Couverture : Tonnerre et Anansi

Ghana

Tonnerre et Anansi

Anansi, avidité, objets magiques

Pays
Ghana
Âge
5–9 ans
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Tonnerre et Anansi

Cela se passa il y a longtemps. Dans le pays d’Anansi, les bonnes récoltes se faisaient attendre. Les provisions diminuaient dans les cases, et les gens devaient partager leur nourriture avec beaucoup de soin.

Anansi s’inquiétait surtout pour sa famille. Un matin, il était assis au bord de la mer et regardait au loin.

Soudain, il aperçut parmi les vagues un minuscule îlot. Un grand palmier y poussait, et de grosses noix se devinaient sous son feuillage.

— Si seulement je pouvais y aller ! s’écria Anansi. Je trouverais sûrement de quoi déjeuner.

Une vieille barque reposait sur la plage. Elle était usée et fissurée par endroits, mais Anansi décida de tenter sa chance.

À sa première tentative, une vague ramena la barque sur le sable.

À la deuxième aussi.

La troisième, la quatrième, la cinquième et la sixième fois, la mer semblait lui dire :

— Pas aujourd’hui, Anansi !

Mais Anansi était obstiné.

— La septième fois sera la bonne !

Et en effet, la septième fois, la barque franchit les vagues et vogua jusqu’au palmier.

Anansi l’attacha au tronc, grimpa dans l’arbre et se mit à cueillir les noix.

— La première dans la barque !

Plouf ! La noix tomba à l’eau.

— La deuxième dans la barque !

Plouf !

— La troisième atteindra sûrement son but !

Plouf !

Les noix tombèrent ainsi dans la mer, l’une après l’autre. Il n’en resta qu’une.

Anansi visa avec un soin tout particulier.

— Cette fois, impossible de manquer.

Plouf !

Anansi faillit pleurer de désespoir.

— Tant d’efforts pour rien !

Il se pencha au-dessus de l’eau pour essayer d’apercevoir les noix, glissa et tomba à son tour.

Mais au lieu de plonger dans une obscurité froide, Anansi sentit soudain un sol ferme sous ses pieds.

Une petite case accueillante se tenait devant lui, au fond de la mer. Un vieil homme aux yeux bienveillants sortit par la porte.

— Bienvenue, dit-il. Je suis Tonnerre. Qu’est-ce qui t’amène chez moi ?

Anansi lui parla des mauvaises récoltes, de sa famille affamée, du palmier et des noix tombées à l’eau.

Tonnerre l’écouta attentivement.

— Si tu veux vraiment nourrir ta famille, je t’aiderai.

Il rapporta de sa case un petit pot en terre cuite.

— Dis-lui : « Petit pot, fais pour moi ce que tu faisais pour ton maître », et il préparera toute la nourriture nécessaire pour toi et tes proches.

— Vraiment ? Les yeux d’Anansi brillèrent.

— Vraiment. Mais souviens-toi : un cadeau sert bien celui qui en fait usage avec bonté.

Anansi le remercia et se retrouva bientôt dans sa barque.

Il brûlait d’envie d’essayer le pot immédiatement.

— Petit pot, fais pour moi ce que tu faisais pour ton maître !

Aussitôt, une odeur de galettes chaudes, de soupe aux légumes et de fruits sucrés emplit la barque.

— Quelle merveille !

Anansi mangea à sa faim.

Mais sur le chemin du retour, une mauvaise pensée se glissa dans sa tête.

« Et si la magie s’épuisait un jour ? Si je montre le pot à tout le monde, on me demandera sans cesse à manger. Mieux vaut le cacher. Comme ça, j’en aurai pour longtemps. »

À la maison, sa femme et ses enfants l’attendaient.

— Papa, tu as trouvé quelque chose ?

— Malheureusement, non, soupira Anansi en faisant semblant d’être épuisé.

Puis il cacha secrètement le pot magique dans sa chambre.

Dès lors, chaque fois qu’Anansi avait faim, il fermait sa porte et murmurait :

— Petit pot, fais pour moi ce que tu faisais pour ton maître !

