Couverture : Gobborn le Sage

Royaume-Uni

Gobborn le Sage

construction, énigmes, ingéniosité, famille

Pays
Royaume-Uni
Âge
6–10 ans
Version audio

Écouter le conte

Gobborn le Sage

Il était une fois un artisan que tous appelaient Gobborn le Sage. Il savait bâtir des murs si lisses qu’on pouvait y passer la main sans trouver la moindre bosse. Il construisait des toits si solides que la pluie pouvait bien se mettre en colère : pas une goutte ne pénétrait à l’intérieur.

Gobborn avait un fils, Jack. Le garçon était gentil et travailleur, mais les énigmes de son père le laissaient souvent perplexe.

Un matin, Gobborn tendit une peau de mouton à son fils.

— Vends-la, dit-il, mais rapporte-moi à la fois la peau et l’argent de la vente.

Jack cligna des yeux.

— La peau et l’argent ?

— Exactement.

Jack se rendit à la foire.

— Achetez ma peau de mouton ! criait-il.

Les acheteurs s’approchaient et marchandaient, mais dès qu’ils entendaient sa condition, ils écartaient les bras.

— Si nous payons, nous emportons la peau.

Le soir, Jack revint chez lui sans avoir rien gagné.

Le lendemain, il essaya de nouveau. Encore une fois, personne n’accepta. Le troisième jour, il s’assit près d’un pont pour réfléchir.

Non loin de là, sur la rive du ruisseau, une jeune femme rinçait une étoffe de laine. Voyant Jack abattu, elle lui demanda :

— Pourquoi soupires-tu ainsi ?

— Mon père m’a donné une tâche que je n’arrive pas à accomplir. Je dois vendre une peau de mouton, mais rapporter à la fois la peau et son prix.

La femme sourit.

— Donne-la-moi un instant.

Elle retira soigneusement la laine de la peau.

— Voici ta peau, dit-elle. Et je te paierai la laine à un prix honnête.

Jack se mit à rire.

— C’est si simple !

— Quand on sait exactement ce qu’on vend, bien des énigmes deviennent plus simples, répondit-elle.

Gobborn écouta son fils et demanda aussitôt :

— Qui a eu cette idée ?

Jack lui parla de la femme près du pont.

— J’aimerais rencontrer quelqu’un qui raisonne ainsi, dit Gobborn.

Le lendemain, Jack l’invita chez eux pour le thé. Elle s’appelait Maeve. Elle vint et parla avec Gobborn du travail, du bois, de la valeur des choses et des raisons pour lesquelles la réponse la plus simple se cache parfois juste sous nos yeux.

Jack aimait beaucoup l’écouter. Maeve revenait volontiers, elle aussi. Avec le temps, ils décidèrent de se marier.

Quelque temps plus tard, un messager du roi vint trouver Gobborn.

— Le roi veut un palais plus beau que tous les autres, annonça-t-il. Et il dit que seul Gobborn le Sage peut le construire.

Gobborn accepta et emmena Jack avec lui.

La route était longue. Ils marchaient depuis plusieurs heures lorsque le père dit :

— Jack, raccourcis-moi le chemin.

Son fils regarda devant lui. Le sentier s’étirait jusqu’aux collines.

— Comment le raccourcir ? Je ne peux pas découper un morceau de route.

Gobborn secoua la tête.

— Alors, rentre à la maison et réfléchis.

Jack retrouva Maeve et lui raconta l’étrange demande.

— Il ne te demandait pas de changer la route, dit-elle. Il voulait qu’elle lui paraisse plus courte. Raconte-lui une histoire intéressante. Quand on écoute un bon récit, les jambes avancent et le temps s’envole.

Jack rattrapa son père et se mit aussitôt à raconter une histoire. Ils se laissèrent si bien emporter par le récit que, bientôt, Gobborn s’arrêta et sourit :

— Voilà, tu as raccourci le chemin.

