

Serbie
La Jeune Fille-oiseau
oiseau, jeune fille enchantée, quête, métamorphose
- Pays
- Serbie
- Âge
- 7–11 ans

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La Jeune Fille-oiseau
Il était une fois un jeune prince qui avait tout ce dont on pouvait rêver : une belle maison, des amis fidèles, des livres sur les pays lointains et des chevaux rapides comme le vent.
Mais, une année, il devint morose. Il avait l'impression que chaque jour ressemblait au précédent et qu'il ne trouvait aucune occupation qui lui donne envie de se lever le matin.
— J'ai besoin de voyager quelque temps, dit-il à son père. Peut-être le monde m'apprendra-t-il ce que je n'arrive pas à comprendre en restant au palais.
Le roi ne chercha pas à le retenir.
— Souviens-toi seulement que, si tu te fatigues, tu peux toujours revenir chez toi.
Le prince prit un manteau simple, un peu de nourriture et partit dans les montagnes.
Pendant plusieurs jours, il suivit les sentiers entre les pins, dormit sous les étoiles et écouta le vent rouler dans les gorges. Chaque jour, ses pensées s'apaisaient un peu plus.
Un soir, il aperçut une petite maison près d'un rocher. Un homme aux cheveux gris était assis sur le seuil et réparait un panier.
— Entre, voyageur, dit le vieillard. La nuit est froide, aujourd'hui.
Pendant le dîner, le prince lui avoua qu'il ne savait pas où il allait.
Le vieillard sourit :
— C'est parfois le meilleur début pour une aventure. Si tu cherches vraiment une merveille, il y a, derrière cette montagne, une vallée où vit une sorcière. Un oiseau extraordinaire vole dans son jardin. On dit qu'il ne s'agit pas d'un oiseau, mais d'une jeune fille ensorcelée.
— Pourquoi ne l'a-t-on jamais libérée ?
— Parce que la sorcière sait égarer les voyageurs. Ceux qui arrivent pleins de colère ou trop sûrs d'eux oublient soudain pourquoi ils sont venus et tournent pendant des heures entre les pierres.
— Et que doit faire celui qui veut aider ?
Le vieillard lui tendit un mince fil rouge.
— Attache-le au premier pin à l'entrée de la vallée et déroule-le derrière toi. Ainsi, tu connaîtras toujours le chemin du retour. Et surtout, ne cherche pas à vaincre par la magie. Pose la bonne question.
Le lendemain matin, le prince le remercia et poursuivit sa route.
Derrière la montagne s'ouvrait une vallée remplie de fleurs bleues. Une haute maison aux fenêtres rondes se dressait en son milieu. Tout autour poussaient des arbres, et des dizaines d'oiseaux se tenaient sur leurs branches.
L'un d'eux attira aussitôt l'attention du jeune homme. C'était un petit oiseau blanc dont les ailes avaient des pointes dorées. Il posait sur lui un regard qui ne ressemblait en rien à celui d'un oiseau, attentif et triste.
Le prince s'approcha.
— Si tu me comprends, fais-moi un signe.
L'oiseau frappa trois fois la branche de son petit bec.
À cet instant, la sorcière sortit de la maison. Elle était grande, portait un manteau vert et ses longs cheveux tombaient presque jusqu'au sol.
— Encore un aventurier ? demanda-t-elle. Que veux-tu ici ?
Le prince se rappela les paroles du vieillard.
Il ne tira pas son épée et ne proféra aucune menace.
— Je veux savoir pourquoi cet oiseau est triste.
La sorcière fut surprise.
— Tous demandent comment l'emporter avec eux. Tu es le premier à demander pourquoi il est triste.
— Alors, pourquoi ?
La sorcière resta un moment silencieuse.
— Autrefois, la jeune fille a promis de rester un an dans mon jardin enchanté pour apprendre à comprendre la langue des oiseaux. Mais, une fois l'année écoulée, je n'ai pas voulu laisser partir ma meilleure élève et je l'ai transformée en oiseau. Je pensais qu'ainsi elle resterait pour toujours avec moi.
— Et elle, le voulait-elle ?
La sorcière baissa les yeux.
