

Inde
L’anneau merveilleux
- Pays
- Inde
- Âge
- 6–10 ans

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L’anneau merveilleux
Un roi avait autrefois deux fils. L’aîné était réfléchi et calme. Le plus jeune était bon, joyeux et un peu trop insouciant. Lorsque leur père mourut, les frères héritèrent de ses richesses. Le jeune prince commença très vite à dépenser sa part. Un jour, il organisait un banquet pour la moitié de la ville. Le lendemain, il achetait un objet précieux dont il n’avait plus besoin dès le soir. Un autre jour, il distribuait son argent à tous ceux qui le demandaient. Enfin, son frère aîné lui dit : — Cela ne peut pas continuer ainsi. Partageons honnêtement ce qu’il reste. Ensuite, chacun sera responsable de sa part. Ils firent comme il le proposait. Pourtant, peu de temps après, le plus jeune prince se retrouva de nouveau presque sans rien. Il ne lui restait qu’un petit bijou que sa femme avait conservé comme leur dernière chose précieuse. — Prends-le, dit-elle. Mais promets-moi que, cette fois, tu utiliseras l’argent avec sagesse. Le prince vendit le bijou et reçut quatre pièces d’or. Il les mit dans sa poche et prit la route. — Je ne rentrerai que lorsque j’aurai appris à gagner ma vie moi-même et à ne plus gaspiller ce que je possède, déclara-t-il. Il n’avait pas quitté la ville depuis longtemps lorsqu’il vit un homme portant un chat. — Combien en veux-tu ? demanda le prince. — Une pièce d’or. Le prince regarda le chat. L’animal restait silencieux, mais son regard semblait comprendre tout ce qui se passait autour de lui. — Marché conclu ! Il donna une pièce. Plus loin, il rencontra un homme accompagné d’un chien. — Et combien coûte le chien ? — Une pièce d’or. — Je le prends. Quelques heures plus tard, le prince aperçut un marchand avec un perroquet. — Cet oiseau coûte une pièce d’or, expliqua le marchand. — Alors il vient avec moi. Il ne restait plus qu’une seule pièce au prince. Vers le soir, il rencontra un sage voyageur. Près de lui, dans un panier tressé, reposait un serpent. — Combien pour le serpent ? demanda le prince. Le sage s’étonna. — Pourquoi voudrais-tu un serpent ? — Je n’en sais rien. Mais il me regarde comme s’il me demandait de l’aider. — Une pièce d’or. Le prince donna sa dernière pièce. Il se retrouva au milieu de la route sans argent, mais accompagné d’un chat, d’un chien, d’un perroquet et d’un serpent. — Eh bien, mes amis, dit-il, maintenant nous allons tous devoir travailler. Le prince accepta toutes sortes de tâches. Il portait de l’eau, aidait sur les marchés et déchargeait les charrettes. Le travail était fatigant, ses mains lui faisaient mal et son dos aussi. Mais pour la première fois de sa vie, il comprit combien d’efforts se cachent derrière chaque pièce gagnée. Un soir, le serpent s’approcha de lui et dit doucement : — Tu m’as sauvé alors que tu aurais pu garder ta dernière pièce pour toi. Viens voir mon père. Il voudra te remercier. Le prince n’eut pas peur et suivit le serpent. Ils arrivèrent devant une grande colline de pierre. Une porte étroite s’y ouvrit et révéla une salle souterraine étincelante. Là vivait le père du serpent, vieux et puissant souverain du royaume souterrain. — Dis-moi ce que tu désires, déclara-t-il. De l’or ? Des bijoux ? Des serviteurs ? Juste avant d’entrer, le serpent avait murmuré au prince : — Ne demande que la bague qu’il porte à la main. Le prince répondit donc : — Merci, je n’ai besoin de rien. Le vieux souverain fut surpris. — De rien ? — Peut-être seulement de cette petite bague en souvenir. Le visage du souverain devint grave. — Tu demandes l’objet le plus précieux que je possède. Mais j’ai promis de te récompenser. Prends-la. Le prince prit l’anneau, qui paraissait très simple, et ressortit