Couverture : L’hameçon de nacre

États-Unis

L’hameçon de nacre

Pays
États-Unis
Âge
7–11 ans
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L’hameçon de nacre

Sur une île d’Hawaï vivait un pêcheur nommé Ku-ula. Il connaissait la mer avec une précision étonnante. La couleur de l’eau lui révélait les bancs de poissons, le vol des oiseaux lui indiquait les courants et le vent lui annonçait la météo. Son bien le plus précieux était un petit hameçon taillé dans une coquille nacrée, Ka-hu-oi. Une amie de Ku-ula, l’oiseau marin Ka-manu-wai, le lui avait autrefois apporté. L’hameçon était enchanté. Lorsqu’il était descendu au bon endroit, les poissons aku venaient nombreux autour de la pirogue. Ku-ula ne prenait jamais plus qu’il ne fallait. Il gardait une partie pour sa famille, partageait avec les voisins et réservait quelques poissons à Ka-manu-wai. Un jour, le souverain de l’île entendit parler de Ka-hu-oi. Il convoqua Ku-ula. — Montre-moi ton hameçon. Le souverain le regarda longuement. — Laisse-le-moi. Ku-ula se troubla. — Ce n’est pas seulement un bel objet. Il appartient à ma famille et à une relation ancienne avec la mer. Je peux vous montrer comment il fonctionne, mais je ne peux pas le donner. Le souverain n’avait pas l’habitude qu’on lui refuse quelque chose. — Il restera désormais dans ma réserve. L’hameçon fut pris. Ku-ula retourna pêcher avec des outils ordinaires. Il connaissait toujours les bons courants et les nuages, mais les aku ne venaient plus comme auparavant. Les semaines passèrent. La nourriture devint rare. Un fils naquit à Ku-ula et à sa femme. Ils l’appelèrent Ai-ai. Les temps devinrent si difficiles qu’ils ne savaient plus comment nourrir l’enfant. La mère proposa une décision douloureuse : — Plus bas, des gens du palais viennent chaque jour chercher de l’eau. Si nous plaçons Ai-ai dans une solide petite nacelle et la laissons suivre le chenal calme jusqu’à cet endroit, quelqu’un le trouvera. Ici, il souffrira avec nous. Ils tressèrent une nacelle sûre, la garnirent de feuilles douces et y attachèrent une petite bande rouge. Ku-ula la posa sur l’eau calme. — Mer qui a nourri notre famille, protège notre fils. Ka-manu-wai suivit la nacelle. Le matin, la fille du souverain trouva le bébé. Elle le fit nourrir et demanda à l’élever au palais. Ai-ai grandit ainsi. Il devint un jeune homme observateur, irrésistiblement attiré par la mer. Une vieille oiselle venait souvent près de lui. — On dirait que tu me connais, disait-il en souriant. C’était Ka-manu-wai. Ai-ai épousa plus tard la fille du souverain avec laquelle il avait grandi. Un jour, elle lui dit : — J’aimerais goûter du poisson aku frais. On raconte qu’il y en avait autrefois beaucoup ici. Ai-ai essaya de pêcher. Avec un bel hameçon du palais : rien. Avec un autre : toujours rien. Ka-manu-wai se posa sur sa pirogue et cria avec insistance. Ai-ai retourna au palais. — N’y a-t-il pas un ancien hameçon oublié quelque part ? Les serviteurs fouillèrent les réserves. Au fond d’un récipient, ils trouvèrent un petit hameçon nacré. Dès qu’Ai-ai le prit, l’oiseau cria de toutes ses forces. — Celui-ci. Au lever du jour, Ka-manu-wai vola devant sa pirogue. Elle fit un cercle au-dessus de l’eau. Ai-ai descendit Ka-hu-oi. La mer sembla s’animer. Des poissons aku arrivèrent par bancs. Le jeune homme en prit seulement autant qu’il pouvait utiliser. — C’est assez. La mer nous donne beaucoup. Il ne faut pas prendre davantage. Il réserva quelques poissons à l’oiseau. Mais Ka-manu-wai saisit soudain l’hameçon et s’envola. — Hé ! Où vas-tu ? Ai-ai la suivit le long du rivage. Elle le conduisit jusqu’à une petite maison où vivaient Ku-ula et sa femme, désormais grisonnants. L’oiseau déposa Ka-hu-oi dans la main du vieux pêcheur. — Notre hameçon… Ai-ai les regarda. — Comment le connaissez-vous ? Ku-ula raconta toute l’histoire : le cadeau de l’oiseau, l’hameçon pris par le souverain, les années de faim et la petite nacelle envoyée sur le chenal. Ai-ai demanda : — Il y avait une bande rouge sur cette nacelle ? La femme porta les mains à sa bouche. — Oui. Je l’avais tressée moi-même. Ai-ai avait conservé cette bande toute sa vie. Parents et fils se reconnurent. Lorsque la vérité fut connue, la fille du souverain prit le parti de son mari. — Une chose ne devient pas la vôtre simplement parce que vous avez le pouvoir de la prendre. Cette injustice n’a pas seulement privé une famille d’un outil. Elle lui a coûté des années ensemble. Le souverain eut honte. Il rendit officiellement Ka-hu-oi et demanda pardon. Ku-ula répondit : — L’hameçon ne doit pas servir la cupidité. Il doit aider les hommes à vivre en accord avec la mer. Dès lors, Ka-hu-oi resta dans la famille. On l’utilisait pour nourrir les voisins après les tempêtes ou pendant les périodes difficiles. Jamais pour prendre plus qu’il ne fallait. Et Ka-manu-wai continua à voler au-dessus de leur pirogue. Lorsque son aile blanche brille encore au-dessus d’une baie hawaïenne, les anciens disent parfois : — Elle vérifie peut-être si les hommes se souviennent que la générosité de la mer n’est pas une permission de tout prendre.

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