

Ukraine
L’œuf magique
- Pays
- Ukraine
- Âge
- 7–10 ans

Écouter le conte
L’œuf magique
Une alouette et une petite souris cultivaient ensemble un champ de blé. Lorsque vint le moment de partager la récolte, elles formèrent deux tas exactement égaux. Mais, au creux de leur main, il resta un seul grain. — Il est à moi, déclara l’alouette. J’ai surveillé le champ depuis le ciel. — Il est à moi, répondit la souris. J’ai veillé sur les épis depuis le sol. Elles discutèrent longtemps. Finalement, la souris proposa : — Coupons-le en deux. Nous en prendrons chacune une moitié. Mais dès que le grain s’approcha de son museau, elle fit croc et l’avala tout entier. L’alouette se vexa. Elle appela les oiseaux à son secours, tandis que la souris fit venir les animaux de la forêt. À cause d’un seul grain de blé, un tel vacarme éclata que toute la forêt en oublia son calme du matin. Les oiseaux battaient des ailes, les animaux tapaient du pied, et chacun assurait que son camp avait raison. Dans la bousculade, un jeune aigle heurta une branche sèche et tomba au sol. Son aile lui faisait mal et il ne pouvait plus s’envoler. Lorsque tout le monde fut enfin fatigué de se disputer et se dispersa, l’aigle resta seul. Un chasseur passa par ce chemin. Il aperçut l’oiseau, s’accroupit près de lui et dit : — On dirait que tu as besoin d’aide. — C’est vrai, répondit l’aigle, car dans les contes les oiseaux savent parfois parler. Donne-moi le temps de guérir et, un jour, je te remercierai. Le chasseur ramena l’aigle chez lui. Il lui aménagea un endroit spacieux sous un abri, lui apporta de l’eau et de la nourriture et, surtout, ne chercha jamais à précipiter sa guérison. Une année passa. L’aigle déploya ses ailes, survola la cour, puis revint. — Je ne suis pas encore prêt pour un long voyage. Une deuxième année passa. Cette fois, il vola au-dessus de la forêt, fit le tour des collines et revint encore. — C’est mieux. Mais j’ai besoin de retrouver toute ma force. Au bout de la troisième année, l’aigle monta jusqu’aux nuages. Lorsqu’il revint, il paraissait heureux. — Maintenant, monte sur mon dos. Je vais te montrer le pays où je suis né. — Est-ce bien prudent ? demanda le chasseur. — Si tu te tiens fermement et que tu me fais confiance. Ils s’élevèrent très haut. Au début, le chasseur admirait le paysage. Puis, sans prévenir, l’aigle plongea si rapidement vers le sol que l’homme en eut le souffle coupé. — Aigle ! L’oiseau redressa son vol juste au-dessus des cimes. — Tu as eu peur ? — Et comment ! — Moi aussi, j’ai eu peur lorsque je gisais au sol sans savoir si je pourrais un jour voler de nouveau. Maintenant, tu comprends un peu ce que j’ai ressenti. Il fit encore un virage dans les airs, cette fois beaucoup plus doux. — Cela suffit comme leçon ! s’écria le chasseur en riant. J’ai compris. L’aigle poussa un cri qui ressemblait presque à un rire et poursuivit son voyage. Ils rendirent d’abord visite à l’un de ses parents, puis à un autre. Mais son véritable foyer se trouvait encore plus loin, parmi de hautes falaises. Le père de l’aigle fut très heureux de revoir son fils. — Comment puis-je remercier l’homme qui a pris soin de toi ? demanda-t-il. Le chasseur se rappela un objet étrange dont l’aigle lui avait parlé pendant le voyage. — Si cela est possible, j’aimerais recevoir l’œuf magique. Le vieil aigle devint sérieux. — C’est un grand pouvoir. Cet œuf peut offrir tout un troupeau et de quoi faire vivre une famille, mais seulement à quelqu’un qui sait attendre. Ne le brise surtout pas pendant le voyage. Lorsque tu seras chez toi, prépare un vaste terrain bien clôturé, et seulement alors ouvre-le. Le chasseur promit de suivre ce conseil. Il reprit le chemin de sa maison à pied. La route était longue, le soleil brûlant. Près d’une source, il se pencha pour boire. À cet instant, l’œuf magique glissa de son sac et se fendit sur une pierre. Alors un prodige se produisit. Un grand bœuf sortit de la petite coquille. Puis un deuxième. Ensuite vinrent des vaches, des veaux, des moutons, des chèvres. Les animaux continuaient d’apparaître comme si une immense prairie avait été cachée à l’intérieur de l’œuf. — Arrêtez ! Où allez-vous ? cria le chasseur, complètement dépassé. Mais le