

Ghana
Pourquoi le Lézard hoche toujours la tête
lézard, Anansi, conte des origines
- Pays
- Ghana
- Âge
- 4–8 ans

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Pourquoi le Lézard hoche toujours la tête
Non loin de chez le rusé Anansi se trouvait une grande ville. En plein centre s’élevait un palais avec une vaste cour, des arbres ombragés et des fanions multicolores au-dessus de la porte.
Le souverain de la ville avait trois filles. Elles aimaient la musique, les devinettes et les fêtes joyeuses, et observaient une ancienne tradition familiale : elles ne révélaient à personne, en dehors de la famille, les petits noms qu’on leur donnait à la maison.
Une année, avant une grande fête, le souverain annonça :
— Celui qui découvrira les trois noms secrets avec honnêteté et ingéniosité ouvrira notre fête, recevra un ruban d’or honorifique et prendra place à la première table avec ma famille.
La nouvelle parcourut la ville plus vite que le vent du matin.
— Trois noms ? dit Anansi avec un sourire. Voilà une tâche faite pour moi.
Il réfléchit longtemps à la manière de résoudre l’énigme. Inutile de poser simplement la question. Écouter aux portes du palais n’était pas une bonne idée non plus : des gardes y circulaient sans cesse. Enfin, Anansi acheta une grande cruche de miel parfumé et se rendit près du jardin où les filles du souverain se promenaient chaque jour.
Au bord du sentier poussait un arbre chargé de fruits ronds et mûrs. Anansi y grimpa, s’installa dans le feuillage épais et attendit.
Bientôt, les trois sœurs apparurent sur le sentier. Elles parlaient et riaient, sans remarquer la petite araignée au-dessus de leurs têtes.
Anansi cueillit un fruit, le couvrit de miel et le laissa tomber doucement.
— Regardez ! s’écria l’une des jeunes filles. Quel beau fruit !
Elle le goûta et, ravie, appela l’une de ses sœurs par son petit nom, puis l’autre.
Anansi faillit applaudir de toutes ses pattes.
Il couvrit un deuxième fruit de miel et le jeta près de la deuxième sœur. Elle le goûta elle aussi et appela les deux autres. Le troisième fruit confirma tout ce qu’Anansi avait entendu.
— Ça y est ! murmura-t-il. Je les ai tous les trois !
Lorsque les sœurs furent parties, Anansi descendit de l’arbre et alla trouver son ami le Lézard.
Le Lézard était célèbre dans toute la ville pour son talent à jouer d’une longue trompette de cuivre. Pendant les fêtes, c’était lui qui donnait les signaux, annonçait le début des danses et appelait les invités à table.
— Mon ami, dit Anansi, demain, au palais, j’aurai besoin de ta trompette. Je vais te donner les trois noms, et lorsque le souverain les demandera, tu les feras retentir solennellement, l’un après l’autre. Ce sera bien plus beau.
— D’accord, répondit le Lézard. S’il s’agit seulement de t’aider à te présenter, je veux bien.
Anansi lui répéta les trois noms secrets. Le Lézard les retint parfaitement.
Le lendemain matin, la cour du palais était pleine de monde. Des musiciens, des artisans, des marchands, des anciens et des enfants s’y étaient rassemblés ; les enfants se faufilaient au premier rang pour ne rien manquer.
Anansi s’avança.
— Monseigneur, l’énigme est résolue ! déclara-t-il solennellement.
— Alors, donne les noms, dit le souverain.
Anansi se tourna vers le Lézard et lui fit signe.
Le Lézard leva sa trompette.
Ta-ra-ra !
Le premier nom s’envola au-dessus de la cour.
Ta-ra-ra !
Le deuxième résonna.
Ta-ra-ra !
Puis le troisième.
Pendant un instant, tout le monde resta immobile, puis les applaudissements éclatèrent.
Le souverain regarda le Lézard droit dans les yeux.
— C’est donc toi qui connais les noms secrets ! Bravo. Tu ouvriras la fête aujourd’hui.
Avant qu’Anansi ait pu s’expliquer, on avait déjà noué le ruban d’or autour du cou du Lézard.
— Attendez ! cria Anansi. C’est moi qui les ai découverts ! Le Lézard n’a fait que jouer les noms que je lui ai donnés !
Le souverain fut surpris.
— Pourquoi ne l’as-tu pas expliqué à l’avance ?
Anansi ne sut que répondre. Il avait tant voulu faire une entrée spectaculaire qu’il n’avait précisé ni au souverain ni au Lézard qui devait être reconnu comme vainqueur.
— Alors, donnez-moi le ruban ! exigea Anansi.
— Pas aujourd’hui, répondit le souverain. Je ne reprendrai pas sa récompense à celui que je viens moi-même de déclarer vainqueur. Après la fête, nous en parlerons calmement.
