

France
Félicie et le pot d’œillets
- Pays
- France
- Âge
- 5–9 ans

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Félicie et le pot d’œillets
À la lisière d’une grande forêt se trouvait une petite maison. Un frère et une sœur, Bruno et Félicie, y vivaient avec l’homme qui les avait élevés comme ses propres enfants.
Il n’était pas riche, mais savait faire pousser du bon blé dans un sol pierreux, réparer un toit avant la pluie et trouver une parole gentille lorsque quelqu’un était triste.
Lorsque les enfants grandirent, il les appela auprès de lui.
— Je n’ai pas de grand trésor à vous laisser. Il y a deux tabourets, un lit de paille, une poule, quelques outils, un pot d’œillets roses et une bague d’argent.
Il se tourna vers Félicie.
— Les fleurs et la bague ont été laissées ici il y a longtemps par une dame très particulière. Elle m’a demandé de les garder spécialement pour toi.
Bruno reçut le reste de la maison.
Lorsque leur protecteur ne fut plus là, Félicie espérait vivre paisiblement avec son frère. Mais Bruno commença vite à appeler chaque chose « la sienne ».
— Mon tabouret. Mon étagère. Mon bois. Mon dîner.
— Nous vivons dans la même maison, lui rappelait Félicie.
— Et toi, tu as tes œillets et ta bague.
Félicie n’aimait pas les disputes. Elle retourna dans sa petite chambre, où les œillets roses poussaient sur le rebord de la fenêtre.
Un soir, elle remarqua que la terre était sèche et partit chercher de l’eau à une source dans la forêt.
Le clair de lune argentait le chemin. Tandis qu’elle remplissait sa cruche, elle entendit des roues et de petites clochettes.
Une merveilleuse voiture apparut entre les arbres. Une grande femme vêtue de vert sombre était assise à l’intérieur.
— Bonsoir. Que fais-tu ici si tard ?
— Je viens chercher de l’eau pour mes œillets.
— Seulement pour les fleurs ? As-tu dîné ?
Félicie baissa les yeux.
— Pas encore.
— Alors, commence par manger.
Une petite table apparut près de la source, couverte de pain chaud, de baies, de noix, de fromage et de thé parfumé.
— Je suis la Reine de la Forêt, dit la femme.
Pendant le repas, elle demanda :
— Possèdes-tu quelque chose de vraiment précieux ?
— Mes œillets et une bague d’argent. Et quelque chose d’autre qui ne tient pas dans une poche.
— Quoi donc ?
— Le désir de ne pas devenir cruelle simplement parce que quelqu’un s’est montré cruel envers moi.
La Reine de la Forêt sourit.
— Voilà un trésor rare.
Lorsque le repas fut terminé, Félicie souleva sa simple cruche d’argile et resta bouche bée. Elle brillait maintenant comme de l’or tiède, et l’eau qu’elle contenait sentait la rose après la pluie.
— Cette eau aide ce dont on prend soin avec un cœur généreux.
— Alors je vais vous offrir mes œillets pour vous remercier !
Félicie se dépêcha de rentrer.
Pendant son absence, Bruno était entré dans sa chambre. Agacé de voir combien elle tenait à ses fleurs, il avait caché le pot sous son lit et placé un chou sur le rebord de la fenêtre.
Félicie s’arrêta devant la fenêtre.
— Un chou ?
Elle chercha partout puis retourna tristement vers la source.
— Mes fleurs ont disparu. J’ai encore ma bague. Prenez-la à la place.
— Mais alors il ne te restera plus aucun des anciens cadeaux.
— Il me restera votre amitié.
La Reine de la Forêt accepta la bague.
— Rentre chez toi. Demain matin, regarde attentivement ce qui te paraît ordinaire.
Félicie revint et porta le chou dehors.
— Doucement, s’il te plaît ! dit une voix.
Félicie se figea.
— Qui a parlé ?
— Moi.
— Le chou ?
— Évidemment. Pas le chêne.
Félicie faillit le laisser tomber.
— Si tu me replantes dans le jardin, je te dirai où se trouvent tes fleurs.
Elle planta le chou et l’arrosa.
— Maintenant, dis-moi.
— Sous le lit de Bruno.
La vieille poule gloussa tout près.
— Et ne te fâche pas contre moi.
Félicie la regarda.
— Cette matinée va être très longue.
La poule lui expliqua qu’elle avait autrefois été la femme qui s’était occupée de Félicie lorsqu’elle était bébé.
Félicie était née dans un palais très lointain.
