Couverture : Goso le maître

Tanzanie

Goso le maître

Pays
Tanzanie
Âge
4–8 ans
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Goso le maître

Sur l’île de Zanzibar vivait autrefois un maître nommé Goso. Il n’avait pas d’école avec de grandes salles. Chaque matin, il déroulait une natte sous un large calebassier et les enfants s’asseyaient autour de lui en demi-cercle. Goso leur apprenait à lire, à compter et à s’écouter avec attention. Il aimait aussi poser des questions auxquelles il était impossible de répondre trop vite. — Avant d’accuser quelqu’un, répétait-il souvent, il faut comprendre ce qui s’est réellement passé. Un soir, Goso resta sous l’arbre pour préparer la leçon du lendemain. Le soleil descendait déjà, les feuilles murmuraient doucement et, très haut entre les branches, la gazelle Paa avançait discrètement. Elle avait repéré un fruit mûr et voulait le goûter. Paa posa un sabot sur une branche fine. Crac ! La branche bougea. Un gros fruit se détacha et tomba. Boum ! Il atterrit tout près de Goso et le heurta douloureusement. Le maître tomba sur sa natte et perdit connaissance. Heureusement, des passants se trouvaient non loin. Ils le ramenèrent chez lui, appelèrent une personne qui savait soigner les blessures et le laissèrent se reposer. Le lendemain matin, les enfants arrivèrent pour la leçon et trouvèrent la natte vide. — Où est notre maître ? demandèrent-ils avec inquiétude. Lorsqu’on leur raconta ce qui s’était passé, ils furent très tristes. — Il faut découvrir qui a fait tomber le fruit ! déclara l’élève le plus âgé. — Et ne pas accuser trop vite, rappela une fillette du premier rang. Goso nous le répète toujours. Ils examinèrent le calebassier et décidèrent qu’un puissant Vent du Sud avait peut-être décroché le fruit. Les enfants sortirent sur la route et appelèrent : — Kusi, Vent du Sud ! Est-ce toi qui as fait tomber la calebasse sur notre maître ? Le Vent du Sud fit frissonner l’herbe. — Je suis fort, c’est vrai. Mais suis-je vraiment tout-puissant ? Regardez : un simple mur d’argile peut m’arrêter. — Alors interrogeons le mur, décidèrent les enfants. Ils se rendirent auprès du mur. — Mur, tu arrêtes le Vent du Sud. Est-ce à cause de toi qu’il a tourné vers l’arbre et fait tomber le fruit ? Le mur sembla gronder en réponse : — Si j’étais le plus fort, une petite souris pourrait-elle creuser un passage à travers moi ? Les enfants échangèrent un regard. — Cherchons la souris ! Panya la souris passa le museau hors de son trou. — Panya, tu creuses à travers le mur. Toute cette histoire aurait-elle commencé avec toi ? La souris couina : — Si j’étais la plus forte, pourquoi fuirais-je devant le chat ? Les enfants trouvèrent Paaka le chat, qui se chauffait justement au soleil. — Paaka, la souris a peur de toi. Tu es donc plus fort qu’elle ? Le chat bâilla. — Peut-être. Mais une corde me retient très facilement lorsque mon maître ne veut pas que je fouille dans son panier de poisson. Les enfants allèrent chercher une corde. — Corde, tu peux retenir le chat. Es-tu donc la plus forte ? La corde grinça doucement : — Un couteau me coupe d’un seul geste. Ils se tournèrent vers le couteau. — Couteau, tu coupes la corde. Es-tu le plus fort ? La lame brilla au soleil. — Le feu peut me rendre si brûlant qu’on ne peut plus me toucher. Les enfants s’approchèrent du foyer. — Feu, es-tu plus fort que le couteau ? Les flammes crépitèrent. — L’eau peut m’éteindre. Près du puits, les enfants remplirent un seau. — Eau, tu éteins le feu. Es-tu la plus forte ? L’eau clapota : — Un bœuf peut boire tout un seau. Dans le champ paissait Ngombai le bœuf. — Ngombai, tu peux boire l’eau. Tu es donc le plus fort ? Le bœuf agita la queue. — Une toute petite mouche peut pourtant me rendre fou. Elle bourdonne près de mes oreilles, se pose sur mon dos et je n’arrive pas à m’en débarrasser. Les enfants rirent et cherchèrent la mouche. Bientôt, ils entendirent : — Bzzzz ! — Enzi la mouche, même un grand bœuf ne parvient pas à te chasser. Es-tu donc la plus forte de toutes ? La mouche tourna dans l’air. — Si j’étais la plus forte, la gazelle réussirait-elle à m’attraper avec sa langue lorsque je me pose sur les feuilles ? — La gazelle ! s’écrièrent les enfants. Pour la première fois, ils se rappelèrent avoir vu des traces de fins sabots près du calebassier. Ils suivirent la piste et trouvèrent bientôt Paa. Elle se tenait près des buissons avec un air très coupable. — Paa, dirent calmement les enfants, nous avons passé toute la matinée à chercher qui était plus fort que qui. Le Vent du Sud nous a envoyés vers le mur, le mur vers la souris, la souris vers le chat, le chat vers la corde, la corde vers le couteau, le couteau vers le feu, le feu vers l’eau, l’eau vers le bœuf, le bœuf vers la mouche, et la mouche vers toi. La gazelle baissa la tête. — J’étais dans l’arbre, avoua-t-elle. Je voulais attraper un fruit mûr et j’en ai fait tomber un autre par accident. Je n’avais pas vu le maître en dessous. J’ai eu peur et je me suis enfuie. Je suis désolée. Les enfants restèrent silencieux. — Tu ne l’as pas fait exprès, dit une élève. Mais fuir et ne rien dire n’était pas une bonne décision. — Je sais, répondit doucement Paa. Que puis-je faire pour aider ? Ils lui demandèrent d’apporter à Goso des fruits frais et des herbes qui poussaient loin du village, là où une gazelle pouvait aller rapidement. Paa accepta et revint le jour même avec une grosse brassée. Quelques jours plus tard, Goso était assis devant sa maison et souriait à ses élèves. — Alors, vous avez trouvé le coupable ? demanda-t-il. — Nous avons surtout trouvé la cause, répondirent-ils. Et nous avons découvert que la force passe sans cesse de l’un à l’autre : le mur arrête le vent, la souris traverse le mur, le chat chasse la souris… et finalement nous sommes arrivés jusqu’à Paa. — Et qu’avez-vous fait ? — Nous l’avons écoutée. Goso hocha la tête avec satisfaction. — Vous avez donc appris la leçon, même sans moi. Bientôt, les cours reprirent sous le calebassier. Et lorsqu’un enfant s’écriait trop vite : « C’est sûrement lui ! », les autres riaient et répondaient : — Ne te presse pas. Va d’abord jusqu’à la gazelle. Cette phrase finit par signifier pour eux une chose très simple : vérifie toute l’histoire avant de tirer une conclusion.

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