Couverture : Comment les canards reçurent leurs belles plumes

États-Unis

Comment les canards reçurent leurs belles plumes

Pays
États-Unis
Âge
5–9 ans
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Comment les canards reçurent leurs belles plumes

C’était en automne, lorsque les feuilles jaunissaient déjà et que les nuits sentaient l’eau froide. Sur les lacs se rassemblaient canards, oies, plongeons et autres oiseaux d’eau. Ils devaient bientôt partir vers des régions où les rivières ne gèlent pas. Selon l’ancienne histoire, tous portaient alors un plumage presque identique et plutôt terne. Sur un grand lac, les oiseaux se préparaient au voyage. Certains nettoyaient leurs ailes. D’autres s’entraînaient à voler. Quelques-uns se disputaient pour savoir qui passerait devant. Sur une colline apparut le Vieil Homme, grand amateur de plaisanteries et d’idées étranges. Il regarda longtemps les oiseaux puis remarqua une mousse verte et douce. — Voilà exactement ce qu’il me faut. Il rassembla une énorme quantité de mousse, coupa de longues perches et construisit près de la rive une cabane ronde. Il recouvrit les murs de mousse, alluma un petit feu à l’intérieur et posa un tambour près de lui. Les oiseaux observaient depuis l’eau. — Ne vous approchez pas trop, avertit l’oie grise. Lorsque le Vieil Homme construit quelque chose avec autant d’application, il prépare forcément une idée. Le plongeon resta lui aussi prudent. Le Vieil Homme apparut dans la porte. — Mes amis ! J’organise une fête d’automne avant votre migration. Il y aura de la musique, une danse et quelque chose de spécial ! Les oiseaux hésitèrent. Alors le tambour se mit à battre. Boum-boum, boum. Boum-boum, boum. Le rythme était si entraînant que même les canards les plus prudents commencèrent à bouger la tête. — Nous allons seulement regarder, dit le colvert. — D’un seul œil, ajouta une sarcelle. Peu à peu, les oiseaux sortirent de l’eau et entrèrent dans la cabane. Le plongeon et l’oie grise restèrent près de la porte. — Et maintenant, surprise ! annonça le Vieil Homme. Avant de danser, chacun peut choisir de nouvelles couleurs. Il sortit des bols d’argile remplis de peintures. Le colvert s’avança le premier. — Je veux une tête verte, un petit collier blanc, une poitrine brun chaud et des pattes éclatantes. — Excellent choix ! Le Vieil Homme prit son pinceau. Puis vint la sarcelle. Puis le canard branchu. Puis les autres canards, les oies, les plongeons. Chacun imaginait son propre habit. — Plus sombre sur le dos ! — Une bande claire sur l’aile ! — Je voudrais que mes plumes changent de couleur au soleil ! Le Vieil Homme peignit pendant des heures. Le soir, la cabane ressemblait à un atelier où toutes les couleurs de l’automne avaient pris vie. Les oiseaux s’admiraient les uns les autres. — Maintenant, annonça le Vieil Homme, voici la Danse aveugle. Une seule règle : quand le tambour joue, tout le monde ferme les yeux et marche autour du feu. Celui qui regarde gâche le jeu. Les oiseaux formèrent un cercle. Boum-boum, boum. Ils marchèrent les yeux fermés. Coin-coin. Frou-frou des pattes. Pendant ce temps, le Vieil Homme plaça discrètement un grand panier tressé près du mur. « Je vais attraper quelques oiseaux et les garder avec moi tout l’hiver. Ils pourront chanter et danser dans ma cabane. » Chaque fois qu’un oiseau passait près de lui les yeux fermés, il essayait de le guider doucement vers le panier. Mais le plongeon, proche de la porte, entendit un bruit suspect. Il entrouvrit un œil. Et comprit immédiatement. — Ouvrez les yeux ! Ce n’est pas seulement une danse. Le Vieil Homme essaie de nous attraper ! Un vacarme extraordinaire éclata. Coin-coin-coin ! Gak-gak ! Bruit d’ailes ! Les oiseaux se précipitèrent vers la sortie, sautèrent dehors et s’envolèrent au-dessus du lac. Le Vieil Homme n’eut que le temps d’attraper son tambour. — Attendez ! Je voulais seulement… Mais personne n’écoutait. Le plongeon passa le premier au-dessus de l’eau. Puis le colvert brilla avec sa tête verte. Le canard branchu montra ses ailes colorées. Les sarcelles, les oies et tous les autres montèrent de plus en plus haut. Alors ils remarquèrent un miracle. Les peintures ne disparaissaient pas. Elles semblaient faire désormais partie de leurs plumes. Chaque oiseau avait conservé le costume qu’il avait choisi. — Regardez-moi ! cria le colvert. — Et moi ! répondit un autre canard. Même la prudente oie grise ne put retenir un sourire. Les oiseaux firent un grand cercle au-dessus du lac. En bas, le Vieil Homme se tenait devant sa cabane avec le tambour sous le bras. — Tant pis, grommela-t-il. Au moins, je savais peindre. Le plongeon l’entendit et éclata de son rire particulier. Depuis ce jour, raconte l’histoire, les oiseaux d’eau portent des plumages très différents : têtes vertes, bandes blanches, reflets bleus sur les ailes, dos sombres ou poitrines rousses. Et en automne, lorsque de grandes bandes se rassemblent avant le long voyage, on peut imaginer qu’elles se souviennent encore de cette nuit. Boum-boum, boum. Boum-boum, boum. Mais désormais, lorsqu’une invitation paraît trop intéressante, les oiseaux les plus sages savent qu’il est bon de s’amuser tout en gardant parfois les yeux ouverts.

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