Mais Anansi ne voulut pas attendre.
Il rentra chez lui furieux.
— Tout est de la faute du Lézard ! marmonnait-il. Je n’aurais pas dû lui confier le rôle du trompettiste. Maintenant, tout le monde le prend pour le héros à ma place.
En réalité, le Lézard ne lui avait rien volé. Mais lorsqu’une rancune se pose sur votre épaule, elle vous souffle souvent de bien mauvais conseils.
Le soir, Anansi inventa une ruse.
Près de la porte du palais était suspendue une petite cloche de bronze en forme de coq. Chaque matin, son tintement annonçait le début d’une nouvelle journée.
Anansi alla trouver le souverain et lui dit :
— Demain, je veux me mettre en route avant le lever du soleil. Que votre cloche du matin me réveille à temps.
— Bien sûr, répondit le souverain.
Lorsque la ville s’endormit, Anansi revint discrètement au palais, décrocha le coq de bronze et l’emporta chez le Lézard.
Il cacha la cloche dans un grand panier près de la porte.
Le matin, avant même que quelqu’un ait remarqué sa disparition, Anansi courut chez le Lézard.
— Mon ami, il y aura aujourd’hui au palais un jeu amusant pour les hérauts, chuchota-t-il. Quand on te posera des questions, ne parle pas. Contente-toi de hocher la tête. C’est la règle du jeu.
Le Lézard s’étonna.
— Quelles drôles de règles !
— Elles sont très anciennes ! affirma gravement Anansi. Surtout, ne prononce pas un mot tant que je ne t’aurai pas fait signe.
Le Lézard, qui considérait toujours Anansi comme son ami, le crut.
Pendant ce temps, on découvrit au palais que la cloche du matin avait disparu.
— Qui a bien pu la prendre ? se demanda le souverain.
Anansi prit l’air le plus innocent dont il était capable.
— Je n’affirme rien, dit-il. Mais le Lézard est resté longtemps ici hier. Peut-être faudrait-il l’interroger ?
On envoya un serviteur chez le Lézard. Celui-ci aperçut le coq de bronze dans le panier et l’apporta aussitôt au palais en y conduisant aussi le Lézard.
— On a trouvé ceci près de ta porte, dit le souverain. As-tu pris la cloche ?
Le Lézard se souvint des paroles d’Anansi et hocha docilement la tête.
Tous poussèrent un cri de surprise.
— Tu l’as vraiment prise ? demanda de nouveau le souverain.
Le Lézard hocha encore la tête.
— Et tu l’as cachée dans le panier ?
Le Lézard hocha une fois de plus la tête, bien qu’il commençât à soupçonner qu’il n’y avait aucun jeu.
Anansi se tenait à l’écart et retenait à peine son sourire.
Mais cette fois, le Lézard le regarda attentivement. Il aperçut une lueur rusée dans ses yeux, comprit tout et déclara à voix haute :
— Assez ! Je n’ai pas pris la cloche. Anansi m’a dit qu’il s’agissait d’un jeu et que je devais répondre seulement en hochant la tête !
Le silence tomba sur la cour.
Le souverain se tourna vers Anansi.
— Est-ce vrai ?
Anansi se mit à se dandiner d’une patte sur l’autre.
— Eh bien… je voulais seulement… faire une petite plaisanterie.
— Une plaisanterie qui risque de faire accuser ton ami d’un acte qu’il n’a pas commis est une mauvaise plaisanterie, répondit le souverain.
Une courte discussion suffit à faire la lumière sur tout. Le Lézard retrouva sa bonne réputation. Quant au ruban d’or, on ne le laissa ce jour-là ni au Lézard ni à Anansi.
— Vous avez tous deux aidé à résoudre l’énigme, dit le souverain. L’un a découvert les noms, l’autre les a annoncés. Mais la véritable ingéniosité doit s’accompagner d’honnêteté. Mes filles ouvriront donc elles-mêmes la fête.
Les sœurs sortirent sur le balcon, rirent et firent sonner trois petites cloches.
La musique commença, les invités se mirent à danser et la fête fut tout de même une réussite.
Depuis ce jour, le Lézard fut plus prudent. Lorsqu’Anansi lui proposait un nouveau « merveilleux plan », le Lézard le regardait d’abord attentivement, puis hochait lentement la tête comme pour dire :
« Oui, oui. Je t’entends. Mais cette fois, je vais commencer par tout vérifier. »
Et les vieux conteurs disent en plaisantant que, depuis ce jour, les lézards font si souvent bouger leur tête de haut en bas. Peut-être se rappellent-ils encore qu’on peut être ami avec tout le monde, mais qu’il ne faut pas croire tous les conseils rusés.