Une vieille loi injuste exigeait qu’un héritier soit un garçon. Pour protéger sa fille, la mère de Félicie avait fui et demandé de l’aide à sa sœur, la Reine de la Forêt.
Félicie avait été cachée en sécurité dans la petite maison.
La nourrice avait été transformée en poule afin de protéger le secret, et plusieurs gardes qui recherchaient l’enfant avaient été changés en choux.
— Ce n’est pas la forme la plus digne, soupira la poule, mais c’était toujours mieux qu’une prison.
Félicie serra la poule dans ses bras aussi délicatement qu’on peut enlacer une poule qui parle.
— Je trouverai un moyen de vous rendre votre forme.
— Commence par retrouver tes œillets.
Félicie entra dans la chambre de Bruno.
Des dizaines de souris grises étaient assises devant le pot de fleurs.
— Laissez-moi passer, s’il vous plaît.
Elles ne bougèrent pas.
Félicie se souvint de l’eau magique et en aspergea quelques gouttes sur le sol.
Une odeur de roses emplit la pièce.
Les souris levèrent le museau, se calmèrent et retournèrent dans leurs trous.
Félicie récupéra le pot.
Les œillets étaient fanés.
— Je suis là. Tout va aller bien.
Elle les arrosa.
Les tiges se redressèrent.
Les boutons s’ouvrirent.
Une lumière rose remplit la pièce.
Des pétales tournoyèrent dans l’air comme une petite tempête.
Le pot disparut.
À sa place se tenait un jeune homme vêtu de vert et portant une couronne d’œillets roses.
Félicie s’assit de surprise.
— Qui êtes-vous ?
— Je m’appelle Florian. Je suis le fils de la Reine de la Forêt. Il y a longtemps, une autre enchanteresse m’a transformé en fleur. Le sort ne pouvait être brisé que par quelqu’un qui prendrait soin de moi sans attendre de récompense.
La Reine de la Forêt apparut dans l’encadrement de la porte. La bague d’argent de Félicie brillait à sa main.
— Tes soins ont brisé le sort.
— Et ma nourrice ? demanda immédiatement Félicie.
La Reine sourit.
— Je savais que ce serait ta première question.
Une lumière verte jaillit.
La poule redevint une femme au regard bienveillant.
Puis la Reine fit un geste vers le jardin.
Les choux se transformèrent en hommes extrêmement heureux de découvrir qu’ils n’étaient plus obligés de pousser en rangées.
Bruno rentra et trouva dans la maison une Reine de la Forêt, Florian, plusieurs anciens choux, une ancienne poule et sa sœur tenant une cruche d’or.
— J’ai l’impression d’avoir manqué quelque chose d’important.
— Seulement la vérité, répondit Félicie.
Bruno s’attendait à être puni.
Mais Félicie dit :
— Je ne veux pas qu’il t’arrive du mal. Je veux seulement que tu comprennes qu’une maison ne devient pas entièrement à toi parce que tu cries « à moi » plus fort que les autres.
Bruno resta silencieux.
— J’étais jaloux. J’avais davantage de choses, mais tu aimais tes fleurs plus que moi je n’appréciais tout ce que je possédais. J’ai voulu te prendre même cela. Pardonne-moi.
— Je te pardonnerai si tu changes réellement. Pas par magie. Par toi-même.
La Reine de la Forêt hocha la tête.
— Ce sont les transformations les plus puissantes.
Plus tard, Félicie apprit davantage de choses sur le royaume où elle était née et contribua à faire disparaître l’ancienne loi injuste.
Elle ne revint pas simplement pour porter une couronne. Elle voulut d’abord connaître les habitants et rendre la vie plus juste pour tous les enfants.
Florian lui rendait souvent visite.
Ils plantaient des œillets, discutaient pour savoir quelles fleurs sentaient le meilleur après la pluie et devinrent des amis très proches.
Bien plus tard, lorsqu’ils furent tous les deux certains de leur choix, ils décidèrent de rester ensemble.
Bruno changea lui aussi, même si cela ne se fit pas en un jour.
La Reine de la Forêt rendit à Félicie sa bague d’argent.
Et sur son rebord de fenêtre se trouvait toujours un pot d’œillets roses.
Des œillets tout à fait ordinaires.
Du moins, c’est ce qu’ils prétendaient.
Parfois, tard dans la soirée, un petit murmure sortait des feuilles :
— De l’eau, s’il te plaît.
Et Félicie, en souriant, allait chercher sa cruche.
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