

Norvège
L’oiseau de Gertrude
- Pays
- Norvège
- Âge
- 6–10 ans

Écouter le conte
L’oiseau de Gertrude
Une vieille légende norvégienne raconte qu’autrefois Jésus et saint Pierre voyageaient à pied à travers les campagnes. Ils traversaient collines et chemins pierreux, dormaient là où la nuit les surprenait et mangeaient ce que les gens bienveillants acceptaient de partager.
Un jour, la route fut particulièrement longue. Le soleil descendait, le vent devenait frais et les voyageurs avaient tellement faim que la fumée d’une cheminée au loin leur semblait être le meilleur parfum du monde.
Bientôt, ils arrivèrent devant une petite maison. Une femme nommée Gertrude se tenait près de la porte. Elle portait un foulard rouge vif et faisait cuire des galettes dans une grande poêle plate.
— Bonsoir, dirent les voyageurs. Nous avons parcouru un long chemin. Pourriez-vous partager avec nous un petit morceau de pain ?
Gertrude regarda son bol de pâte, puis ses invités, et fronça les sourcils.
— Eh bien… peut-être une toute petite galette. Je vais vous en faire une minuscule.
Elle pinça un morceau de pâte si petit qu’il tenait entre deux doigts, l’aplatit et le posa dans la poêle chaude.
Un prodige se produisit.
La pâte commença à gonfler.
D’abord, la galette devint grande comme une paume.
Puis comme une assiette.
Bientôt, elle remplit presque toute la poêle.
Gertrude ouvrit de grands yeux.
— Non ! C’est beaucoup trop grand. Je vais la garder pour moi.
Elle retira la galette et prit un morceau de pâte encore plus petit.
— Celle-ci sera certainement pour vous.
Mais dès que la deuxième galette toucha la poêle, elle se mit elle aussi à grandir jusqu’à devenir grande et dorée.
Gertrude secoua la tête.
— Celle-ci est trop grande aussi. Ce serait dommage de la donner.
Saint Pierre la regarda avec étonnement, sans rien dire.
Gertrude prit une troisième miette de pâte, plus petite encore.
— Cette fois, elle restera forcément minuscule.
Pourtant, le miracle se répéta.
La galette devint ronde, moelleuse, dorée et si parfumée que tout le monde sourit.
Gertrude tendit la main vers elle, puis la retira.
— Non. J’ai changé d’avis. Je n’ai pas tant que cela moi-même.
La petite maison devint silencieuse.
Dehors, les arbres bruissaient.
Une branche tapait contre le toit.
Le feu crépitait sous la poêle.
Jésus regarda calmement Gertrude.
— Trois fois, tu as eu l’occasion de partager quelque chose de très petit, et chaque fois tu as reçu bien davantage que ce que tu avais offert. Pourtant, même un peu te semblait encore trop à donner.
Gertrude baissa les yeux.
— J’avais peur qu’il ne m’en reste pas assez.
— Lorsqu’on a constamment peur de perdre une miette, on finit parfois par ne plus voir tout ce que l’on possède déjà. Puisses-tu apprendre à trouver ta nourriture petit morceau par petit morceau et à te réjouir de chaque goutte que le ciel t’offre.
Un souffle léger traversa la pièce.
Le foulard rouge de Gertrude se souleva comme une aile.
Ses bras devinrent des ailes.
Son corps se fit petit et léger.
À l’endroit où se tenait la femme apparut un oiseau sombre avec une tache rouge vif sur la tête.
L’oiseau cligna des yeux, étonné.
Tac.
Il donna un coup de bec sur le banc.
Tac-tac.
Puis il vola jusqu’au chambranle de la porte et frappa encore le bois, comme s’il savait déjà où chercher sa nourriture.
— N’aie pas peur, Gertrude, dit doucement saint Pierre. Dans la forêt, il y a des arbres, de la pluie et la lumière du matin. Et chaque petite bouchée que tu trouveras pourra te rappeler qu’une petite chose peut aussi se partager.
L’oiseau quitta la maison en passant par la cheminée.
La suie noircit ses plumes, tandis que le souvenir du foulard rouge sembla laisser pour toujours sa marque vive sur sa tête.
Depuis ce temps, raconte la vieille légende, les forêts de Norvège résonnent parfois de :
Tac-tac-tac…
L’oiseau de Gertrude cherche sous l’écorce de minuscules insectes et des graines.
Et lorsque la pluie approche, il appelle parmi les arbres comme s’il se réjouissait de chaque goutte tombant du ciel.
Si un jour tu entends un petit martèlement obstiné contre un tronc, tu pourras penser à cette ancienne histoire.
Car les leçons les plus importantes ne commencent pas toujours par un grand cadeau.
Parfois, elles commencent par un minuscule morceau de pain que l’on finit enfin par décider de partager.
May this story leave a little light in your heart ✨
