

Roumanie
Ileana la rusée
- Pays
- Roumanie
- Âge
- 8–11 ans

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Ileana la rusée
Un roi avait trois filles. L’aînée était sérieuse et réservée, la deuxième aimait les beaux vêtements et les fêtes, et la plus jeune, Ileana, avait l’esprit si vif que les courtisans plaisantaient souvent : — Pendant que nous réfléchissons, Ileana a déjà trouvé la solution, l’a mise en pratique et est revenue. Un jour, le roi dut partir longtemps pour régler un important différend avec un souverain voisin. Avant son départ, il remit à chacune de ses filles trois choses : une fleur en pot, un petit oiseau chanteur et une pomme rouge. — Prenez soin de ce que je vous confie. Non parce que ces objets valent cher, mais parce que je veux savoir si vous savez tenir une promesse. Après son départ, les trois fils du souverain voisin décidèrent de visiter le palais. Ils voulaient prouver qu’ils pouvaient charmer n’importe qui avec de jolies paroles. Le prince aîné insista longtemps sous la fenêtre de la sœur aînée avant qu’elle accepte une courte conversation. Le deuxième fit de même avec la sœur cadette du milieu. Le plus jeune prince, lui, vint trouver Ileana. Elle arrosait sa fleur près de la fenêtre. — Où allez-vous avec tant d’empressement ? demanda-t-elle. — Je cherche un rayon de soleil. On dit que l’un d’eux habite dans ce palais. — Joli discours. Et que savez-vous faire, à part de jolis discours ? Le prince sourit. — Mettez-moi à l’épreuve. — Pouvez-vous faire fleurir un chardon en roses ? — Non. — Faire chanter une chauve-souris comme un rossignol ? — Non. — Faire pousser une pomme sur une branche sèche ? Le prince réfléchit. — Donnez-moi du temps et j’essaierai. — Voilà une meilleure réponse, dit Ileana. Quelqu’un qui ne sait pas encore mais veut apprendre m’intéresse davantage qu’un homme qui se contente de se vanter. Elle l’invita dans la grande salle. Certain d’avoir gagné leur duel verbal, le prince s’assit dans un grand fauteuil sculpté. Clic ! Le fauteuil descendit lentement vers l’étage inférieur par un ancien monte-charge. — Ileana ! cria le prince d’en bas. C’est ainsi que vous accueillez vos invités ? — C’est un test. Je voulais voir si vous étiez aussi calme que vos belles paroles le laissent croire. Les serviteurs remontèrent immédiatement le fauteuil. Personne ne fut blessé, mais le prince partit vexé. — Je reviendrai ! — N’oubliez pas de frapper à la porte, répondit joyeusement Ileana. Chez eux, ses frères rirent de son aventure. Pourtant, tous trois étaient contrariés de voir que les princesses ne s’étaient pas laissé impressionner aussi facilement qu’ils l’espéraient. Pendant ce temps, les deux sœurs aînées regrettèrent d’être entrées dans ce jeu. Distraites, elles négligèrent les choses confiées par leur père : la fleur de l’aînée se fana, l’oiseau de la deuxième cessa de chanter et leurs pommes s’abîmèrent. — Que dira père ? Au lieu d’avouer franchement leur erreur, elles entraînèrent Ileana dans de nouvelles aventures. Un matin, l’aînée resta au lit. — Je me sens affreusement mal. Seul un plat préparé dans la cuisine des princes pourrait me rendre des forces. Ileana se méfia, mais elle aimait sa sœur. — Très bien. J’irai en chercher. Elle se rendit au palais voisin au moment où la cuisine était en pleine activité. — Cuisinier ! On vous demande dans la grande salle. C’est urgent ! Le cuisinier partit vérifier. Ileana remplit vite une petite cruche avec un peu du plat déjà prêt, laissa une pièce en paiement et repartit. En revenant, le cuisinier comprit immédiatement qui l’avait dupé. — Ileana ! Quelle maligne ! Le jeune prince, lui, pinça les lèvres. Quelques jours plus tard, la deuxième sœur demanda un autre mets. Ileana trompa cette fois l’intendant de la même manière. Alors les princes préparèrent un piège dans le jardin, près du pommier d’or. Autour de l’arbre, ils tendirent de fines cordes munies de clochettes et placèrent des bandes de résine collante. Les sœurs demandèrent à Ileana de rapporter deux pommes d’or. Elle entra dans le jardin. Deux lions se tenaient près de la porte. Ileana leur lança tranquillement les morceaux de viande qu’elle avait apportés. Les animaux se couchèrent et cessèrent de grogner. Près du pommier, elle aperçut aussitôt les fils presque invisibles. — Bien imaginé, murmura-t-elle. Un peu trop visible pour quelqu’un qui regarde où il pose les pieds. Le jeune prince se cachait derrière les buissons. — Ileana ! Voulez-vous de l’aide ? — Volontiers. Approchez et montrez-moi où poser les pieds. Persuadé qu’elle n’avait rien vu, il fit un pas, puis un deuxième, et accrocha lui-même la corde la plus basse. Ding, ding, ding ! En un instant, il se retrouva emmêlé dans les rubans et les fils, tandis