Couverture : Pourquoi les fourmis portent des charges plus grandes qu’elles

Ghana

Pourquoi les fourmis portent des charges plus grandes qu’elles

fourmis, travail, nature

Pays
Ghana
Âge
3–7 ans
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Pourquoi les fourmis portent des charges plus grandes qu’elles

Il y a très longtemps, quand Anansi se fourrait encore dans le pétrin plus vite qu’une araignée ordinaire ne tisse sa toile, vivait un cultivateur travailleur nommé Kweku Tsin.

Cette année-là, le soleil brûlait jour après jour. Les nuages passaient au loin sans apporter de pluie. La terre se fendait, les jeunes plantes laissaient retomber leurs feuilles, et Kweku parcourait chaque matin son champ avec une inquiétude grandissante.

— Encore quelques jours comme ça, et il ne restera rien de la récolte, dit-il un soir.

Soudain, un petit homme coiffé d’un bonnet aux couleurs vives apparut dans l’herbe. Il était de petite taille, mais souriait largement, comme s’il connaissait un heureux secret.

— Pourquoi es-tu triste, Kweku ?

— La terre demande de l’eau, et le ciel ne répond pas.

Le petit homme hocha la tête.

— Apporte deux baguettes bien fines. Bien fines, surtout. Puis tapote très doucement ma bosse avec elles et répète la chanson après moi.

Kweku fut étonné, mais fit ce qu’on lui demandait.

Toc, toc, tout doucement.

Le petit homme chanta :

— Eau, élève-toi,

Nuage, rassemble-toi,

Désaltère le champ,

Réchauffe la terre !

Kweku répéta les paroles.

D’abord, rien ne se produisit. Puis un petit nuage gris apparut au-dessus de la forêt. Un deuxième le suivit. Le ciel s’assombrit, le vent apporta l’odeur de la terre mouillée et, enfin, la pluie tomba.

Ce n’était pas une averse terrible, mais une bonne pluie régulière, qui pénètre lentement dans le sol et abreuve chaque petite racine.

Quelques semaines plus tard, le champ de Kweku était tout vert. Le millet avait grandi, les légumes avaient repris des forces, et les passants s’étonnaient :

— Comment as-tu réussi à sauver ta récolte ?

Kweku ne cacha pas la vérité. Il raconta l’histoire du petit homme qui l’avait aidé et de la chanson magique.

Anansi en entendit parler.

— Deux petits coups, une chanson, et la récolte est prête ? se dit-il. Parfait. Pourquoi travailler toute la journée, alors ?

Mais Anansi n’avait pas tout entendu. Et ce qu’il avait entendu, il décida de le faire à sa manière.

Lorsque le petit homme apparut de nouveau près du champ, Anansi l’attendait déjà.

— Moi aussi, je veux de la pluie.

— Très bien, répondit le petit homme. Prends deux baguettes fines et tapote tout doucement.

Anansi regarda les fines branches et renifla.

— Si les baguettes fines donnent un peu de pluie, de gros bâtons en donneront sans doute trois fois plus !

— Non, non, dit le petit homme. Ce n’est pas une question de force. Il faut suivre exactement la consigne.

Mais Anansi avait déjà apporté deux lourds bâtons.

— Je sais mieux que toi.

Il frappa une fois.

— Aïe ! s’écria le petit homme.

Anansi frappa une deuxième fois, encore plus fort. Le petit homme chancela et tomba dans l’herbe.

Anansi s’immobilisa.

— Euh… Je voulais seulement beaucoup de pluie.

Heureusement, le petit homme respirait. Il avait seulement reçu un choc violent et perdu connaissance.

Au lieu d’appeler aussitôt à l’aide, Anansi eut peur de se faire gronder. Il transporta le petit homme sous un kolatier, l’installa sur des feuilles douces et chercha comment faire accuser quelqu’un d’autre à sa place.

C’est alors que son fils passa sur le chemin.

— Mon fils ! appela Anansi. Regarde qui se trouve sous l’arbre.