— Non.
— Alors, ce n'est pas de l'amitié, dit le prince. Si tu tiens à elle, laisse-la choisir.
Le silence dura longtemps. Seules les feuilles bougeaient dans le vent.
Enfin, la sorcière leva la main et murmura quelques mots.
Une lumière dorée enveloppa l'oiseau blanc. Les ailes devinrent des bras, les plumes se transformèrent en une robe blanche, et une jeune fille apparut dans l'herbe.
Elle inspira profondément.
— Je peux de nouveau parler !
Un bruit monta alors de différents endroits du jardin. Les statues de pierre près des allées semblaient bouger. L'une après l'autre, elles devenaient des êtres humains.
— Qui sont-ils ? demanda le prince, surpris.
La jeune fille expliqua :
— Ce sont des voyageurs qui se sont égarés ici autrefois. La magie les a plongés dans un sommeil de pierre.
La sorcière soupira et leva le sortilège pour tous.
— J'ai eu trop longtemps peur de rester seule, dit-elle. Et cette peur m'a fait rendre ma maison plus solitaire encore.
La jeune fille s'approcha d'elle.
— Si tu apprends à demander aux gens de rester au lieu de les y forcer, peut-être voudront-ils revenir d'eux-mêmes.
Avant leur départ, la sorcière donna à la jeune fille une petite baguette de saule.
— Ce n'est pas une arme, dit-elle. Touche la terre avec elle quand le chemin devient tout à fait impraticable. Elle t'aidera à trouver un passage sûr.
Le prince, la jeune fille et les voyageurs libérés quittèrent la vallée. Le fil rouge les conduisit jusqu'au premier pin et, de là, ils connaissaient déjà le sentier.
Mais une épreuve les attendait. Après une pluie torrentielle dans la nuit, la rivière de montagne avait débordé et emporté le pont.
— Il faudra attendre quelques jours, dit quelqu'un.
La jeune fille toucha de sa baguette de saule une pierre près de l'eau.
La rivière ne disparut pas et ne s'écarta pas par magie. Mais des pierres lisses, qui formaient un gué sûr, s'illuminèrent au-dessus de l'eau.
— Voilà qui me plaît, dit le prince en riant. Une magie qui montre le chemin au lieu de tout faire à votre place.
Ils passèrent sur l'autre rive.
Le sentier traversait ensuite une sombre forêt. Des yeux de loups brillèrent dans les buissons. Les voyageurs se figèrent.
La jeune fille toucha de nouveau la terre avec sa baguette. Un cercle de chaude lumière dorée apparut devant eux. Les loups ne s'approchèrent pas. Ils restèrent un moment derrière les arbres, puis poursuivirent tranquillement leur chemin.
— Personne n'a vaincu personne, dit le prince.
— Et c'est aussi une victoire, répondit la jeune fille.
Quelques jours plus tard, ils revinrent en ville. Les familles des voyageurs se réjouirent de leur retour. Le roi invita la jeune fille au palais et lui demanda ce qu'elle souhaitait après une si longue aventure.
— D'abord, je veux voir mes proches, répondit-elle. Ensuite, je rêve d'ouvrir une école où les enfants apprendront à écouter les oiseaux, à comprendre la nature et à ne pas avoir peur de poser des questions.
Le prince l'aida à réaliser ce rêve.
Ils passaient beaucoup de temps ensemble, voyageaient, discutaient de livres et riaient en songeant que leur aventure avait commencé avec un petit oiseau blanc tout triste. Plus tard, ils tombèrent amoureux et se marièrent, mais ce fut une histoire qu'ils choisirent eux-mêmes, librement.
Le prince comprit enfin ce qui lui avait manqué auparavant.
Ni une grande victoire. Ni un trésor magique. Ni des exploits dangereux.
Il lui manquait une occupation qui lui permette d'être utile aux autres.
Depuis ce jour, quand quelqu'un dans le royaume se sentait perdu, il lui donnait ce conseil :
— Il n’est pas toujours nécessaire de savoir tout de suite où aller. Parfois, il suffit de faire un premier pas bienveillant. Le chemin commencera à se dessiner de lui-même.