que des pétales tombaient des branches. Ileana cueillit deux pommes. — Merci pour votre aide. Maintenant vous savez exactement où il ne faut pas marcher. — Déliez-moi ! — Bien sûr. Mais promettez d’abord de ne plus fabriquer de pièges où quelqu’un pourrait se blesser. Furieux mais impressionné, le prince promit. Ileana le libéra et rentra chez elle. Le jeune homme n’arrivait plus à l’oublier. Il détestait qu’elle ait toujours un coup d’avance, mais commençait à comprendre que c’était précisément ce qui lui plaisait chez elle. — Comment peut-on être en colère contre quelqu’un tout en ayant envie de lui parler ? demanda-t-il à un vieux conseiller. — Très facilement. Tu as probablement rencontré pour la première fois quelqu’un qui n’a pas peur de te dire la vérité. Quelque temps plus tard, Ileana apprit que le prince était malade après toutes ses aventures et refusait de voir quiconque. Elle se déguisa en guérisseuse voyageuse. — Qu’est-ce qui vous fait le plus souffrir ? demanda-t-elle. — Mon orgueil, grogna le prince. Et une certaine jeune fille. — L’orgueil est plus difficile à soigner qu’un rhume. Qu’a fait cette jeune fille ? — Elle me bat à chaque fois. — Peut-être devriez-vous arrêter de rivaliser avec elle. Le prince réfléchit. — Peut-être. Si elle acceptait de me parler sans pièges ni plaisanteries, je lui demanderais pardon. Ensuite, peut-être, je lui demanderais de m’épouser, mais uniquement si elle le souhaite elle-même. Sous son voile, Ileana sourit. Voilà une conversation bien différente. Lorsque son père revint, les deux sœurs aînées furent terrifiées. Elles savaient qu’elles n’avaient pas pris soin de ce qu’il leur avait confié. Ileana aurait pu cacher leurs erreurs. Elle essaya même de les aider avec sa propre fleur et son oiseau. Mais lorsque le roi commença à poser des questions, les sœurs comprirent qu’un nouveau mensonge ne ferait qu’aggraver la situation. — C’est notre faute, avoua l’aînée. — Nous avons davantage pensé aux princes et à notre peur d’être punies qu’à notre promesse, ajouta l’autre. Le roi fut déçu, mais ne les punit pas cruellement. — La confiance ne revient pas grâce à une punition. Elle revient grâce aux actes. Pendant un an, vous prendrez soin vous-mêmes du jardin du palais et des oiseaux. Que ce que vous avez négligé vous apprenne à prendre soin. Elles acceptèrent. Quelque temps plus tard, le jeune prince arriva au palais. — Je voudrais demander l’autorisation de parler avec Ileana. — Cette autorisation, c’est à elle que tu dois la demander, répondit le roi. Ileana apparut. — Cette fois, sans monte-charge, cordes ni pommes d’or ? — Si vous êtes sans pièges, moi aussi. Ils parlèrent longtemps. Le prince s’excusa pour son arrogance. Ileana reconnut qu’elle-même avait parfois trop aimé gagner. Le temps passa. Ils se rencontrèrent souvent, discutèrent, rirent, firent des promenades à cheval et comprirent peu à peu qu’ils voulaient rester ensemble, non parce que quelqu’un le leur ordonnait, mais parce qu’ils se respectaient. Lorsqu’ils décidèrent de se marier, le prince ne put résister à une dernière plaisanterie. — La première nuit après le mariage, dit-il à ses frères, je rappellerai à Ileana toutes ses ruses. Ileana l’entendit par hasard et demanda aux pâtissiers de fabriquer une grande poupée de sucre à son image. On plaça la poupée derrière un paravent dans la chambre nuptiale. Le soir, le prince entra avec une épée cérémonielle décorative, celle qu’on utilisait pendant la fête pour couper les rubans. — Ileana, dit-il solennellement à la silhouette derrière le paravent, est-ce toi qui m’as fait descendre dans ce fauteuil ? — Oui, répondit la véritable Ileana cachée derrière un rideau. Le prince toucha légèrement la poupée de sucre avec l’épée. Un morceau se détacha. — Est-ce toi qui m’as attiré dans mon propre piège ? — Oui. Un deuxième morceau de sucre tomba. Soudain, le prince s’arrêta. — Tu sais quoi ? Ça suffit. Même pour plaisanter, je n’ai plus envie de me venger de toi. Il posa l’épée. Ileana sortit de derrière le rideau. — Enfin, vous avez réussi une épreuve. — Laquelle ? — Vous vous êtes arrêté au bon moment. Le prince éclata de rire en découvrant la poupée. — Alors tu avais encore un coup d’avance. — Non, répondit Ileana. Cette fois, nous sommes arrivés au même endroit en même temps. Ils vécurent ensuite sans cesser de discuter, car deux esprits vifs ne sont pas toujours d’accord. Mais une règle resta dans leur maison : pas de pièges, pas de vengeance, et aucune rancune qui ne puisse être mise en mots. Et lorsqu’un courtisan disait : — Impossible de tromper Ileana ! Le prince répondait : — Inutile d’essayer. Il est bien plus intéressant de l’avoir à ses côtés.
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