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Le Livre de la jungle
Dans la jungle, il n’existe pas un seul héros. Chaque sentier peut mener vers une nouvelle histoire : jusqu’au Conseil des Loups sous la lune, à une vieille cité où les singes crient parmi les ruines, au bord de la mer,
- Pays
- Monde entier
- Âge
- 7–11 ans
- Durée
- 11 min

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Le Livre de la jungle
Dans la jungle, il n’existe pas un seul héros. Chaque sentier peut mener vers une nouvelle histoire : jusqu’au Conseil des Loups sous la lune, à une vieille cité où les singes crient parmi les ruines, au bord de la mer, dans un jardin près d’une maison humaine ou encore dans un camp d’éléphants.
Mais tous les habitants du monde sauvage ont quelque chose en commun : chacun doit apprendre à comprendre les autres, à protéger les siens et à répondre de ses propres choix.
Mowgli et les Bandar-log
Lorsque Mowgli était encore un garçon vivant parmi les loups, le vieil ours Baloo lui enseignait la Loi de la Jungle. Les leçons étaient nombreuses : comment demander poliment la permission près d’un point d’eau, comment avertir un serpent avant de plonger dans un étang, comment distinguer une branche solide d’une branche pourrie et comment demander de l’aide aux habitants du ciel, des arbres ou de l’eau.
Mowgli apprenait vite, mais comme tous les enfants, il pensait parfois en savoir déjà assez.
C’est à ce moment-là que les Bandar-log, les singes, commencèrent à s’intéresser à lui. Ils vivaient sans règles, sans chef et sans aucun souvenir des promesses de la veille. Les singes se vantaient bruyamment d’être les créatures les plus intelligentes de toute la jungle.
— Viens avec nous ! appelaient-ils Mowgli. Tu nous ressembles puisque tu sais t’accrocher aux branches avec tes mains. Nous ferons de toi notre chef !
Le garçon aimait qu’on lui accorde tant d’attention. Baloo et Bagheera l’avertissaient qu’il ne fallait pas croire les paroles des Bandar-log, mais Mowgli ne comprit pas tout de suite pourquoi.
Un jour, les singes l’attrapèrent et l’emportèrent très haut au-dessus du sol, se le passant de main en main entre les cimes des arbres. Ils conduisirent le garçon jusqu’aux Grottes Froides, une ancienne ville humaine abandonnée où les singes avaient installé leur royaume parmi les cours envahies de végétation et les murs à moitié effondrés.
Au début, ils promirent tout ce qui existait au monde à Mowgli. Une minute plus tard, ils avaient déjà oublié leurs propres paroles et couraient se disputer pour une vieille noix.
Pendant ce temps, Baloo et Bagheera cherchaient leur ami. Ils savaient que contre des centaines de singes, ils avaient besoin de quelqu’un que les Bandar-log craignaient vraiment. Ils allèrent donc demander l’aide de Kaa, le grand python des rochers.
Kaa n’aimait pas les singes, et les singes n’aimaient pas du tout le rencontrer dans l’obscurité.
La nuit, Bagheera se glissa dans les ruines. Les singes l’encerclèrent, mais la panthère tint bon. Baloo se précipita lui aussi pour l’aider. Puis, lorsque Kaa sortit de l’ombre, toute l’armée bruyante des singes perdit soudain son courage.
Mowgli fut délivré.
Sur le chemin du retour, le garçon garda le silence. Il avait compris que la flatterie n’est pas l’amitié et que celui qui promet beaucoup sans répondre de ses paroles peut entraîner les autres dans le danger.
— J’aurais dû vous écouter, dit-il à Baloo et Bagheera.
— L’important, c’est que la prochaine fois tu écoutes plus attentivement, répondit Baloo.
Shere Khan et le retour vers les hommes
Lorsque Mowgli grandit, il dut quitter la Meute et vivre quelque temps parmi les humains. Dans le village, une femme bonne nommée Messua l’accueillit chez elle. Elle lui enseigna les mots des hommes, leurs habitudes et les travaux de la maison.
Mowgli devint gardien de buffles. Mais la jungle ne l’avait pas oublié. Frère Gris, l’un des loups de sa famille, venait jusqu’au bord des pâturages lui apporter des nouvelles.
Un jour, il lui annonça que Shere Khan chassait de nouveau Mowgli et attendait l’occasion de l’attaquer.