troupeau se dispersait déjà dans toutes les directions. Une vieille magicienne de la lignée des serpents apparut près de la source. Elle observa le désordre et dit : — Tout seul, tu ne réussiras jamais à les faire rentrer dans la coquille. — Aide-moi, je t’en prie. — Je peux t’aider. Mais un jour, tu rendras un service en retour. Pas aujourd’hui. Quand le moment viendra, je te le rappellerai moi-même. Le chasseur hésita. Puis il regarda les animaux qui s’éloignaient de plus en plus. — D’accord, répondit-il. À condition que ce soit une demande juste. La magicienne frappa dans ses mains. Les animaux revinrent l’un après l’autre dans l’œuf, et la coquille se referma comme si elle ne s’était jamais brisée. Le chasseur la remercia sincèrement et reprit son chemin. Lorsqu’il arriva enfin chez lui, une heureuse nouvelle l’attendait : pendant son absence, un fils était né dans sa famille. On l’avait appelé Ivan. Les années passèrent. Ivan devint un jeune homme intelligent, curieux et courageux. Il connaissait l’histoire de l’œuf magique et de la promesse imprudente faite près de la source. Un jour, une fine écaille argentée apparut sur le portail. Le chasseur pâlit. — Elle me rappelle ma promesse. — J’irai moi-même, dit Ivan. Tu ne savais pas ce qu’elle te demanderait. Moi, je suis adulte maintenant et je peux répondre de mes propres décisions. Au-delà de nombreuses forêts se trouvait la demeure de la magicienne. Elle accueillit Ivan sans sourire. — Ainsi, tu es venu. Je vais te donner trois tâches. Si tu les accomplis, tu repartiras librement. Sinon, tu resteras m’aider ici pendant de longues années. La première tâche était presque impossible. Avant le matin, Ivan devait labourer un grand champ, semer du blé, récolter les épis, moudre le grain et cuire du pain. Il sortit dans la cour et s’assit sur une pierre. — Même dix personnes n’y arriveraient pas en une seule nuit. La fille de la magicienne s’approcha alors de lui. — J’ai entendu ce que ma mère t’a demandé. Tu vas avoir besoin d’aide. — Pourquoi aiderais-tu quelqu’un que tu ne connais pas ? — Parce qu’une épreuve devrait vérifier l’intelligence et la persévérance, pas être un piège impossible. Elle siffla doucement. Des souris des champs sortirent de l’herbe, des oiseaux descendirent du ciel et le vent se mit à tourner au-dessus des sillons. Les unes ameublirent la terre, les autres dispersèrent les graines, le vent sécha les épis, et Ivan travailla avec eux jusqu’à l’aube. Lorsque la magicienne sortit de la maison, un pain frais l’attendait sur la table. — Bien, dit-elle. Voyons la deuxième tâche. Cette fois, Ivan devait, avant le lever du jour, conduire de l’eau jusqu’à un champ sec, construire des greniers et préparer du grain pour nourrir les voyageurs. La fille de la magicienne revint l’aider. Elle lui montra les endroits où le terrain descendait naturellement vers la rivière. Ivan ne chercha pas à forcer l’eau à remonter la pente. Il creusa un canal là où elle pouvait couler le plus facilement. Des castors renforcèrent les berges, des oiseaux transportèrent de longues tiges légères pour les toits, et au matin de petits greniers bien ordonnés se dressaient près du champ. La magicienne fronça les sourcils, mais dut reconnaître : — Cette tâche aussi est accomplie. La troisième semblait plus simple. — Trouve mon lièvre d’or, ordonna-t-elle. Il sait si bien se cacher que personne ne l’a encore ramené avant le coucher du soleil. La jeune fille murmura à Ivan : — Ce n’est pas un lièvre ordinaire. Il peut devenir une touffe d’herbe, un caillou ou même une tache de soleil. Ne cours pas après tout ce qui bouge. Regarde plutôt ce qui n’a rien à faire à l’endroit où tu le vois. Ivan avança lentement. Près d’un buisson, il remarqua un brin d’herbe doré au milieu d’une herbe entièrement verte. Le brin bondit et devint un petit caillou. Un peu plus loin, près d’un ruisseau, Ivan vit un caillou qui reflétait vivement le soleil alors qu’il se trouvait à l’ombre. Le caillou se transforma en lièvre. — N’aie pas peur, dit Ivan. Je ne te ferai aucun mal. J’ai seulement besoin de montrer que je t’ai trouvé. Le lièvre d’or se mit alors à courir de lui-même à côté d’Ivan jusqu’à la maison de la magicienne. En les voyant