C’est ainsi qu’ils arrivèrent au chantier.

Le roi souhaitait un palais avec de hautes tours, de grandes fenêtres, une vaste salle et un toit visible de loin. Gobborn et Jack travaillèrent pendant de nombreux mois. Ils se montraient aimables avec les maçons, les charpentiers, les cuisiniers et les serviteurs, saluaient chacun et écoutaient ceux qui connaissaient la vie du palais.

Avant leur départ, Maeve leur avait dit :

— L’intelligence est utile, mais une bonne conversation peut parfois vous sauver mieux que n’importe quel outil.

C’est ce qui arriva.

Alors que les travaux étaient presque terminés, l’intendante du palais prit Gobborn et Jack à part.

— Maîtres artisans, soyez prudents. Le roi est très fier de son nouveau palais et craint que vous en bâtissiez un semblable pour quelqu’un d’autre. Il a décidé de ne pas vous laisser partir une fois les travaux achevés.

Jack s’inquiéta.

— Que faire ?

— Ne pas paniquer, répondit Gobborn. S’affoler aide rarement à réfléchir.

Le lendemain matin, le roi vint inspecter le palais.

— Tout est prêt ? demanda-t-il.

— Presque, répondit Gobborn. Pour le dernier ouvrage, il me faut un outil particulier. Il est resté chez moi. Jack pourrait aller le chercher rapidement.

— Non, dit le roi. Vous resterez tous les deux ici. J’enverrai mon fils.

Gobborn réfléchit, puis hocha la tête.

— Très bien. Qu’il dise à Maeve : « Donne-lui le Courbe et le Droit. »

Le fils du roi se rendit chez eux.

— On m’a demandé d’emporter le Courbe et le Droit, dit-il à Maeve.

Maeve comprit aussitôt qu’il ne s’agissait pas du nom d’un outil. Gobborn la prévenait qu’ils ne pouvaient pas rentrer chez eux.

Elle conduisit son invité à la réserve.

— Je crois que ce qu’il vous faut est sur l’étagère du haut. Pouvez-vous m’aider à le prendre ?

Lorsque le prince entra, Maeve ferma la porte de l’extérieur.

— Ne vous inquiétez pas, lui dit-elle à travers la porte. Il y a ici une fenêtre, de l’eau et un banc. Je ne vous veux aucun mal. Mais votre père retient ma famille. Vous sortirez dès que Gobborn et Jack seront à la maison.

Le prince s’indigna d’abord, puis comprit vite que Maeve parlait sérieusement.

— Donnez-moi du papier, demanda-t-il. Je vais écrire à mon père.

Dans sa lettre, il expliqua tout ce qui s’était passé.

Le roi lut le message, resta longtemps silencieux, puis reconnut :

— C’est moi qui ai créé ce problème. Je voulais retenir les artisans de force et j’ai reçu une réponse dans le même langage rusé.

Il versa à Gobborn et à Jack toute la somme promise, les remercia pour le palais et les laissa rentrer chez eux.

Dès qu’ils eurent franchi le seuil, Maeve ouvrit la réserve.

— L’accord a été respecté, dit-elle au prince.

— J’espère que, la prochaine fois, nos familles se parleront simplement, sans énigmes ni portes fermées, répondit-il.

— Ce serait le plus sage de tous les accords, dit Maeve en riant.

Plus tard, Gobborn, Jack et Maeve bâtirent leur propre belle maison. Elle n’était ni la plus grande du monde ni la plus somptueuse, mais chaque détail avait été pensé. On y trouvait toujours de la place pour le travail, les invités et les histoires du soir.

Et quand on demandait à Gobborn le secret du véritable savoir-faire, il répondait :

— De bonnes mains sont importantes. De bons outils aussi. Mais le meilleur outil de l’artisan, c’est une tête capable de regarder un problème autrement.

Et Jack et Maeve étaient tout à fait d’accord.