avec le serpent. — Est-ce que je n’ai pas fait une erreur ? demanda-t-il. Un sac d’or aurait peut-être été plus utile. Le serpent rit. — Un sac d’or finit toujours par se vider. Cette bague, elle, exauce les souhaits. Utilise-la seulement avec sagesse. Il expliqua qu’il fallait choisir un endroit propre, poser l’anneau au centre et demander quelque chose de réellement nécessaire. Bientôt, le prince eut faim. Il s’arrêta près de la route et dit : — Bague merveilleuse, si tu le peux, donne-nous un dîner pour tout le monde. Aussitôt apparurent du pain, du riz, des fruits, des douceurs et un bol d’eau pour les animaux. — Incroyable ! s’écria le perroquet. Le chat ronronna, le chien remua la queue et le prince secoua la tête. — Je comprends maintenant pourquoi ton père ne voulait pas s’en séparer. Le lendemain, ils arrivèrent dans une grande ville au bord de la mer. Sur la place, un crieur annonçait : — Le roi cherche un maître capable de construire avant l’aube un magnifique palais au milieu de la mer. Celui qui y parviendra recevra une grande récompense ! Dans l’ancienne annonce, une sévère menace était également prévue pour celui qui échouerait. Mais le prince pensa : « Puisque j’ai cet anneau, je peux tenter l’épreuve sans prendre de risque inutile. » Il alla voir le roi. — Je construirai le palais. — Es-tu certain de toi ? demanda le roi. — Oui. Cette nuit-là, le prince posa la bague sur un tissu propre et dit : — Bague, construis au milieu de la mer un palais doré avec un escalier qui rejoint la côte. Qu’il soit lumineux, accueillant et sûr. À l’aube, la mer scintilla sous le soleil. Au milieu des vagues s’élevait un palais merveilleux. Ses tours brillaient, ses fenêtres reflétaient la lumière et de larges marches descendaient jusqu’à l’eau. Le roi tint sa promesse et proposa au prince la moitié de son royaume. — Merci, répondit le jeune homme, mais le palais me suffit. Je veux apprendre à vivre correctement avec ce que j’ai déjà. La fille du roi vint voir le prodige. Elle et le prince parlèrent longtemps, rirent et se promenèrent dans les salles dorées. Avec le temps, ils décidèrent de se marier, non à cause d’une récompense, mais parce qu’ils s’étaient sincèrement plu. Ils s’installèrent ainsi dans le palais au milieu de la mer. Le chien accompagnait le prince dans ses voyages. Le chat adorait dormir sur les marches réchauffées par le soleil. Le perroquet amusait tout le monde avec ses bavardages. Un jour, la princesse dit : — Ce palais est d’or. Et si mes cheveux devenaient dorés eux aussi ? Le prince rit. — Ils sont très bien comme ils sont. Mais elle insista. La bague exauça donc son souhait et les cheveux de la princesse se mirent à briller d’une douce lumière dorée. Un jour, en se coiffant, deux cheveux d’or restèrent sur son peigne. La princesse les enveloppa dans une feuille verte et les laissa partir sur l’eau. Les vagues emportèrent la feuille très loin, jusqu’à un autre rivage, où un blanchisseur la trouva. Il vit les cheveux d’or et les apporta à son roi. Le fils de ce roi, apprenant qu’il existait une jeune femme aux cheveux d’or, voulut absolument la retrouver. — Je veux voir la personne à qui appartiennent ces cheveux, déclara-t-il. Une vieille conseillère rusée partit à sa recherche. Elle fit préparer un beau bateau et navigua dans la direction d’où, pensait-elle, la feuille était venue. Elle finit par atteindre le palais doré. Le prince était justement parti en voyage. La princesse était restée au palais avec le chat et le perroquet. — Ma chère nièce ! s’écria l’inconnue en l’apercevant. Tu ne me reconnais donc pas ? Je suis ta tante éloignée ! La princesse n’avait jamais entendu parler d’une telle parente, mais la vieille femme parlait avec tant d’assurance qu’on