père, il sentit soudain que le paquet devenait plus lourd.
« Je vais seulement jeter un petit coup d’œil », pensa-t-il.
À peine eut-il défait le nœud que les arbres s’écartèrent.
Un magnifique château surgit dans la clairière. Autour de lui s’étendait un jardin rempli de pommiers, de poiriers, de baies, d’herbes et de fleurs. Des lumières s’allumèrent aux fenêtres et l’eau se mit à chanter dans les fontaines.
— Quel malheur, soupira le prince. Je voulais installer ce château dans la verte vallée près de chez moi.
Soudain, le sol trembla légèrement.
Un géant apparut entre les arbres.
— Beau château, dit-il. Mais mauvais endroit.
— Je sais, répondit le prince. Seulement, je ne peux plus le remettre dans le paquet.
— Moi, je peux.
— Et quel prix demanderas-tu ?
Le géant réfléchit.
— Si un jour tu as un fils, qu’il vienne chez moi à l’âge de sept ans et y vive quelque temps. Il apprendra à voir un autre monde, à travailler de ses mains et à tenir parole. Ensuite, il décidera lui-même où il veut retourner.
Le prince hésita. La promesse était étrange. Mais il désirait tellement réparer son erreur.
— D’accord, dit-il. Mais l’enfant devra être en sécurité.
— Dans ma maison, on ne fait aucun mal à un invité qui se montre honnête avec moi, répondit le géant.
Il frappa dans ses mains, et le château, le jardin, les fontaines et les chemins se replièrent de nouveau dans le petit paquet.
Quelques jours plus tard, le prince atteignit la verte vallée en face de la demeure de son père. Là, il ouvrit le paquet une seconde fois.
Le château apparut exactement là où il devait être.
Le prince y rencontra une jeune gardienne au cœur bon qui veillait sur la magie de ce lieu. Avec le temps, ils tombèrent amoureux et fondèrent une famille.
Sept années passèrent. Leur fils grandissait, curieux, courageux et passionné par les récits de son père.
Un jour, le géant se présenta aux portes.
Le prince se souvint aussitôt de son ancienne promesse.
Cette fois, il ne cacha rien. Il raconta toute l’histoire à sa femme et à son fils, du début à la fin.
Le garçon l’écouta et demanda :
— Papa, tu avais donné ta parole ?
— Oui. Mais maintenant je comprends qu’on ne peut pas décider de l’avenir d’un enfant à sa place.
Le géant, qui avait entendu la conversation, hocha la tête.
— Voilà des paroles plus sages que celles que tu avais prononcées autrefois dans la forêt. Alors c’est à toi que je pose la question, garçon. Veux-tu venir chez moi comme élève et invité ? Si tu souhaites rentrer, je te ramènerai.
Le garçon réfléchit un moment.
— Je veux voir le monde au-delà des neuf montagnes. Mais j’écrirai à ma famille.
— Marché conclu, dit le géant.
Ainsi, le fils du prince partit en voyage.
Le géant tint parole. Le garçon fut bien traité chez lui. Il apprit à prendre soin des animaux, à travailler au jardin, à lire les étoiles et à remarquer ce que les autres ne voient pas lorsqu’ils passent trop vite.
Les années s’écoulèrent. Le garçon devint un jeune homme.
Un soir, il entendit une musique merveilleuse dans une chambre à l’étage. C’était Mary, la plus jeune fille du géant, aux cheveux châtains, qui jouait.
Ils devinrent amis. Mary était joyeuse, intelligente et n’avait pas peur de dire à son père ce qu’elle pensait.
Lorsque le géant comprit que le jeune homme et Mary voulaient rester ensemble, il fronça les sourcils.
— Prouve-moi d’abord que tu sais faire autre chose que parler de courage. Accomplis trois tâches.
— Dis-moi lesquelles, répondit le jeune homme.
La première paraissait presque impossible : nettoyer en une seule journée une immense étable que personne n’avait réussi à remettre en ordre depuis des années.
Le jeune homme travailla jusqu’à midi, mais la montagne de travail ne semblait pas diminuer.
Mary arriva.
