

Inde
Comment le chien vint vivre avec l’homme
- Pays
- Inde
- Âge
- 5–9 ans

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Comment le chien vint vivre avec l’homme
Selon une vieille histoire khasi, les humains et les animaux vivaient autrefois beaucoup plus séparés qu’aujourd’hui. Les habitants de la forêt avaient leurs propres chemins, leurs assemblées et même un grand marché appelé Ka Iew Luri Lura. Le jour du marché, les animaux arrivaient de toutes les directions. Les uns apportaient des fruits, d’autres des racines ou des herbes parfumées. Les oiseaux vendaient ce qu’ils trouvaient dans les branches les plus hautes, et les habitants des rivières et des marécages avaient leurs propres marchandises étonnantes. Le tigre U Khla veillait à l’ordre. Le chien U Ksew voulait lui aussi se rendre au marché. Il avait seulement un problème : il n’avait rien à vendre. U Ksew n’aimait pas beaucoup préparer les choses à l’avance. Il réfléchit longtemps à ce qu’il pourrait emporter sans trop d’effort, puis partit simplement sur la route en espérant trouver une idée en chemin. Le sentier le conduisit jusqu’aux environs de Sadew, sur les pentes du mont Shillong. Soudain, son nez capta une odeur inconnue. Elle était si forte qu’il éternua. — Qu’est-ce qui sent comme ça ? Non loin de là, une famille préparait du ktung rymbai, un plat traditionnel à base de haricots fermentés. Les gens virent le chien voyageur et ne le chassèrent pas. — Tu dois avoir faim. Goûte. U Ksew lécha prudemment. Puis une deuxième fois. Et finalement mangea tout ce qu’on lui offrait. — Quel goût ! Et quelle odeur ! Au marché, personne ne pourra oublier ça. Les gens rirent et remplirent pour lui un petit pot de terre. U Ksew le porta jusqu’à la forêt. Sur la route, il répétait déjà son discours : — Approchez ! Venez goûter quelque chose que vous ne connaissez pas ! Ka Iew Luri Lura était plein de monde. U Ksew posa son pot au milieu du marché. — J’ai la marchandise la plus intéressante de toutes ! Les animaux s’approchèrent. — Montre ! — Ouvre ! U Ksew souleva fièrement le couvercle. Le parfum puissant du ktung rymbai se répandit sur tout le marché. Tout le monde resta silencieux une seconde. Puis quelqu’un renifla. Un autre éclata de rire. — C’est ça, ton produit extraordinaire ? Un cerf, en reculant, heurta le pot du sabot. Il se brisa. La nourriture se répandit au sol et la foule la piétina. U Ksew courut voir U Khla. — Tu dois maintenir l’ordre ! Mon pot a été cassé et tout le monde se moque de moi. Le tigre haussa les épaules. — Un marché reste un marché. Je ne peux rien faire. Le chien fut profondément blessé. Ce n’était pas seulement la perte du pot. Ce qui lui faisait le plus mal, c’était que personne n’avait essayé de comprendre pourquoi cette nourriture lui plaisait. Il quitta le marché sans se retourner. Le soir, il arriva de nouveau à Sadew. La famille qui l’avait accueilli remarqua son air triste. — Que s’est-il passé ? U Ksew raconta tout. Le maître de la maison lui caressa la tête. — Tout le monde n’aime pas les mêmes choses. Mais ce n’est pas une raison pour se moquer du goût de quelqu’un d’autre. U Ksew se coucha près de la porte. La nuit était fraîche. On entendait les voix tranquilles de la famille, le feu craquait et le dîner parfumait la maison. Pour la première fois, le chien pensa qu’il se sentait plus tranquille ici que parmi ceux qu’il appelait ses voisins de la forêt. Le lendemain matin, il se prépara à partir. — Tu peux rester si tu veux, lui dit-on. Et si tu souhaites aider, il y aura toujours quelque chose à faire. Du travail, il y en eut. Le nez d’U Ksew devint un précieux auxiliaire. Une fois, un chevreau se perdit dans le brouillard. Les gens ne savaient plus où chercher. U Ksew renifla l’herbe, suivit le sentier et retrouva rapidement le petit animal. Une autre fois, un enfant oublia un panier de baies dans la forêt. Le chien le retrouva également. La nuit, il entendait les pas près de la maison avant tout le monde et prévenait les habitants en aboyant. Mais surtout, il aimait rester près des humains lorsqu’ils parlaient autour du feu. Avec le temps, les animaux de la forêt remarquèrent qu’U Ksew ne venait plus à leurs réunions. — Où est passé le chien ? Le chien, lui, avait déjà trouvé un nouveau foyer. On raconte que c’est ainsi que les chiens commencèrent à vivre aux côtés des humains. Ils surveillaient les maisons, retrouvaient les chemins, avertissaient du danger et partageaient la chaleur du feu. U Ksew aimait surtout rester sur le seuil. De là, il voyait le sentier, la cour et ceux qu’il considérait désormais comme sa famille. Et si quelqu’un préparait du ktung rymbai non loin de là, son nez le savait toujours avant tout le monde. Alors il levait la tête et, peut-être, se souvenait du vieux marché. Mais il avait compris quelque chose d’important : un véritable foyer n’est pas un endroit où tout le monde se ressemble. C’est un endroit où l’on ne se moque pas de ta différence et où l’on sait reconnaître ce que tu apportes de bon.
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