la laissa entrer. Pendant plusieurs jours, elle se montra aimable, racontait des histoires et jouait la visiteuse attentionnée. Puis elle commença à poser des questions. — Comment fais-tu lorsque ton mari voyage ? Et si quelque chose arrivait ? Qui pourrait t’aider ? La princesse parla imprudemment de la bague magique. — Alors ton mari devrait te la laisser lorsqu’il part, conseilla la vieille. Ce serait plus sûr. Le lendemain matin, avant de partir, le prince confia la bague à sa femme. C’était exactement ce que la conseillère attendait. — Viens voir mon bateau, proposa-t-elle. La princesse descendit jusqu’à la mer. Dès qu’elle posa le pied à bord, les rameurs se mirent à ramer. — Attendez ! Je ne veux aller nulle part ! s’écria la princesse. Mais la vieille conseillère prit la bague et ordonna de poursuivre la route. Dans la ville lointaine, la princesse déclara fermement : — Personne ne décidera à ma place. J’ai un mari et une maison. Je retournerai auprès d’eux. Elle demanda un peu de temps, dans l’espoir de trouver comment rentrer. Pendant ce temps, le prince revint au palais et ne trouva pas sa femme. — La femme du bateau l’a emmenée, expliqua le perroquet. Le prince fut bouleversé. — Sans la bague, je ne peux rien faire. — Pas exactement rien, ronronna le chat. Tu as des amis. Le perroquet s’envola à la recherche de la princesse. Il traversa les mers, survola les villes et finit par apercevoir l’éclat familier de ses cheveux dorés. — Nous sommes venus te chercher, murmura-t-il près de la fenêtre. — Mais la vieille a la bague. Elle ne la quitte jamais. Le chat, qui avait atteint la ville à bord d’un bateau marchand, imagina aussitôt un plan. La nuit, la princesse répandit quelques grains de riz près du mur. Une souris accourut. Le chat bondit devant elle, mais ne l’attrapa pas. — N’aie pas peur, dit-il. Nous avons seulement besoin de ton aide. La souris accepta. Elle se glissa dans la chambre de la vieille conseillère, la réveilla en faisant du bruit, et la femme laissa tomber la bague de sa main dans son demi-sommeil. Le perroquet la saisit aussitôt dans son bec. — Je l’ai ! Il vola jusqu’au prince aussi vite qu’il le put. Lorsque la bague revint entre ses mains, le prince ne demanda ni or ni vengeance. Il dit seulement : — Bague, ramène ma femme à la maison, si c’est bien ce qu’elle souhaite elle-même. Au même instant, la princesse se retrouva dans le palais doré. Ils s’étreignirent. Le chat, le chien et le perroquet firent un tel vacarme que même les vagues semblaient rire avec eux. Plus tard, le prince réfléchit longtemps à tout ce qui s’était passé. Autrefois, il pensait que le plus grand bonheur consistait à posséder des trésors. Puis il avait cru qu’une bague magique pourrait résoudre tous les problèmes. Maintenant, il comprenait que les choses les plus précieuses ne sont pas celles qu’on peut faire apparaître d’un simple souhait. Sans sa bonté, il n’aurait jamais sauvé le serpent. Sans son travail, il n’aurait jamais appris la valeur de l’argent. Sans ses amis fidèles, il n’aurait jamais retrouvé la bague. Et sans confiance ni respect, il n’aurait jamais pu être heureux chez lui. À partir de ce jour, le prince utilisa très rarement la bague merveilleuse. Il aidait les gens après les tempêtes, réparait les ponts détruits et faisait apparaître de l’eau là où elle manquait, mais ne demanda plus jamais de richesses simplement pour être plus riche. Le chat, le chien et le perroquet vécurent dans le palais doré comme de véritables amis d’honneur. On raconte que la bague conserva longtemps encore sa puissance. Mais le plus grand miracle fut ailleurs : son propriétaire avait enfin appris à formuler ses souhaits avec sagesse.
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