

Inde
L’histoire d’Hiraman
- Pays
- Inde
- Âge
- 6–9 ans

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L’histoire d’Hiraman
Un oiseleur avait passé toute la journée à parcourir champs et bosquets sans rien prendre. Le soleil touchait déjà l’horizon et l’homme s’apprêtait à rentrer chez lui lorsqu’il entendit au-dessus de sa tête un battement d’ailes inhabituel. Un grand perroquet vert se posa sur une branche. Ses plumes brillaient comme des émeraudes après la pluie, et de petites taches dorées scintillaient autour de son cou. L’oiseleur resta immobile. — Quel oiseau extraordinaire… Il installa soigneusement son filet, répandit quelques grains et se cacha derrière un buisson. Le perroquet descendit, fit quelques pas et se retrouva pris au piège. Le soir, l’oiseleur le rapporta chez lui. — Regarde ce que j’ai attrapé ! dit-il à sa femme. Elle s’approcha, observa l’oiseau et secoua la tête. — Il est grand, magnifique… Ce serait dommage de lui faire du mal. Porte-le plutôt au marché demain. Peut-être trouveras-tu quelqu’un qui saura bien s’occuper de lui. À cet instant, le perroquet parla d’une voix humaine : — Ne m’emmenez pas au marché. Portez-moi directement au palais du roi. L’oiseleur fut si surpris qu’il faillit lâcher la cage. — Tu… tu parles ? — Je parle lorsqu’il y a quelque chose à dire, répondit le perroquet. Dis au roi que je m’appelle Hiraman. Et s’il te demande mon prix, réponds dix mille roupies. — Dix mille ? répéta l’oiseleur. Pour un seul perroquet ? Hiraman pencha la tête. — Pour un perroquet ordinaire, ce serait beaucoup. Pour Hiraman… nous verrons. Le lendemain matin, l’oiseleur se rendit au palais. Le roi était assis dans le jardin lorsqu’on lui parla de cet oiseau extraordinaire. Il ordonna qu’on lui apporte la cage. — Alors, c’est toi qui vaux dix mille roupies ? demanda-t-il en souriant. — Non, Majesté, répondit Hiraman. Ce prix représente seulement la possibilité de découvrir si je pourrai vous être utile. Le roi éclata de rire. — Voilà une bonne réponse ! Il versa à l’oiseleur la somme promise et fit installer pour Hiraman une vaste cage dorée près de la fenêtre de ses appartements. Mais la porte de la cage restait presque toujours ouverte. Hiraman ne s’enfuyait pas. Il volait dans le jardin, revenait lorsqu’on l’appelait, racontait des histoires amusantes et remarquait des choses que les autres ne voyaient pas. Avec le temps, le roi s’habitua tellement à la compagnie du perroquet qu’il pouvait passer des heures à discuter uniquement avec lui. Il rendait de moins en moins souvent visite à ses six reines, et celles-ci commencèrent à s’en irriter. — À cause de cet oiseau, il nous oublie complètement, disait l’une. — Hiraman est toujours auprès de lui, ajoutait une autre. Il faut faire en sorte qu’il s’envole et ne revienne plus. Un jour, alors que le roi était parti inspecter des champs éloignés, les reines appelèrent Hiraman. — On dit que tu es extraordinairement sage, déclara l’aînée. Alors tranche une question pour nous. Laquelle de nous est la plus belle ? Hiraman les observa depuis sa cage et répondit avec gravité : — Une question aussi importante ne peut pas être jugée à travers des barreaux. Libérez-moi afin que je puisse voler autour de vous et vous regarder attentivement. Les reines ouvrirent la porte. Hiraman fit un tour dans la pièce, un deuxième au-dessus de la cour intérieure et, au troisième, monta jusqu’au sommet d’un grand palmier. — Hiraman ! crièrent les reines. Reviens ! — Je reviendrai lorsqu’on me parlera avec honnêteté, répondit le perroquet avant de disparaître derrière les toits. Lorsque le roi rentra, on lui annonça que l’oiseau s’était échappé. Mais un bûcheron qui vivait non loin de la ville avait aperçu le perroquet vert près d’un ruisseau et entendu son histoire. Il conduisit le roi jusqu’à lui, et Hiraman revint de lui-même se poser sur l’épaule de son maître. Le roi écouta tout le monde et comprit qu’il avait lui aussi une part de responsabilité dans cette dispute. — Je me suis trop laissé absorber par mon nouvel ami et j’ai oublié ceux qui étaient déjà auprès de moi, reconnut-il. Il demanda aux reines de séjourner quelque temps dans leurs domaines de campagne afin que les tensions du palais retombent. Plus tard, elles revinrent et demandèrent pardon à Hiraman. Dès lors, le roi s’efforça d’accorder de l’attention à chacun, et pas seulement à celui dont la conversation lui semblait la plus captivante. Un soir, Hiraman et lui étaient