Le garçon s’approcha, aperçut le petit homme évanoui et comprit aussitôt qu’il y avait quelque chose de louche.

— Papa, que s’est-il passé ?

— Moi ? Rien ! Je ne faisais que passer.

Son fils plissa les yeux.

— Dommage. J’ai entendu dire que le roi promet une belle récompense à celui qui racontera honnêtement comment il a sauvé ce petit homme magique.

Anansi se redressa aussitôt.

— Une récompense ? Alors, c’est moi ! J’étais ici ! J’ai tout vu ! J’ai même… enfin… frappé un peu trop fort avec les bâtons.

Son fils sourit.

— Au moins, maintenant, nous connaissons la vérité.

Ils appelèrent les gens. On transporta le petit homme à la cour du roi, on lui donna de l’eau et on posa des feuilles fraîches sur sa blessure. Bientôt, il ouvrit les yeux.

Le roi écouta tout le monde, puis dit à Anansi :

— Tu n’as pas fait cette erreur parce que tu ignorais la règle. On te l’avait expliquée. Tu as simplement cru que ton avidité était plus sage que l’expérience des autres. Et ensuite, tu as encore voulu cacher la vérité.

Anansi baissa la tête.

— C’est vrai.

— Alors, tu porteras un rappel de tes responsabilités jusqu’à ce que tu apprennes à dire la vérité et à ne pas faire porter ta charge aux autres.

Le roi ordonna qu’on apporte un petit coffre en bois. Dès qu’on le posa sur la tête d’Anansi, il devint plus lourd qu’il n’en avait l’air.

— Oh ! Qu’y a-t-il là-dedans ? Des pierres ?

— Quelques pierres, quelques-unes de tes excuses et un gros morceau d’impatience, répondit le roi.

Tout le monde rit, sauf Anansi.

Il rentra chez lui en soutenant le coffre des deux mains.

En chemin, il rencontra une petite Fourmi. Elle traînait un brin d’herbe sec plusieurs fois plus long qu’elle.

— Fourmi, dit Anansi d’une voix mielleuse, tu es si forte et si travailleuse. Tiens mon coffre une toute petite minute. Je vais derrière cet arbre et je reviens aussitôt.

— Mais n’est-ce pas ta responsabilité ? demanda la Fourmi.

Anansi cligna des yeux.

— Eh bien… ce n’est qu’un coffre.

La Fourmi accepta de l’aider, mais dès qu’elle toucha la charge, le coffre rapetissa par magie jusqu’à être à sa taille.

— Étrange, dit la Fourmi.

Pendant ce temps, Anansi s’enfuyait déjà sur le sentier.

— Merci ! Je reviens ! Dans une minute ! Deux, peut-être !

Et, bien sûr, il ne revint pas.

La Fourmi se mit d’abord en colère. Puis elle emporta le coffre jusqu’à la fourmilière et raconta à toutes ce qui s’était passé.

— Une qui tire et dix qui regardent ? Pas question, dit une vieille Fourmi. Puisque c’est une charge à porter, portons-la ensemble.

Les fourmis se mirent au travail. L’une poussait, l’autre tirait, une troisième indiquait le chemin le plus court, une quatrième ôtait les petits cailloux du sentier.

Un prodige se produisit : plus elles partageaient équitablement le travail, plus le coffre magique devenait léger.

Lorsqu’elles le déposèrent dans la fourmilière, il se transforma en une multitude de petites graines.

Depuis ce jour, dit-on, les fourmis n’ont pas peur des choses plus grandes qu’elles. Elles prennent des graines, des feuilles et des brins d’herbe, puis les transportent obstinément, pas à pas.

Et si la charge est trop grande, elles appellent les autres.

Car les fourmis savent depuis longtemps ce qu’Anansi a mis bien plus de temps à apprendre :

une lourde charge devient plus légère lorsqu’on travaille honnêtement et ensemble.

Voilà pourquoi, aujourd’hui encore, on peut voir une petite fourmi porter une charge presque plus grande qu’elle.

Et si l’on regarde attentivement, on trouvera toujours tout près une autre fourmi prête à l’aider.