Et il mangeait tout seul.

Bientôt, les enfants remarquèrent quelque chose d’étrange : il n’y avait presque plus de nourriture à la maison, mais leur père paraissait de plus en plus en forme.

— Il y a quelque chose qui cloche, dit son fils aîné, Kweku Tsin.

Il était très malin. Un jour, Kweku suivit discrètement son père et découvrit le pot magique.

Lorsqu’Anansi fut parti, le garçon appela sa mère, ses frères et ses sœurs.

— Regardez ce que papa cachait !

Il répéta les paroles magiques, et le pot emplit la chambre de bonnes odeurs de nourriture.

La famille put enfin prendre un bon déjeuner.

La mère d’Anansi secoua la tête.

— Si ce pot peut nous aider, il peut aussi aider nos voisins.

Elle l’emporta sur la place du village. Les gens venaient avec leurs bols, et chacun recevait quelque chose de bon.

Le pot travaillait sans arrêt :

Glou-glou, pff-pff, frou-frou !

Mais les gens étaient si nombreux que le pot devint trop chaud. Il se mit à fumer, tinta sèchement et se brisa en quelques simples tessons de terre cuite.

Tout le monde fut triste.

— Nous ne voulions pas le casser, dit la mère. Nous voulions seulement partager.

Anansi revint le soir. Il alla aussitôt voir sa cachette.

Le pot avait disparu.

— Où est-il ?!

Sa femme lui raconta honnêtement tout ce qui s’était passé.

Anansi se fâcha.

— C’était mon pot ! C’est moi qui l’avais obtenu !

Mais il ne se disputa pas avec elle. Le lendemain matin, il partit vers la mer sans rien dire.

— Tonnerre m’en donnera un autre, décida-t-il. Et cette fois, je ne le montrerai vraiment à personne.

La vieille barque vogua d’elle-même jusqu’au palmier. Désormais, les noix tombaient sans peine directement dedans.

— Non, ce n’est pas une noix qu’il me faut, marmonnait Anansi en les jetant volontairement à l’eau.

Puis il sauta à leur suite et se retrouva devant la case de Tonnerre.

— Encore toi ? demanda Tonnerre.

Anansi raconta comment le pot s’était brisé, mais ne dit pas qu’il l’avait caché à sa famille.

Tonnerre regarda son visiteur attentivement.

— Très bien. Cette fois, je vais te faire un autre cadeau.

Il sortit un long bâton de bois.

— Dis-lui les mêmes paroles.

Anansi se frotta les mains.

« Ce bâton doit sûrement faire quelque chose d’encore mieux que le pot ! »

Dès qu’il fut assis dans la barque, il s’écria :

— Bâton, fais pour moi ce que tu faisais pour ton maître !

Le bâton bondit.

Toc !

Il bondit encore.

Toc, toc !

Puis il se mit à poursuivre Anansi dans la barque, à cogner contre les bords et à le faire courir comme un gardien en colère.

— Hé ! Arrête ! Ce n’est pas ce que je voulais !

Toc, toc, toc !

Anansi courait d’un bout à l’autre de la barque.

— Assez ! J’ai compris !

Le bâton ne le lâchait pas.

Enfin, Anansi se jeta à l’eau et nagea jusqu’au rivage. Le bâton resta dans la barque, que les vagues emportèrent lentement.

Lorsqu’il atteignit le sable, Anansi resta longtemps assis sans parler.

Puis il se dit :

— Le premier cadeau devait nourrir ma famille, et je l’ai caché. Le deuxième devait m’apprendre à penser à d’autres qu’à moi. Tonnerre savait sans doute très bien ce qu’il faisait.

Anansi rentra chez lui sans pot magique, sans bâton magique et sans la moindre noix.

Mais ce soir-là, pour la première fois depuis longtemps, il s’assit à table avec toute sa famille et partagea équitablement le peu qu’il y avait à manger.

Et, chose étonnante, ce simple repas partagé lui parut meilleur que tous les plats du pot magique.