assis sur la terrasse. Une brise chaude glissait au-dessus du jardin. — Tu as beaucoup voyagé, dit le roi. As-tu vu un pays qui ne ressemble pas au nôtre ? Hiraman réfléchit. — Au-delà de sept mers et de treize rivières se trouve une autre terre. Une jeune souveraine y règne. On ne parle pas seulement de sa beauté, mais aussi de son intelligence, de son courage et de sa capacité à écouter les gens. Son palais est entouré de jardins et, la nuit, des fleurs blanches semblent briller au-dessus des toits. Le roi contempla longtemps les étoiles. — J’aimerais la rencontrer. — Alors le voyage sera difficile, prévint Hiraman. Un cheval ordinaire ne pourra pas vous y conduire. Le lendemain, le roi demanda qu’on lui montre tous les chevaux des écuries. Parmi les puissants étalons, Hiraman vola soudain vers celui qui avait l’air le plus faible. Il se tenait tout au fond, maigre, le poil ébouriffé, et ne ressemblait vraiment pas à un héros de conte. — Voilà notre cheval, annonça le perroquet. Le palefrenier éclata de rire. — Celui-là ? Il marche à peine dans la cour ! — Parce que personne ne s’occupe correctement de lui depuis longtemps, répondit Hiraman. C’est Pakshiraj, le cheval ailé. Le roi ordonna qu’on lui donne le meilleur grain, qu’on brosse soigneusement son pelage et qu’on le mène chaque jour au soleil. Un mois passa, puis un deuxième, puis un troisième. Au bout de six mois, Pakshiraj était méconnaissable. Ses flancs étaient devenus puissants, sa crinière brillait et, un matin, deux grandes ailes se déployèrent derrière ses épaules. Hiraman hocha la tête avec satisfaction. — Maintenant, nous pouvons partir. Il demanda également qu’on prépare un petit sac de khay argenté, de légers grains de riz grillé qui scintillaient au clair de lune. Avant le départ, le perroquet avertit le roi : — Il suffit d’un seul signal à Pakshiraj pour qu’il prenne son envol. Ne le pressez pas une deuxième fois. Les chevaux ailés n’aiment pas les cavaliers impatients. Le roi promit de s’en souvenir. Pakshiraj prit son élan sur l’allée du jardin et s’éleva dans le ciel. Ils survolèrent des mers qui brillaient le jour comme du verre bleu et devenaient, la nuit, noires et sans fin. Ils franchirent une rivière, puis une deuxième, une dixième, une treizième. Enfin, Hiraman montra quelque chose du bout de l’aile. — Le jardin est là. Ils atterrirent derrière le mur du palais. Hiraman répandit les grains argentés de khay en un mince chemin depuis le jardin jusqu’à un grand arbre sous lequel les voyageurs se cachèrent. Cette nuit-là, la jeune souveraine sortit sur son balcon et aperçut un étrange éclat au sol. — On dirait que des étoiles sont tombées dans l’herbe, murmura-t-elle. Elle descendit dans le jardin et suivit la piste scintillante. Près de l’arbre, Hiraman vint à sa rencontre. — N’ayez pas peur, dit le perroquet. Je viens de très loin avec quelqu’un qui désirait beaucoup vous rencontrer. Le roi sortit de l’ombre et s’inclina. — J’ai entendu parler de votre pays et j’ai entrepris ce voyage. Mais si ma visite vous dérange, je rentrerai chez moi. La jeune femme regarda le cheval ailé, le perroquet, puis l’étranger. — Vous avez vraiment traversé sept mers uniquement pour avoir une conversation ? — Et treize rivières, précisa Hiraman. Elle éclata de rire. Ils parlèrent longtemps sous l’arbre. Le roi lui raconta son royaume, et elle lui décrivit le sien. Lorsque vint le moment de se séparer, elle déclara : — Toute ma vie, j’ai entendu parler des terres qui se trouvent au-delà des mers. Je veux les voir moi-même. Je partirai avec vous, mais à une condition : si je souhaite rentrer, vous m’aiderez à revenir chez moi. — Je vous le promets, répondit le roi. Ils montèrent sur Pakshiraj. Hiraman s’installa devant eux, sur la selle. Le cheval ailé s’envola avec légèreté, comme soulevé par le vent. Le voyage du retour fut d’abord paisible. Mais lorsque les côtes familières apparurent enfin au loin, le roi fut si heureux qu’il oublia l’avertissement d’Hiraman et fit une deuxième fois signe à Pakshiraj d’accélérer. Le cheval tressaillit. — Je vous avais dit une seule fois ! s’écria Hiraman. Les battements d’ailes de Pakshiraj devinrent irréguliers et il dut se poser dans une forêt inconnue. — Il ne pourra pas repartir avant d’avoir récupéré, expliqua le perroquet. Non loin de là se dressait un autre palais. Son souverain apprit que des voyageurs étrangers étaient arrivés avec un cheval ailé et envoya des gardes découvrir qui ils