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Comment naquit le rouge-gorge
rouge-gorge, oiseaux, origines, nature
- Pays
- Monde entier
- Âge
- 4–8 ans

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Comment naquit le rouge-gorge
Il y a longtemps vivait un vieil homme avec son fils unique, Iadilla.
Le père aimait beaucoup le garçon, mais il avait une faiblesse : il voulait à tout prix que son fils devienne le plus fort, le plus sage et le plus célèbre de tous.
Lorsqu’Iadilla fut plus grand, le moment vint d’une retraite spirituelle importante dans leur tradition. Le jeune homme devait passer plusieurs jours dans une petite demeure à l’écart du bruit quotidien, écouter ses rêves, ses pensées et les signes de la nature, et attendre l’apparition de son esprit guide.
— Prends cela au sérieux, dit son père. Je veux que ton signe soit grand. Que tout le monde parle de toi ensuite.
Iadilla hocha la tête.
Il respectait son père et voulait lui faire plaisir.
Le premier jour, le garçon resta allongé sur une natte propre et écouta le vent. Celui-ci courait au-dessus du toit, effleurait les herbes sèches et agitait au loin la cime des arbres.
Le deuxième jour, des oiseaux vinrent. Ils se posaient tout près, s’appelaient les uns les autres, puis reprenaient leur vol.
Le troisième jour, Iadilla commença à penser non plus à la gloire, mais à ce qu’il désirait lui-même.
« Est-ce que je veux vraiment qu’on me craigne ? se demandait-il. Est-ce que je veux vaincre tout le monde uniquement parce que c’est le rêve de mon père ? »
Aucune réponse ne venait.
Son père lui rendait visite chaque jour et demandait :
— Alors ? As-tu vu un grand esprit ? Ours ? Aigle ? Tonnerre ? Quelque chose de puissant ?
— Non, père, répondait Iadilla.
— Alors, écoute encore. Attends encore. Un grand signe ne vient pas dans la hâte.
Un peu de temps passa encore.
Iadilla devint plus silencieux. Il sentait qu’il avait besoin de repos, mais ne voulait pas décevoir son père.
Un soir, il dit :
— Père, il me semble que j’ai déjà assez écouté. Peut-être que mon signe ne sera pas celui que tu attends.
Le vieil homme se renfrogna.
— Ne renonce pas si près du but. Un jour encore. Tu dois être fort.
Iadilla ne répondit rien.
Pendant la nuit, il fit un rêve étrange.
Il se tenait dans une vaste clairière. Deux chemins s’ouvraient devant lui.
L’un était rude et bruyant. Des guerriers l’empruntaient, les pas grondaient, la poussière montait, et chacun regardait qui marchait en tête.
L’autre chemin s’élevait droit vers le ciel du matin. Il n’y avait pas de traces, seulement la lumière, le vent et le chant des oiseaux.
— Quel est mon chemin ? demanda Iadilla.
Alors il entendit une réponse, qui ne venait ni de gauche ni de droite, mais semblait venir de l’intérieur de lui-même :
— Celui où ton cœur respire librement.
Le jeune homme baissa les yeux et vit que sa poitrine brillait d’un rouge chaud.
Il se réveilla avant l’aube.
Tout autour de lui était très calme.
Iadilla s’assit et regarda ses mains. Un léger reflet du soleil levant semblait les couvrir. Il toucha sa poitrine : de douces plumes rougeâtres y apparaissaient.
— Voilà donc mon signe, murmura-t-il.
Lorsque son père s’approcha de la petite demeure, il entendit la voix de son fils.
— Père, je sais ce que tu voulais pour moi. Tu rêvais que je devienne un grand guerrier et que je rende notre nom célèbre. Mais mon chemin est différent.
Le vieil homme s’immobilisa à l’entrée.
— Iadilla ? Que dis-tu ?
À cet instant, quelque chose de léger jaillit de l’intérieur.
Un petit oiseau se posa sur la plus haute perche au-dessus du toit. Son dos était d’une couleur discrète, mais sa poitrine brillait d’une chaude teinte rouge orangé.
Le père leva la tête.
— Mon fils…
L’oiseau pencha la tête de côté.
Dans ses yeux, le vieil homme reconnut Iadilla.
— Ne sois pas triste, dit son fils. Je ne disparais pas. Je vais simplement vivre autrement.
— Mais je voulais pour toi un grand destin, murmura le père.
— N’est-on grand que lorsqu’on vainc les autres ? demanda Iadilla. On peut apporter de la joie aux hommes. On peut les réveiller par un chant. On peut leur rappeler qu’après une nuit froide vient le matin.
Le vieil homme resta silencieux.
Il comprit soudain que pendant tous ces jours, il avait surtout pensé à son propre rêve plutôt qu’à celui de son fils.
— Je voulais qu’on soit fier de toi, dit-il.
— Alors, sois fier de ce que je suis devenu, répondit Iadilla. Pas de ce que je n’ai pas pu être.
Le vent remua les petites plumes de sa poitrine.
Iadilla se redressa sur la perche et chanta.
Sa voix était pure, claire et légère. Elle ne contenait aucun cri de guerre. Elle rappelait le bruissement des jeunes feuilles, l’eau du matin et la joie paisible qu’on éprouve lorsqu’après un long hiver, on ouvre pour la première fois sa porte à l’air chaud.
L’oiseau chantait les baies de la forêt, les graines dans les champs, le ciel immense et le chemin propre à chaque être vivant.
Le père écoutait.
Au début, il eut de la peine. Puis sa tristesse s’adoucit.
— Envole-toi, mon fils, dit-il enfin. Je ne te retiendrai pas prisonnier de mon rêve.
Iadilla prit son envol.
Il fit un tour au-dessus de la maison, chanta encore une fois et partit vers le bosquet voisin.
Depuis lors, l’oiseau à la poitrine d’un rouge chaud resta près des habitations humaines. Il ne se cachait pas au loin dans les montagnes et ne cherchait pas la gloire. On pouvait l’entendre le matin, quand les gens se réveillaient, et le soir, quand le jour se faisait plus calme.
On dit que le vieux père s’arrêtait chaque fois qu’il entendait la voix familière.
— C’est mon fils, disait-il désormais sans regret. Il a trouvé son chemin.
Et le rouge-gorge chantait comme s’il répondait :
— Chaque cœur a besoin de son propre ciel.
C’est pourquoi son chant nous rappelle encore que l’amour ne doit pas obliger quelqu’un à vivre le rêve d’un autre. Le véritable amour sait laisser partir, tout en restant proche.
