

Allemagne
Jorinde et Joringel
- Pays
- Allemagne
- Âge
- 7–11 ans

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Jorinde et Joringel
À la lisière d’une vaste forêt se trouvait un petit village. Au-delà des dernières maisons, les chemins qui semblaient familiers et joyeux pendant la journée disparaissaient parmi les grands arbres dès le crépuscule.
Jorinde et Joringel vivaient dans ce village. Ils étaient amis depuis l’enfance. Ensemble, ils cueillaient des baies, allaient chercher de l’eau au puits, se disputaient pour savoir qui apercevrait la première hirondelle du printemps et partageaient les dernières pommes de la cave en hiver. En grandissant, ils comprirent qu’ils souhaitaient continuer leur route côte à côte.
Un soir d’été, ils partirent se promener dans la forêt. Le soleil touchait la cime des arbres, la menthe parfumait l’herbe et les oiseaux chantaient doucement parmi les bouleaux.
Joringel s’arrêta soudain.
— Nous devrions rentrer avant la nuit. Quelque part dans cette partie de la forêt se trouve un vieux château. On raconte qu’une étrange magie agit autour de lui.
Jorinde sourit.
— Alors reprenons simplement le chemin par lequel nous sommes venus.
Mais lorsqu’ils se retournèrent, le sentier était devenu presque invisible. De longues ombres s’étendaient entre les arbres et le tournant familier semblait avoir disparu.
— Je crois que nous sommes un peu perdus, dit Jorinde.
Ils continuèrent à marcher à la recherche de la route. Soudain, derrière les branches, ils aperçurent un sombre mur de pierre. Une vieille tour le dominait.
— C’est le château, murmura Joringel.
Au même instant, un grand hibou quitta la tour et tourna silencieusement au-dessus de la clairière.
Jorinde voulut parler, mais un bref chant d’oiseau sortit de ses lèvres.
Joringel se retourna, stupéfait.
Sur la branche près de lui se tenait un petit rossignol. Dans ses yeux sombres, il reconnut Jorinde.
— Jorinde !
Il voulut courir vers elle mais ne put faire un seul pas. Ses pieds semblaient enracinés dans le sol.
Derrière le vieux mur apparut la maîtresse du château, une enchanteresse solitaire qui avait depuis longtemps oublié ce qu’était l’amitié. Elle rassemblait les oiseaux autour d’elle parce qu’elle aimait leurs chants, sans comprendre une chose simple : un chant ne peut être vraiment beau si celui qui le chante n’est pas libre.
L’enchanteresse tendit la main et Jorinde, devenue rossignol, vint se poser dans sa paume.
— Ne l’emportez pas, supplia Joringel.
— Vous vous êtes trop approchés de mon château, répondit l’enchanteresse. Lorsque la lune se lèvera, tu pourras partir. Mais ne reviens pas.
Elle emporta Jorinde à l’intérieur.
Lorsque la lune apparut, le sort qui retenait Joringel faiblit. Il put enfin bouger.
Il appela Jorinde pendant longtemps, mais des centaines de voix d’oiseaux lui répondirent derrière les murs.
Le lendemain, il atteignit un autre village et trouva du travail comme berger. Les jours devinrent des semaines, mais il n’oublia jamais Jorinde.
— Je trouverai un moyen, se promettait-il.
Une nuit, il rêva d’une fleur violette. En son centre brillait une grosse goutte de rosée, transparente comme une perle. Dans son rêve, Joringel touchait une porte verrouillée avec la fleur et la porte s’ouvrait. Il touchait ensuite une cage et les barreaux disparaissaient. Puis il entendait la voix de Jorinde.
Il se réveilla avant l’aube.
— Ce n’était pas un rêve ordinaire.
Dès lors, il chercha dans chaque prairie, sur chaque colline et dans chaque clairière.
Le neuvième matin, près d’un ruisseau, il trouva une fine tige. Une fleur violette s’ouvrait à son sommet, et au centre tremblait une grande goutte de rosée.
Exactement comme dans son rêve.
Joringel la cueillit avec précaution et retourna au vieux château.
En approchant de la clairière, il sentit la peur revenir, mais ne s’arrêta pas.
Cent pas jusqu’au mur.
Cinquante.
Dix.
La magie qui l’avait autrefois paralysé ne lui faisait plus rien.
Il toucha la vieille porte avec la fleur. La serrure claqua et la porte s’ouvrit.
À l’intérieur, des chants résonnaient dans tous les couloirs. Dans la grande salle se trouvaient des rangées de cages. Chacune renfermait une personne transformée en oiseau.
— Comment vais-je retrouver Jorinde ?
L’enchanteresse apparut. Lorsqu’elle vit la fleur, elle recula.
— Où as-tu trouvé cela ?
Joringel ne répondit pas. Il serra seulement la fleur plus fort.
L’enchanteresse se précipita vers une cage et tenta de l’emporter dans une autre pièce.
Joringel comprit aussitôt.
— C’est Jorinde.
Il courut après elle et toucha la cage avec la fleur.
Les barreaux tintèrent doucement. Une lumière dorée remplit la pièce et, à la place du rossignol, Jorinde apparut.
— Je savais que tu viendrais, dit-elle.
— Et moi, je savais que je te retrouverais.
Ils se serrèrent dans les bras.
Puis Jorinde regarda vers la grande salle.
— Il y en a tant d’autres.
Joringel hocha la tête.
Ensemble, ils allèrent de cage en cage. Chaque fois que la fleur violette touchait les barreaux, le sort disparaissait. Rossignols, grives, alouettes et mésanges redevenaient des êtres humains.
Bientôt, la grande salle ne fut plus remplie de chants d’oiseaux, mais de rires, de voix étonnées et de cris de joie.
L’enchanteresse observait en silence. Son pouvoir diminuait à chaque cage ouverte.
Jorinde s’approcha d’elle.
— Vous aimiez nos chants. Mais on ne peut pas enfermer un chant. Si vous voulez entendre de la vraie musique, ouvrez les fenêtres et laissez les oiseaux venir de leur propre volonté.
L’enchanteresse ne répondit rien. Mais lorsque la dernière cage fut vide, elle n’empêcha personne de partir.
Tous sortirent du château.
Au-delà des portes, le soleil se levait. La forêt qui avait semblé sombre et effrayante pendant la nuit brillait maintenant de rosée.
Jorinde et Joringel retrouvèrent le chemin de leur village. Peu après, ils se marièrent et invitèrent toutes les personnes qu’ils avaient libérées du vieux château.
On raconte que ce matin-là, tant d’oiseaux chantaient dans les arbres que les habitants ouvrirent leurs fenêtres et sortirent simplement pour les écouter.
Le vieux château resta désormais silencieux. Ses fenêtres ne furent plus jamais verrouillées. Parfois un hibou se reposait sur la tour, parfois un rossignol chantait dans le jardin, mais plus aucun oiseau ne fut enfermé derrière des barreaux.
Car même le plus beau des chants ne peut naître que dans la liberté.
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