étaient. Ce roi était méfiant. — Un cheval ailé, un perroquet qui parle, des voyageurs sans escorte… Votre histoire est trop étrange, déclara-t-il. Tant que nous ne saurons pas ce qu’il en est, vous resterez ici. On sépara les voyageurs. La jeune femme fut installée dans une tour réservée aux invités, tandis que le roi fut conduit dans une autre aile du palais. Pendant toute cette agitation, une violente tempête de poussière se leva. Le roi n’eut pas le temps de protéger ses yeux et, lorsque le vent retomba, il comprit qu’il ne voyait presque plus rien. — N’ayez pas peur, dit Hiraman en se posant sur son épaule. Sur les routes des contes, un malheur arrive souvent accompagné d’un indice. Il faut simplement le trouver. Pendant ce temps, la jeune souveraine demanda au maître des lieux : — Accordez-moi six mois de tranquillité. Je prendrai soin du cheval ailé pendant sa guérison et je ne ferai rien en secret. Le souverain accepta. Chaque jour, elle nourrissait Pakshiraj, peignait sa crinière et sortait dans la cour. Là, elle répandait des graines pour les oiseaux sauvages. — Volez loin, leur disait-elle. Peut-être l’un de vous rencontrera-t-il un perroquet vert nommé Hiraman. Les oiseaux transmirent ses paroles d’arbre en arbre. Un matin, Hiraman les entendit. — Elle est ici ! s’écria-t-il. Il vola jusqu’à la tour, et la jeune femme l’accueillit avec la joie que l’on réserve à un vieil ami. — Le roi voit à peine, expliqua Hiraman. Je dois trouver un remède. — De quoi as-tu besoin ? Le perroquet réfléchit, puis se souvint d’une ancienne légende d’oiseaux. Très loin au-delà des mers, sur un arbre immense, vivaient les oiseaux Bihangama et Bihangami. Chaque matin, une rosée guérisseuse se déposait près de leur nid. On disait qu’elle rendait la clarté aux yeux. — Le chemin est long, dit la jeune femme. — Pour des ailes, la seule route vraiment trop longue est celle qu’on n’ose pas prendre, répondit Hiraman. Et il s’envola. Il traversa des rivières, se reposa sur les mâts des navires, se cacha des orages sous de larges feuilles et atteignit enfin l’arbre où se trouvait le nid merveilleux. Les petits de Bihangama et Bihangami écoutèrent sa demande et lui permirent de recueillir quelques gouttes de rosée guérisseuse sur une feuille. — Ne prends que ce dont tu as besoin, lui dirent-ils. — C’est exactement ce que je ferai, promit Hiraman. Il rapporta soigneusement les précieuses gouttes. À son retour, la jeune femme l’aida à rejoindre le roi. On appliqua la rosée sur ses paupières et, presque aussitôt, l’obscurité devant ses yeux commença à s’éclaircir. Il aperçut d’abord une tache verte. — Hiraman ? murmura-t-il. — Et qui espériez-vous voir en premier ? répondit le perroquet. Puis apparurent les contours d’une fenêtre, d’un arbre, du ciel. Sa vue était revenue. Pendant ce temps, Pakshiraj avait lui aussi retrouvé ses forces. Ses ailes étaient de nouveau puissantes. La jeune femme demanda à rencontrer le souverain du palais. Ensemble, elle et ses compagnons racontèrent toute leur histoire du début à la fin. Il les écouta, regarda le cheval guéri et finit par reconnaître : — J’ai été trop méfiant. Vous êtes libres de partir. — La prochaine fois, vous pourriez commencer par poser des questions avant d’enfermer vos invités dans deux ailes différentes du palais, ajouta Hiraman. Le souverain ne put s’empêcher de sourire. Pakshiraj sortit dans la cour. Le roi monta en selle, la jeune femme s’installa derrière lui et Hiraman prit place entre les oreilles du cheval. — Combien de fois faut-il donner le signal pour décoller ? demanda le perroquet. — Une seule. — Enfin. Pakshiraj déploya ses ailes et s’éleva dans les airs. Cette fois, le roi ne le pressa pas. Ils franchirent tranquillement treize rivières et sept mers et retrouvèrent leur palais. La jeune souveraine y resta assez longtemps pour découvrir le pays autrement qu’à travers des récits. Elle échangeait des lettres avec sa patrie, conseillait le roi dans les affaires du royaume et lui rappelait souvent qu’un bon souverain doit savoir écouter autre chose que la voix la plus forte. Plus tard, lorsque tous deux furent certains de leur choix, ils célébrèrent leur mariage. Hiraman, lui, resta leur ami. Sa cage se trouvait toujours près de la fenêtre, mais sa porte n’était jamais fermée. Car un oiseau sage, tout comme une véritable amitié, choisit plus volontiers de rester lorsqu’il a aussi le droit de partir.
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