

Allemagne
Jean la Chance
- Pays
- Allemagne
- Âge
- 5–9 ans

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Jean la Chance
Pendant sept ans, Jean travailla chez un maître loin de chez lui. Il était appliqué, ponctuel et accomplissait honnêtement toutes ses tâches.
Lorsque vint le moment de retourner auprès de sa mère, son maître lui dit :
— Tu as bien travaillé, Jean. Voici ton salaire.
Il lui donna un lourd morceau d’argent.
Jean l’enveloppa dans un tissu, le posa sur son épaule et prit la route.
Au début, il avançait joyeusement. Mais après plusieurs heures, son épaule commença à lui faire mal.
— La richesse est agréable, se dit Jean en changeant le paquet de côté, mais pourquoi faut-il qu’elle soit si lourde ?
Un cavalier arriva vers lui sur un beau cheval.
Jean le regarda avec admiration.
— Quel homme chanceux ! Il voyage confortablement pendant que la route défile sous lui.
Le cavalier éclata de rire.
— Veux-tu échanger ? Ton argent contre mon cheval.
Jean ouvrit de grands yeux.
— Vraiment ? Alors je n’aurai plus à porter cette lourde chose !
Ils firent l’échange.
Jean monta en selle, enchanté. Mais il n’était jamais monté à cheval. Tantôt l’animal avançait trop lentement, tantôt il partait soudain trop vite. Dans un virage, Jean faillit tomber dans un buisson.
Il rencontra bientôt un homme qui conduisait tranquillement une vache.
— Quel animal obéissant, soupira Jean. Et elle ne se met jamais à galoper.
— En plus, elle donne du lait, répondit l’homme.
Jean se réjouit.
— Du lait ! On peut en faire du beurre et du fromage. Mon cheval ne sait pas faire ça.
L’homme lui proposa d’échanger la vache contre le cheval.
« Aujourd’hui, la chance m’accompagne vraiment », pensa Jean.
Il continua sa route avec la vache.
La journée devint très chaude et Jean eut soif.
— Voilà le moment de profiter de mon excellente affaire.
Mais la vache était vieille et ne donnait plus de lait.
Jean ne resta pas longtemps déçu.
— Alors l’élevage laitier n’est sans doute pas ma vocation.
À cet instant passa un homme accompagné d’un cochon.
— Le cochon est plus petit, expliqua l’étranger, et facile à conduire.
Jean regarda la vache, puis le cochon.
— Facile à conduire, voilà qui me plaît.
Peu après, ils avaient échangé leurs animaux.
Jean continua avec le cochon, plutôt satisfait.
Plus loin, il rencontra un paysan portant une grande oie blanche.
— Quel bel oiseau ! dit Jean.
— Et très calme, répondit le paysan. Elle ne tire pas sur la corde et ne refuse pas d’avancer.
Jean jeta un regard au cochon, qui venait justement de décider d’explorer un fossé et l’y entraînait.
— Calme, tu dis ?
Quelques minutes plus tard, Jean portait l’oie.
— Chaque échange rend ma route plus facile ! se réjouissait-il.
Dans le village suivant, il rencontra un rémouleur. L’homme faisait tourner sa meule, chantait et paraissait de fort bonne humeur.
— Tu as un bon métier, remarqua Jean.
— Et utile. Les gens auront toujours besoin d’aiguiser leurs ciseaux et leurs outils.
— Alors tu peux toujours gagner de l’argent ?
— Avec une meule et deux mains, je manque rarement de travail.
Jean réfléchit.
— J’ai une oie. Elle est jolie, mais elle ne me donnera pas de métier.
Le rémouleur accepta volontiers de lui donner une vieille pierre à aiguiser en échange de l’oie.
Jean souleva la pierre.
Elle était lourde.
Très lourde.
Presque aussi lourde que l’argent avec lequel il avait commencé son voyage.
Mais Jean garda sa bonne humeur.
— Peu importe. Maintenant, j’ai un métier.
Il reprit sa marche. Le soleil descendait et ses bras devenaient de plus en plus fatigués.
Près d’une rivière, Jean s’arrêta pour boire. Il posa la pierre à côté de lui, se pencha vers l’eau et la heurta accidentellement du coude.
Plouf !
La pierre tomba dans la rivière et disparut.
Jean resta immobile.
Sept années de travail étaient devenues de l’argent.
L’argent était devenu un cheval.
Le cheval, une vache.
La vache, un cochon.
Le cochon, une oie.
L’oie, une pierre.
Et maintenant, il ne restait rien.
C’aurait été le moment idéal pour se désespérer.
Au lieu de cela, Jean redressa les épaules.
— Comme je me sens léger !
Il leva ses mains vides comme s’il découvrait pour la première fois leur liberté.
Plus d’argent à porter.
Plus de cheval à contrôler.
Plus de vache à conduire.
Plus de cochon à poursuivre.
Plus d’oie à tenir.
Même plus de pierre à aiguiser pour l’alourdir.
Jean éclata de rire et accéléra le pas.
Le soir, il arriva enfin devant son ancienne maison.
Sa mère courut à sa rencontre.
— Jean ! Enfin ! Comment s’est passé ton voyage ?
— Merveilleusement bien !
— Et qu’as-tu rapporté après sept années de travail ?
Jean réfléchit.
— Une histoire.
Ils s’assirent à table et il lui raconta tous ses échanges.
Par moments, sa mère se prenait la tête entre les mains. À d’autres, elle riait.
— Mon fils, tu comprends que tu es parti avec de l’argent et que tu arrives sans rien ?
— Pas exactement sans rien, répondit Jean. J’ai compris quelque chose. À chaque échange, je pensais que le nouvel objet me rendrait plus heureux. Mais le moment où je me suis senti le plus heureux, c’est quand je n’ai plus rien eu à porter.
Sa mère sourit.
— Si tu as vraiment appris cela, tes sept années n’ont pas été perdues.
Dès le lendemain, Jean trouva du travail près de chez lui. Cette fois, il n’échangea pas son salaire contre le premier cheval croisé sur la route.
Mais il ne collectionna pas non plus les choses simplement pour en posséder davantage.
Et chaque fois que quelqu’un lui demandait :
— Jean, te considères-tu toujours comme un homme chanceux ?
Il répondait :
— Bien sûr. Le bonheur n’a pas besoin d’être porté sur les épaules.
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