— Tu essaies de vaincre une montagne grain de sable par grain de sable, lui dit-elle. Repose-toi un peu et fais-moi confiance.
Elle siffla trois fois. De petits esprits domestiques accoururent de tous côtés. Les balais se mirent à bruisser, les seaux à tinter. Le soir venu, le sol était si propre qu’une pomme d’or aurait pu rouler d’une porte à l’autre sans se salir.
Le géant entra, regarda autour de lui et marmonna :
— Quelqu’un t’a aidé.
— La vraie force vient souvent avec les amis, répondit le jeune homme.
Le lendemain, le géant ordonna de couvrir le toit de duvet et de plumes d’oiseaux sans jamais placer deux plumes identiques côte à côte.
Le jeune homme allait déjà courir dans la forêt, mais Mary l’arrêta.
— Inutile de poursuivre les oiseaux. Demandons-leur leur aide.
Elle posa dans la cour un bol de grain et chanta doucement.
Des merles, des mésanges, des geais, des pigeons, des alouettes, des canards et même un minuscule roitelet arrivèrent. Chacun laissa tomber une plume déjà détachée. À la tombée du jour, le toit scintillait de dizaines de nuances.
Le géant caressa sa barbe.
— Encore une fois, tu ne l’as pas fait seul.
— Qui a dit que toutes les grandes choses devaient être accomplies seul ? demanda Mary.
La troisième tâche était la plus difficile.
Près du lac poussait un sapin gigantesque dont le tronc était lisse comme du verre. Tout en haut se trouvait un nid de pie contenant cinq œufs.
— Apporte-les-moi sans en casser un seul, ordonna le géant.
Le jeune homme tenta de grimper, mais glissait chaque fois vers le bas.
Mary apporta un long ruban argenté.
— Ce n’est pas un ruban ordinaire. Il se souvient de tous les nœuds qu’on lui a faits. Pendant que tu montes, forme des boucles. Elles deviendront des marches.
Le jeune homme grimpa très haut, prit délicatement les cinq œufs et redescendit sans en briser aucun.
En souvenir de cette troisième épreuve, Mary noua autour de son poignet un petit fil vert provenant du ruban argenté.
Le géant accepta les œufs et finit par dire :
— Les trois tâches sont accomplies. J’ai donné ma parole, je ne vous empêcherai donc pas de partir ensemble.
Mais lorsque le soir arriva, son cœur redevint têtu.
— Mary est ma plus jeune fille, marmonnait-il. Pourquoi devrait-elle partir si loin ?
Mary comprit que son père risquait de changer d’avis.
— Nous ferions mieux de partir maintenant, dit-elle au jeune homme. Quand il se sera calmé, il comprendra qu’on ne peut pas retenir les autres par un ordre.
Ils montèrent sur une jument grise. Avant de quitter la maison, Mary disposa neuf morceaux de pomme près de la porte et murmura sur eux une formule magique.
Pendant la nuit, le géant se réveilla.
— Vous êtes encore là ? cria-t-il.
— Encore là, répondit le premier morceau de pomme.
Un peu plus tard, le géant appela de nouveau.
— Encore là, répondit le deuxième.
Le temps passa ainsi. Lorsque le dernier morceau, posé près du portail, eut répondu, le géant comprit enfin qu’on l’avait trompé.
Il se lança à leur poursuite.
Mary sentit le grondement de ses pas.
— Regarde dans la sacoche près de la selle.
Le jeune homme y trouva une petite branche d’épineux et la jeta derrière eux. Aussitôt, une large haie se dressa. Le géant dut chercher un passage.
La deuxième fois, le jeune homme sortit un petit caillou gris. Une crête rocheuse s’éleva derrière eux.
La troisième fois, il trouva un minuscule récipient rempli d’eau. Les gouttes touchèrent la terre, et un grand lac limpide s’étendit entre les fugitifs et le géant.
Le géant s’arrêta sur la rive.
Il les regarda longtemps s’éloigner, puis s’assit lourdement sur une pierre.
— Quelle fille, murmura-t-il. Aussi têtue que moi, exactement.
Et pour la première fois de la nuit, il sourit.