arriver, celle-ci déclara enfin : — Les trois tâches sont accomplies. Tu es libre. Ivan remercia sa fille. — Sans toi, je n’aurais jamais réussi. — Alors fais une chose pour moi : n’oublie jamais ceux qui étaient près de toi lorsque tout semblait difficile. — Je ne les oublierai pas. Tous deux comprirent qu’ils n’avaient aucune envie de se séparer si vite. La jeune fille décida d’accompagner Ivan et de découvrir le monde au-delà de la maison de sa mère. Mais lorsque la magicienne constata leur départ, elle se mit en colère et partit à leur poursuite. Alors commença une fuite extraordinaire. Lorsque la poursuivante approcha pour la première fois, la jeune fille se transforma en un immense champ de blé et changea Ivan en un vieux gardien. — N’as-tu pas vu passer deux jeunes gens ? demanda la magicienne. — Moi, je ne fais que surveiller les épis, répondit Ivan. La magicienne rebroussa chemin, puis comprit bientôt la ruse et repartit. La deuxième fois, un petit monastère apparut devant elle, tandis qu’Ivan devint un voyageur qui se reposait près du portail. Une fois encore, la magicienne fit demi-tour. Une fois encore, elle comprit trop tard. La troisième fois, la jeune fille se transforma en un large ruisseau, et Ivan devint un petit poisson argenté sous l’eau. La magicienne arriva sur la berge et contempla longtemps le courant. Enfin, elle soupira. — Cela suffit. Puisque vous savez si bien vous aider l’un l’autre, je ne pourrai pas vous ramener par la force. Et elle rentra chez elle. Ivan et la jeune fille poursuivirent leur voyage. À l’approche du village natal, elle lui dit : — Il reste une chose. Après tant de sortilèges, le chemin du retour peut embrouiller la mémoire. Jusqu’à ce que nous nous retrouvions, ne laisse personne t’embrasser pour te souhaiter la bienvenue. Sinon, tu pourrais oublier notre voyage. Ivan le promit. Mais chez lui, tout le monde fut si heureux de son retour qu’une cousine se précipita vers lui et l’embrassa sur la joue avant qu’il ait le temps de reculer. Aussitôt, les souvenirs de la magicienne, des trois tâches et de la jeune fille disparurent derrière une sorte de voile blanc. Quelques jours passèrent. Ivan reprit une vie ordinaire et ne comprenait pas pourquoi il rêvait parfois d’un champ doré, d’un ruisseau et d’un poisson argenté. Pendant ce temps, la fille de la magicienne atteignit le village. Elle ne lui fit aucun reproche. À la place, elle prépara deux petites brioches en forme de colombes et les apporta à une fête. Quand on posa les brioches sur la table, l’une toucha l’aile de l’autre. Ivan se souvint soudain des souris dans le champ. Puis il remarqua leur croûte dorée et revit le lièvre. Et lorsque quelqu’un versa de l’eau dans une tasse, le murmure du ruisseau enchanté résonna dans sa mémoire. Le voile se déchira. — Je me souviens, murmura Ivan. Je me souviens de tout. Il demanda pardon d’avoir rompu sa promesse, même sans le vouloir. La jeune fille lui répondit : — Ce qui compte, ce n’est pas que ta mémoire t’ait abandonné un moment. Ce qui compte, c’est que tu aies reconnu la vérité lorsqu’elle est revenue. Plus tard, ils décidèrent de rester ensemble. Quant au chasseur, il finit par ouvrir l’œuf magique exactement comme le vieil aigle le lui avait conseillé autrefois. Il attendit d’être chez lui, prépara une vaste prairie clôturée, remplit les abreuvoirs et vérifia les portes. Alors seulement, il ouvrit l’œuf. Le grand troupeau en sortit de nouveau. Cette fois, personne ne courut dans tous les sens. Les barrières étaient prêtes, l’eau aussi, et l’herbe haute les attendait. Le vieux chasseur sourit. — Finalement, la plus grande magie de cet œuf n’était peut-être pas la quantité de richesses qu’il pouvait contenir. — Alors, où était-elle ? demanda Ivan. — Dans la question de savoir si tu es prêt à accueillir ce que tu demandes. Ivan leva les yeux vers le ciel. Très haut, un aigle tournait justement au-dessus d’eux. Il pensa qu’une promesse faite trop vite peut entraîner quelqu’un très loin. Mais lorsqu’on garde l’honnêteté, la mémoire et de vrais amis sur son chemin, même l’aventure la plus étrange peut ramener à la maison un peu plus sage qu’au départ.
May this story leave a little light in your heart ✨