Le garçon ne voulait pas passer sa vie à se cacher. Avec Frère Gris et Akela, il imagina un plan. Mowgli divisa le troupeau de buffles en deux groupes et les conduisit par deux chemins différents vers une vallée étroite. Shere Khan se retrouva entre deux flots d’animaux massifs.
Lorsque les troupeaux se rejoignirent, le tigre n’avait plus aucun endroit où fuir. Les buffles traversèrent la vallée et, après cette charge, Shere Khan ne se releva plus.
Mowgli avait vaincu son ancien ennemi, mais une autre épreuve l’attendait au village. Certains habitants décidèrent qu’un garçon capable de comprendre les loups et de ne pas craindre la jungle devait être un sorcier. Ils commencèrent à avoir peur de ce qu’ils ne comprenaient pas.
Mowgli ne chercha pas à discuter avec une foule en colère. Il dit adieu à Messua et retourna dans la forêt.
Le garçon comprit une nouvelle fois que les hommes et les animaux peuvent tout aussi facilement commencer à craindre celui qui leur ressemble moins. Et que le plus important est de ne pas laisser la peur des autres vous rendre cruel à votre tour.
Le Phoque blanc
Très loin de la jungle indienne, sur une île froide battue par la mer, naquit un petit phoque extraordinaire nommé Kotick. Avec le temps, son pelage devint presque blanc, si bien qu’il était facile à reconnaître parmi des milliers d’autres phoques.
Kotick grandit sur une côte bruyante, nagea dans l’eau glacée et apprit à retrouver son chemin en mer. Mais un jour, il vit quelque chose qu’il ne put jamais oublier : des hommes venaient sur les plages où reposaient les phoques.
Kotick décida de trouver un autre endroit, une côte sûre que les hommes ne pourraient pas atteindre.
Les autres phoques se moquèrent de lui :
— Un tel endroit n’existe pas. Nos ancêtres ont vécu ici, et nous vivrons ici nous aussi.
Mais Kotick ne renonça pas. Année après année, il parcourut les mers, interrogea les habitants de l’océan et explora des îles et des baies. Il trouva plusieurs rivages magnifiques, mais partout il découvrit des traces humaines.
Un jour, il aperçut de grands animaux marins étranges qui nageaient silencieusement près du fond. Kotick les suivit. Ils le conduisirent vers un passage sous-marin, et au-delà s’ouvrit une vaste côte paisible, protégée par des falaises et inaccessible aux navires.
Kotick avait enfin trouvé ce qu’il cherchait.
Il retourna auprès des siens et les convainquit de le suivre. Tous ne le crurent pas immédiatement. Mais ceux qui osèrent entreprendre ce long voyage découvrirent un nouveau foyer sûr.
Ainsi, le Phoque blanc prouva que l’endroit auquel on est habitué n’est pas toujours le seul possible, et qu’une recherche obstinée peut changer l’avenir de toute une communauté.
Rikki-Tikki-Tavi
Après une violente pluie, un petit mangouste fut emporté par l’eau jusque dans le jardin d’une maison humaine. Là, un garçon nommé Teddy et ses parents le trouvèrent. Ils le réchauffèrent, le nourrirent et lui permirent de rester dans le jardin.
La mangouste se remit vite. Elle était curieuse, vive et avait l’habitude de lever la tête, de humer l’air puis de murmurer son petit cri de bataille : « Rikki-tikki-tikki ! »
Dans le jardin vivaient les cobras Nag et Nagaina. Ils considéraient ce territoire comme le leur et n’étaient pas heureux de voir arriver une mangouste, car ils savaient que les mangoustes ne craignent pas les serpents.
Rikki ne cherchait pas la querelle, mais il comprit que les cobras pouvaient attaquer les humains de la maison.
Darzee, l’oiseau-tailleur, et sa compagne l’aidaient. Ils surveillaient le jardin et l’avertissaient des dangers.
Une nuit, Nag se glissa dans la salle de bains et s’y cacha en espérant surprendre le maître de maison. Rikki le remarqua et donna l’alerte. Les humains se réveillèrent et Nag ne put plus menacer la famille.
Mais Nagaina restait dans le jardin et gardait ses œufs, dont devaient bientôt sortir de jeunes cobras. Rikki savait que si tous naissaient, le danger recommencerait.
Lorsque Nagaina tenta de s’approcher de Teddy, Rikki détourna son attention et la força à le poursuivre. Il découvrit sa cachette et détruisit presque tous les œufs, en gardant un seul pour attirer le cobra loin du garçon.
