Couverture : L’Onguent magique des fées

Royaume-Uni

L’Onguent magique des fées

fées, monde caché, curiosité, conséquences

Pays
Royaume-Uni
Âge
6–10 ans
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L’Onguent magique des fées

Il était une fois Madame Goody, qui vivait dans une petite ville anglaise. Elle connaissait quantité de remèdes maison contre le rhume, savait calmer un bébé qui refusait de dormir et venait toujours en aide à ses voisins lorsqu’ils tombaient malades.

Une nuit, alors que le silence était si profond dehors qu’on entendait même le lierre bruisser sur le toit, quelqu’un frappa à la porte.

Toc, toc, toc.

Madame Goody alluma une bougie et descendit.

Sur le seuil se tenait un étrange petit homme vêtu d’une cape sombre. Ses yeux étaient légèrement plissés, comme s’il regardait sans cesse à travers un rayon de soleil.

— Madame Goody, venez avec moi, je vous en prie, dit-il. Ma femme a besoin d’aide. Elle est très fatiguée et notre bébé n’arrive pas à s’endormir.

Il était tard, mais Madame Goody n’avait pas l’habitude de refuser son aide à ceux qui la demandaient.

— Très bien, dit-elle. Laissez-moi seulement mettre mon châle.

Un grand cheval noir attendait près du portail. Ses yeux brillaient dans l’obscurité comme deux braises.

— N’ayez pas peur, dit le petit homme. Il connaît le chemin mieux que nous deux.

Et c’était vrai. Le cheval parcourut les sentiers nocturnes avec tant de légèreté que ses sabots semblaient ne pas toucher terre. Ils dépassèrent une forêt, des collines et un vieux pont de pierre, puis s’arrêtèrent enfin devant une petite maison.

À l’intérieur, il faisait chaud. Des enfants jouaient près du feu, tandis qu’une jeune femme fatiguée était allongée dans un lit, un nourrisson dans les bras.

— Merci d’être venue, murmura-t-elle. Voici le bébé. Et j’ai encore une chose à vous demander.

Elle tendit à Madame Goody une petite boîte argentée.

— Quand il se réveillera, mettez-lui une toute petite goutte de cet onguent sur les paupières. C’est tout.

Madame Goody hocha la tête.

Bientôt, le nourrisson ouvrit les yeux. Madame Goody appliqua délicatement l’onguent sur ses paupières. Le bébé sourit et tendit sa petite main vers son collier.

Madame Goody ressentit alors cette curiosité si familière aux humains.

« Qu’a donc cet onguent de si particulier ? » se demanda-t-elle.

Elle regarda autour d’elle. Personne ne semblait l’observer.

Madame Goody préleva alors un soupçon d’onguent du bout du doigt et l’étala légèrement sur sa paupière droite.

Le monde changea à l’instant même.

La modeste maison sembla repousser ses murs. Des armoires sculptées remplacèrent les simples étagères, de minuscules étoiles s’allumèrent au plafond et le feu de la cheminée devint à la fois bleu et doré.

La jeune femme dans le lit n’avait plus rien d’ordinaire. Ses cheveux scintillaient comme une brume d’argent et sa robe brillait doucement d’un éclat de lune.

Les enfants avaient changé aussi. Sous les cheveux de certains apparaissaient des oreilles pointues ; dans le dos d’autres frémissaient des ailes transparentes. Les plus petits lâchaient doucement des lucioles dans la pièce, les rattrapaient, puis les relâchaient.

« Mais ce sont des fées ! » comprit Madame Goody.

Elle aurait tant aimé tout regarder de plus près, mais elle décida de ne pas montrer qu’elle voyait davantage que ce qui lui avait été permis.

Lorsque le bébé s’endormit, elle aida sa mère à l’installer confortablement. Puis l’étrange petit homme la remercia, la ramena chez elle sur le cheval noir et la paya généreusement pour son aide pendant la nuit.

— Vous nous avez rendu un grand service, lui dit-il en la quittant. Nous ne l’oublierons pas.

Le lendemain était jour de foire.

Madame Goody alla acheter de la farine, des pommes et un écheveau de laine. Il y avait tant de monde sur la place qu’on passait à peine entre les rangées d’étals.

Soudain, elle aperçut le petit homme qu’elle connaissait.

Il circulait entre les étals sans que personne le remarque. Tantôt il prenait une pomme, tantôt il sentait un bouquet de menthe, tantôt il ramassait une poire tombée. Les marchands regardaient à travers lui sans rien voir.

Madame Goody fut surprise.

— Bonjour ! dit-elle gaiement. Comment va votre femme ? Et le bébé a-t-il bien dormi après la nuit où je vous ai aidés ?

Le petit homme s’immobilisa.

— Vous… me voyez ?

— Bien sûr que je vous vois, répondit Madame Goody.

— Vous me voyez vraiment ?

— Comment pourrais-je ne pas vous voir ? Vous êtes juste devant moi.

Il examina attentivement son visage.

— Et de quel œil ?

Madame Goody comprit qu’elle en avait trop dit.

— Du droit, répondit-elle plus bas.

Le petit homme soupira.

— Alors, vous avez utilisé l’onguent pour quelqu’un d’autre que le bébé.

Madame Goody rougit.

— Je voulais seulement savoir ce qu’il faisait. Je ne souhaitais faire de mal à personne.

— Je vous crois, dit-il. Mais certaines portes du monde magique ne s’ouvrent que lorsqu’on vous y invite. Sinon, la confiance disparaît.

Du doigt, il effleura l’air près de son œil droit.

Pendant un instant, le monde s’illumina d’une lueur argentée.

Puis le petit homme disparut.

Il ne s’évanouit pas dans un nuage de fumée, ne se transforma pas en oiseau. Il cessa tout simplement d’être visible en un instant.

Madame Goody regarda autour d’elle. La foire était telle qu’elle l’avait toujours connue : pommes, paniers, fromage, rubans et acheteurs bruyants.

Elle se frotta les yeux.

— Eh bien ! murmura-t-elle.

Depuis ce jour, Madame Goody ne vit plus les fées, à moins qu’elles ne choisissent de se montrer.

Mais parfois, la nuit, lorsqu’un tintement délicat résonnait soudain dehors, comme celui d’une minuscule clochette, elle souriait.

Elle savait que le monde magique était toujours là. Simplement, tout ce qui existe n’a pas forcément à nous être montré.

Et si quelqu’un te confie un petit secret, le plus grand prodige consiste parfois à ne pas regarder là où tu n’as pas été invité.