Couverture : Comment le renard obtint sa poitrine blanche

Inde

Comment le renard obtint sa poitrine blanche

Pays
Inde
Âge
5–9 ans
Version audio

Écouter le conte

Comment le renard obtint sa poitrine blanche

Près de la demeure d’un chef local vivait un renard nommé U Myrsiang. Il avait les oreilles pointues, les pattes légères et un museau si rusé qu’on aurait dit que sept idées lui venaient en même temps. Il habitait une grotte non loin des maisons. Au début, il cherchait sa nourriture dans la forêt. Mais peu à peu, il devint paresseux et commença à visiter les cours des habitants. — Pourquoi aller si loin quand le dîner habite derrière une clôture ? Les gens renforcèrent les barrières, fermèrent les portes et placèrent des gardiens. Mais U Myrsiang trouvait toujours un nouveau passage. Finalement, le chef déclara : — Cela suffit. Il faut l’attraper sans blesser personne. On plaça près de la cour une grande cage solide, laissée ouverte avec quelques aliments parfumés à l’intérieur. La nuit, U Myrsiang arriva. Il renifla. Fit un pas. Tendit une oreille. — Voilà quelque chose de nouveau. Il fit plusieurs fois le tour de la cage. Puis passa le museau à l’intérieur. L’odeur était délicieuse. — Je vais seulement regarder de plus près. Il entra. Clic ! La porte se referma. — Voilà qui est gênant. Il poussa les barreaux, essaya de glisser une patte, chercha sous le plancher. Rien. — Si les pattes ne suffisent pas, il faudra utiliser la tête. À l’aube, un voyageur épuisé passa sur la route. Après une dispute avec les autorités de son pays, il cherchait un endroit où recommencer sa vie et travailler tranquillement. Il s’assit près de la cage. Autour de son cou pendait un petit miroir rond, presque le seul bel objet qu’il possédait. Il soupira. — Si seulement je trouvais du travail et un petit morceau de terre. Mais personne ne me connaît ici. U Myrsiang dressa les oreilles. « Voilà mon occasion. » — Mon ami, ne sois pas triste, dit-il doucement. Le voyageur sursauta. — Qui parle ? — Quelqu’un qui peut t’aider. Dans l’obscurité, l’homme ne distingua pas bien son interlocuteur. — Pourquoi es-tu dans cette cage ? Le renard inventa aussitôt une histoire. — Le chef de cette région cherche un étranger pour une mission très honorable. Moi, j’ai été retenu par erreur. Si tu prends ma place, on t’écoutera demain matin et tu pourras demander l’autorisation de t’installer ici. — Vraiment ? — Est-ce que j’ai l’air d’inventer ? S’il avait fait plus clair, le voyageur aurait peut-être remarqué le sourire du renard. Mais la nuit était sombre et l’espoir d’un nouveau foyer très grand. Il ouvrit la cage. U Myrsiang bondit dehors et referma aussitôt la porte derrière l’homme. — Merci ! La lune sortit des nuages. Le voyageur vit enfin le renard. — Mais tu es un renard ! — Exactement. Et ce soir, un renard très libre. Dans sa surprise, l’homme toucha son miroir. Il se détacha de la chaîne et tomba près de la cage. U Myrsiang le ramassa. — Je garderai ceci en souvenir. Puis il disparut. Au matin, les gardiens trouvèrent un homme dans la cage. Il leur raconta honnêtement toute l’histoire. Le chef l’écouta. — Le renard t’a trompé, mais toi, tu nous as dit la vérité. Sors de là. Si tu souhaites rester ici et travailler honnêtement, nous trouverons une place pour toi. L’étrange nuit se termina donc mieux qu’il ne l’espérait. Pendant ce temps, U Myrsiang courait loin des maisons. Il avait suspendu le miroir à son cou et s’arrêtait souvent pour s’admirer. — Quel magnifique renard ! Intelligent, rapide et maintenant décoré ! Le soir, il entra dans une partie tranquille de la forêt sans remarquer qu’un grand tigre reposait dans l’herbe. Le tigre vit le renard. « Voilà le dîner. » U Myrsiang entendit un bruit et se retourna. Le miroir sur sa poitrine pivota vers le tigre. Celui-ci vit dedans un énorme museau rayé, des yeux brillants et de grandes dents. Il se figea. « Qui est-ce ? » Le tigre pencha la tête. Le terrible visage fit de même. Il recula. Le visage recula également. — Je n’aime pas ce renard, murmura le tigre. Il porte un autre tigre sur sa poitrine ! Il préféra partir sans vérifier. U Myrsiang cligna des yeux. — Étrange. Les tigres ne sont généralement pas si timides. Puis il regarda le miroir et comprit. — Objet très utile ! Il le garda précieusement. Mais un jour, des gens le poursuivirent parce qu’il s’était encore approché trop près de leurs cours. Le renard courut vers la rivière. — Dans l’eau, ils ne me suivront pas ! Il sauta et nagea. Le courant était fort. L’eau saisit la chaîne et arracha le miroir. — Mon trésor ! Le miroir brilla une dernière fois entre les vagues puis disparut. Le renard atteignit l’autre rive. En secouant son pelage, il remarqua quelque chose d’étrange. À l’endroit où le miroir avait frotté longtemps contre sa poitrine, la fourrure était devenue claire. Une tache blanche, presque comme un reflet de lune. U Myrsiang essaya de regarder sa poitrine. — Le miroir est parti, mais le souvenir est resté. On raconte que c’est depuis cette aventure que les renards de cette vieille histoire portent une marque claire sur la poitrine. Elle rappelle la nuit où la ruse ouvrit une cage, où un miroir effraya un tigre et où la rivière emporta une décoration qui semblait magique. Et peut-être rappelle-t-elle autre chose encore : l’intelligence peut aider à sortir d’un problème, mais lorsqu’on trompe les autres à ses dépens, les ennuis finissent souvent par nous retrouver.

May this story leave a little light in your heart ✨