Couverture : Comment le grand-père perdit sa bosse

Japon

Comment le grand-père perdit sa bosse

Pays
Japon
Âge
4–8 ans
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Comment le grand-père perdit sa bosse

Dans une région du Japon vivait un vieil homme bienveillant qui portait une grosse bosse sur la joue droite. Elle ne faisait pas de lui une moins bonne personne, mais elle le gênait parfois et il aurait aimé s’en débarrasser. Il avait essayé des remèdes et demandé conseil à plusieurs médecins, sans résultat. Finalement, il décida de ne plus consacrer toute son énergie à cela. Il travaillait, entretenait sa maison et, surtout, adorait la musique et la danse. Un jour d’automne, il partit chercher du bois dans les montagnes. Le ciel était clair au départ. Puis des nuages apparurent. Quelques gouttes. Un grondement. Et bientôt une véritable pluie de montagne. Le vieil homme aperçut un grand arbre creux et se glissa dans son tronc. La tempête dura longtemps. Lorsque la pluie s’arrêta, il s’apprêtait à sortir quand il entendit des pas. Il regarda dehors et resta bouche bée. Des oni, étranges créatures des contes, arrivaient dans la clairière. Certains portaient des tambours, d’autres des flûtes, d’autres encore des paniers de nourriture. Le vieil homme se cacha. Les oni commencèrent leur fête. On joua de la musique. On chanta. On dansa. Au début, il avait peur. Puis il se passionna tellement pour les danses qu’il oublia presque de se cacher. — Celui-ci tourne trop vite, murmurait-il. Ah, ce pas-là, je le connais ! Car il avait beaucoup dansé dans sa jeunesse. Le chef des oni finit par demander : — Personne n’a quelque chose de nouveau à nous montrer ? Les pieds du vieil homme se mirent presque à bouger tout seuls. Son bon sens disait : « Reste caché. » Son amour de la danse répondait : « Va ! » Il sortit. Tous les oni se turent. — Un humain ! Le vieil homme s’inclina. — Si vous permettez, je peux danser un peu. La musique reprit. Il dansa non pour gagner un prix, mais parce que la musique était belle, que l’air sentait les feuilles mouillées et qu’après l’orage il avait envie de célébrer la vie. Il tournait, avançait légèrement, s’arrêtait de manière comique puis repartait au rythme du tambour. Les oni commencèrent à applaudir. — Encore ! — Magnifique ! Quand il termina, leur chef était ravi. — Reviens demain ! Sans toi, la fête sera moins joyeuse. — Si je peux, je reviendrai. — Laisse-nous quelque chose comme gage de ta promesse. Les oni se consultèrent. L’un remarqua la bosse sur sa joue. — Prenons ceci. Il reviendra sûrement la chercher. Le chef toucha doucement la joue. La bosse se détacha sans douleur, comme un fruit mûr. Le vieil homme porta la main à son visage. Sa joue était lisse. Les oni rirent, saluèrent et disparurent dans le crépuscule. Le vieil homme rentra en dansant presque tout le chemin. Le lendemain, un voisin entendit son histoire. Lui aussi avait une grosse bosse, sur l’autre joue. — Montre-moi l’arbre ! Le vieil homme lui expliqua honnêtement le chemin. — Mais ils n’ont pas aimé ma joue. Ils ont aimé ma danse. Le voisin n’écoutait déjà plus. — Une danse ? Rien de plus facile. Le soir, il se cacha dans le même arbre. Les oni revinrent. — Où est notre danseur d’hier ? Le voisin bondit dehors. — Me voici ! Ils pensèrent qu’il s’agissait du même homme. — Danse ! Mais le voisin n’avait jamais aimé danser et ne s’était jamais exercé. Il voulait seulement reproduire la chance de l’autre. Il se mit à sauter, agiter les bras et taper des pieds sans rythme. Les oni se regardèrent. — Hier, c’était très différent. Le chef soupira. — Rendons-lui le gage qu’il avait laissé. Il est peut-être simplement fatigué. Il lança doucement la bosse conservée de la veille. Pouf ! Elle se fixa sur la joue libre du voisin. Celui-ci resta figé. Il avait désormais une bosse de chaque côté. Les oni, convaincus d’avoir simplement rendu sa propriété à leur invité, saluèrent et disparurent. Le lendemain, le voisin alla voir le vieil homme. — Je comprends maintenant. Je pensais qu’il suffisait de copier tes gestes pour recevoir le même bonheur. Le vieil homme ne se moqua pas. — La chance d’un autre se copie mal. Les oni m’ont fait un cadeau parce que je ne cherchais aucun cadeau. Je dansais parce que j’aime danser. Le voisin hocha la tête. À partir de ce jour, il envia moins ce qui arrivait aux autres et commença à chercher ce qu’il aimait faire lui-même. Quant au premier vieil homme, lorsqu’il entendait parfois de lointains tambours dans la montagne, il souriait et battait discrètement la mesure du pied.

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