Nagaina saisit le dernier œuf et se précipita vers son terrier. Rikki la poursuivit sous terre.
Le silence tomba sur le jardin.
Quelques minutes passèrent, puis un museau couvert de poussière apparut à l’entrée du terrier.
— C’est terminé, dit Rikki.
À partir de ce jour, le jardin devint plus sûr. Mais la mangouste ne devint pas vaniteuse. Elle continua chaque jour à inspecter les buissons et les chemins, car elle savait que le courage n’est pas seulement une grande victoire : c’est aussi être prêt, jour après jour, à veiller sur ceux dont on se sent responsable.
Le Petit Toomai et les éléphants
Dans un camp de chasseurs d’éléphants vivait un garçon appelé Petit Toomai. Son père et son grand-père travaillaient avec les éléphants, et Toomai connaissait depuis son enfance le caractère de l’immense Kala Nag.
Kala Nag était un éléphant expérimenté. Il comprenait les ordres des hommes, ne craignait pas le travail difficile et laissait patiemment le garçon s’asseoir sur son cou.
Toomai rêvait de savoir où vont les éléphants pendant la nuit, lorsqu’aucun homme ne voit leurs chemins secrets.
Les adultes riaient :
— Quand tu auras vu la danse des éléphants, tu seras un véritable connaisseur !
Cela semblait impossible.
Pourtant, une nuit, Kala Nag retira silencieusement sa chaîne et partit dans la jungle. Toomai était tout près et refusa de rester en arrière. Il s’accrocha fermement au cou de l’éléphant.
Kala Nag suivit des sentiers inconnus des hommes. De tous côtés, d’autres éléphants les rejoignirent. Tous se dirigeaient vers une clairière cachée.
Là, Toomai vit quelque chose d’extraordinaire. Des dizaines d’éléphants se déplaçaient dans la lumière de la lune, frappaient le sol au même rythme et tournaient sur la terre tassée. Aucun humain ne les dirigeait. C’était leur nuit, leur secret.
Le garçon les observa jusqu’à ce que ses yeux commencent à se fermer.
Au matin, Kala Nag le ramena au camp. Lorsque Toomai raconta où il avait été, les vieux chasseurs refusèrent d’abord de le croire. Mais les traces laissées dans la clairière confirmèrent ses paroles.
À partir de ce jour, on l’appela Toomai des Éléphants.
Non parce qu’il commandait les éléphants mieux que tous les autres, mais parce qu’une nuit ils lui avaient permis de voir un monde qui n’appartenait pas aux hommes.
Les Serviteurs du camp
Une autre nuit trouva un camp militaire sous la pluie. Tout près se tenaient des chameaux, des chevaux, des mulets, des bœufs et des éléphants. Un homme qui ne comprenait pas leur langue n’aurait entendu que des souffles, des sabots et le cliquetis des harnais. Mais s’il avait pu comprendre les animaux, il aurait entendu une véritable dispute.
Le cheval était fier de porter son cavalier droit vers le danger. Le mulet expliquait que son travail consistait à tirer de lourdes charges sur les routes de montagne. Le bœuf savait comment déplacer de grands canons. Le chameau parlait des longues marches et de son endurance. L’éléphant connaissait sa force, mais savait encore mieux qu’une force utilisée sans ordre peut faire beaucoup de mal.
Au début, chacun croyait que sa propre tâche était la plus difficile.
Peu à peu, ils comprirent que le courage n’a pas la même apparence pour tous. Pour l’un, c’est courir vite vers l’avant. Pour l’autre, ne pas quitter un sentier étroit sous un lourd chargement. Pour un troisième, rester calme au milieu du bruit et de la confusion.
Au matin, le camp repartit, et chacun accomplit sa part du travail commun.
Des histoires très différentes vivent ainsi dans Le Livre de la jungle. Elles ne donnent pas une seule règle simple valable pour toutes les situations. Mowgli apprend à distinguer l’amitié de la flatterie. Kotick cherche un foyer sûr même lorsque personne ne croit en lui. Rikki protège ceux qui lui ont offert un refuge. Toomai découvre un secret parce qu’il sait observer et faire confiance. Et les animaux du camp comprennent que le travail des autres peut être aussi important que le leur.
La jungle est immense.
Il y a toujours de la place pour une nouvelle leçon, et pour celui qui est prêt à écouter.
May this story leave a little light in your heart ✨