— Qu’ils partent. S’ils ont déjà traversé ensemble mes trois épreuves, ils sauront bien traverser la route.
Le lendemain, le jeune homme et Mary aperçurent au loin le château de son père.
— Va le premier, dit Mary. Parle de moi à ta famille. Mais fais attention : un ancien sort d’oubli repose sur ton chemin. Si quelqu’un t’accueille avec trop d’enthousiasme et touche ton visage, les souvenirs de notre voyage risquent de s’endormir.
Le jeune homme promit d’être prudent.
Au château, tout le monde se réjouit de son retour. Il allait presque atteindre ses parents lorsqu’un vieux chien, qui se souvenait de lui enfant, bondit hors d’une pièce et lui lécha joyeusement la joue.
À cet instant même, le souvenir de Mary disparut.
Le jeune homme savait qu’il revenait d’un long voyage, mais il ne se rappelait plus avec qui il l’avait accompli.
Mary l’attendit près d’un puits à l’extérieur de la ville. Un jour passa, puis un deuxième.
Un cordonnier vivait non loin de là. Voyant la voyageuse seule, il l’invita dans sa modeste maison.
— Nous n’avons pas beaucoup de place, dit-il, mais il y aura assez de pain pour une personne de plus.
Mary le remercia et resta chez lui.
Pendant ce temps, au palais, on décida qu’il était temps pour le prince de penser à son avenir. On invita donc de jeunes nobles des royaumes voisins à une grande fête afin qu’ils fassent connaissance.
Le cordonnier devait livrer de nouvelles chaussures au palais et emmena Mary avec lui.
Dans la grande salle, on lui servit un verre d’eau. Dès qu’elle le toucha, une lumière dorée brilla au-dessus du verre, et deux colombes enchantées s’envolèrent dans les airs, l’une d’or, l’autre d’argent.
Trois grains tombèrent sur le sol.
La colombe d’argent les picora aussitôt.
La colombe d’or dit :
— Si tu te souvenais de celle qui t’a aidé à nettoyer la grande étable, tu partagerais.
Quelque chose remua dans la mémoire du prince.
Trois autres grains tombèrent.
La colombe d’argent se précipita de nouveau la première.
— Si tu te souvenais du toit couvert de plumes multicolores, dit la colombe d’or, tu n’aurais pas oublié ton amie.
Le prince porta une main à son front.
Une troisième fois, les grains tombèrent.
— Et si tu te souvenais du ruban argenté près du sapin de verre, ajouta la colombe d’or, tu reconnaîtrais le fil vert autour de ton poignet.
Le prince baissa les yeux vers sa main.
Sous sa manche se trouvait encore le vieux fil vert.
Et tous ses souvenirs revinrent d’un seul coup : Mary, les trois épreuves, la jument grise, la haie d’épines, la crête de pierre, le lac et la promesse de revenir la chercher.
— Mary ! s’écria-t-il.
Elle sourit.
La fête se tut un instant. Le prince raconta tout ce qui s’était passé.
Les jeunes gens venus faire sa connaissance ne se vexèrent pas. Une jeune invitée éclata même de rire :
— Heureusement que tu t’en es souvenu aujourd’hui et pas après que nous aurions organisé un mariage !
Quelques jours plus tard, le château célébra bel et bien un mariage, celui du prince et de Mary.
Quelque temps après, le géant se présenta aux portes.
Tout le monde se tendit, mais il n’apportait qu’un énorme panier de pommes.
— J’ai réfléchi, dit-il à sa fille. Neuf morceaux d’une seule pomme, c’était un bien maigre repas pour un voyage aussi long.
Mary serra son père dans ses bras.
À partir de ce jour, le géant leur rendit souvent visite, et le prince ne défit plus jamais un paquet magique avant le moment prévu.
Et lorsque quelqu’un, dans le royaume, commençait à se quereller pour savoir qui était le plus fort, le prince repensait au petit roitelet, à la souris, au corbeau et au serpent, puis disait :
— Ce qu’il y a de plus intéressant ne commence pas quand quelqu’un gagne une bataille. Cela commence quand quelqu’un trouve le moyen de l’arrêter et d’aider celui qui se trouve à ses côtés.
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