Couverture : L’éléphant blanc du roi

Inde

L’éléphant blanc du roi

Pays
Inde
Âge
5–9 ans
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L’éléphant blanc du roi

Près d’une large rivière se trouvait autrefois un petit village d’artisans. Ils construisaient des bateaux, réparaient les maisons et travaillaient le bois avec tant d’adresse que des gens venaient les chercher jusque dans des villes lointaines. Chaque matin, les artisans montaient dans leurs barques, traversaient la rivière puis s’enfonçaient dans la forêt. Ils choisissaient les arbres déjà renversés par les tempêtes ou ceux que l’on pouvait prendre sans abîmer la jeune forêt, sciaient les troncs et préparaient les billes de bois pour le transport. Un jour, alors que le soleil était déjà haut, un lourd bruissement se fit entendre entre les arbres. — Quelqu’un arrive, dit un artisan en posant sa scie. Un grand éléphant apparut lentement dans la clairière. Il ne marchait que sur trois pattes et gardait la quatrième levée. La douleur se lisait si clairement sur son visage que les artisans oublièrent aussitôt leur travail. — Pauvre ami, viens par ici, appela doucement le plus âgé. Nous allons regarder ce qui t’arrive. L’éléphant sembla comprendre. Il s’approcha prudemment, se coucha et tendit sa patte blessée. Une grosse écharde de bois s’était profondément enfoncée dans la plante de son pied. La patte avait enflé et chaque pas lui faisait mal. Les artisans apportèrent de l’eau propre, retirèrent délicatement l’écharde, lavèrent la blessure puis l’enveloppèrent dans un tissu doux. — Maintenant, repose-toi, mon ami, dirent-ils. Dans quelques jours, tu iras mieux. L’éléphant resta dans les environs. Chaque jour, les artisans lui apportaient de l’eau et de la nourriture. Bientôt, il put de nouveau marcher sans difficulté sur ses quatre pattes. « Ces humains m’ont aidé lorsque je ne pouvais pas faire cesser ma douleur tout seul, pensa l’éléphant. Moi aussi, je veux faire quelque chose pour eux. » À partir de ce jour, il revint chaque matin dans la clairière. Lorsqu’il fallait rouler une lourde bille de bois jusqu’à la rivière, il la poussait avec sa trompe. Si un panier d’outils était resté trop loin, il le transportait délicatement près des artisans. Et, une fois le travail terminé, tous se rendaient ensemble près de l’eau pour se reposer. Le temps passa. L’éléphant vieillit. Il était encore robuste, mais il ne se déplaçait plus avec la même facilité. Un matin, il arriva accompagné d’un jeune éléphant extraordinaire. Celui-ci était très clair, presque blanc, comme un petit nuage du matin. Le vieil éléphant sembla raconter à son fils tout ce dont il se souvenait : comment les artisans avaient soigné sa patte, comment ils étaient devenus ses amis et combien il est juste de répondre à une bonté par une autre bonté. Le jeune éléphant écouta attentivement. Dès le lendemain, il roula lui-même une petite bille de bois jusqu’à la rivière. — Regardez ! Il veut nous aider, sourirent les artisans. Ainsi, l’éléphant blanc devint leur nouvel ami. Les enfants l’aimaient particulièrement. Après le travail, ils venaient sur la berge et lui apportaient des fruits. L’éléphant blanc lançait de joyeuses gerbes d’eau avec sa trompe, faisait rouler une noix de coco ronde comme un ballon et rapportait avec une extrême délicatesse les jouets que les enfants avaient perdus. — N’oublie pas de revenir demain ! lui criaient-ils le soir. L’éléphant répondait par un petit barrissement satisfait. Un jour, une barque royale descendit la rivière. Le roi aperçut l’éléphant blanc sur la rive et fut très étonné. — Je n’ai jamais vu un éléphant aussi beau, déclara-t-il. À qui appartient-il ? Les artisans lui racontèrent toute l’histoire : celle du vieil éléphant, de sa patte blessée, de sa gratitude et du jeune assistant blanc. Le roi réfléchit. — J’aimerais qu’il vive dans les jardins royaux, dit-il. Mais je ne l’emmènerai pas de force. Il faut d’abord savoir s’il souhaite venir. Le roi s’approcha de l’éléphant sans armes ni suite bruyante. Il lui tendit une pomme et parla calmement. — Dans mon palais, il y a un grand jardin, un étang et beaucoup d’espace. Je te promets que l’on prendra bien soin de toi. Si tu le souhaites, tu peux venir avec moi. L’éléphant blanc regarda les artisans. Puis les enfants. Puis le vieil éléphant, qui se tenait un peu plus loin. Son père le toucha doucement de la trompe. Comme s’il lui disait : « Tu es grand maintenant. Choisis ta route. » Les artisans ne cherchèrent pas non plus à le retenir. — Où que tu vives, reste bon, dit le plus âgé d’entre eux. Les enfants serrèrent les pattes solides de l’éléphant et promirent de venir le voir s’ils en avaient l’occasion. Alors l’éléphant blanc s’avança vers la barque royale. Le roi remercia généreusement les artisans pour toutes les années pendant lesquelles ils avaient pris soin de lui et fit aménager près du palais un vaste jardin pour son nouvel ami. Mais ce qui étonnait le plus le roi n’était ni la peau blanche inhabituelle de l’éléphant ni sa force. C’était autre chose. L’éléphant se souvenait du bien qu’on lui avait fait. Lorsqu’un jardinier laissait tomber un panier, il l’aidait à le relever. Lorsqu’un jeune arbre se penchait après une tempête, il soutenait délicatement son tronc pendant que les hommes l’attachaient. Et lorsque les enfants des artisans venaient au palais, il les reconnaissait de loin et se dépêchait joyeusement de les rejoindre. Le roi disait souvent : — La véritable grandeur ne consiste pas à être le plus fort ou le plus rare. Elle consiste à se souvenir d’une bonté et à y répondre par une autre. Ainsi, l’éléphant blanc vécut dans le jardin royal sans jamais oublier ni son vieux père ni ses amis de la rivière. Et l’on raconta son histoire aux enfants pendant de longues années encore : l’histoire d’une gratitude qui voyage d’un cœur à l’autre et finit toujours par retrouver son chemin.

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