

Afrique du Sud
L’oiseau enchanté
- Pays
- Afrique du Sud
- Âge
- 4–8 ans

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L’oiseau enchanté
Près d’une grande montagne vivaient un frère et une sœur, Duma et Dumasane. Duma, l’aîné, voulait toujours vérifier lui-même où menait un chemin. Dumasane remarquait les petits signes : un bruit dans l’herbe, une fleur nouvelle, le changement du ciel avant la pluie. Leur famille possédait une petite maison et un champ. Un printemps, leur père retourna une nouvelle parcelle. Le lendemain matin, toute la terre était de nouveau lisse. Ils recommencèrent. Le matin suivant : même chose. La troisième nuit, leur père se cacha. Un oiseau extraordinaire apparut. Ses ailes étaient rouges, sa queue bleue et sa tête dorée. Il se posa et chanta : — Chanchasa ! Chanchasa ! Kilhisa ! Aussitôt, la terre fraîchement travaillée se remit comme auparavant. Le père sortit. — C’est toi ? — Je ne voulais pas vous nuire. Cette vallée me rappelle mon pays. — Mais nous travaillons toute la journée. L’oiseau réfléchit. — Tu as raison. Pour réparer ma faute, je peux fournir à votre famille du lait, de la crème et du lait fermenté chaque fois que vous en aurez besoin. À la maison, il chanta ses paroles magiques et des récipients vides se remplirent. La vie de la famille devint plus facile. Les parents gardèrent cependant l’existence de l’oiseau secrète. Duma et Dumasane remarquèrent vite l’apparition quotidienne de lait. Ils finirent par regarder à travers une fente du mur. Le lendemain, leurs parents étant absents, ils s’approchèrent de l’oiseau. — Dis « Chanchasa », s’il te plaît. L’oiseau chanta. Un bol se remplit. Puis un deuxième. Puis un troisième. — Ça suffit ! ria Duma. Mais le lait continua de couler. Affolés, les enfants ouvrirent la porte. L’oiseau s’envola. Au retour des parents, une grande flaque blanche entourait la maison. Ils se fâchèrent. — Vous n’avez pas écouté ! Dans leur colère, ils envoyèrent les enfants passer un peu de temps chez une tante de l’autre côté de la vallée. — Nous parlerons demain, quand tout le monde se sera calmé. Duma et Dumasane partirent avec un peu de pain. Mais les sentiers de montagne étaient compliqués et ils se perdirent. — Suivons le ruisseau. Il mène forcément quelque part, dit Duma. Ils marchèrent longtemps. Dumasane chantait tristement. Soudain, des couleurs rouges et dorées brillèrent sur une branche. L’oiseau enchanté les attendait. — Je ne suis pas fâché. Vous m’avez rendu ma liberté. Mais la curiosité a des conséquences et vous devez maintenant apprendre quelques choses par vous-mêmes. Il leur donna une petite branche. — Cherchez un grand rocher isolé. Frappez et dites : « Pierre, ouvre-toi pour ceux qui cherchent un foyer. » Ils trouvèrent le rocher. Duma prononça les mots. Rien. Dumasane essaya plus doucement : — S’il te plaît, ouvre-toi. Nous sommes fatigués. Une ligne lumineuse apparut. La roche s’écarta. À l’intérieur se trouvaient des tapis, de l’eau, du grain, des noix et un petit feu. Sur le mur : « Il y aura assez jusqu’à ce que vous sachiez prendre soin de vous. Ne laissez jamais le feu sans surveillance. » Les enfants y vécurent plusieurs jours. Duma apprit à reconnaître les fruits comestibles et à réparer des objets. Dumasane apprit à cuire des galettes et à tresser des paniers. Un jour, Duma était au ruisseau. Une petite étincelle sortit du feu près de l’entrée. Dumasane l’éteignit rapidement, mais de la fumée monta au-dessus des arbres. Deux voyageurs étranges arrivèrent, vêtus de peaux et portant des masques. — Qui vit ici ? — Mon frère et moi. L’oiseau enchanté nous a montré la grotte. — Nous connaissons les secrets de cet endroit. Viens jusqu’à la vallée voisine, nous connaissons peut-être la route de chez toi. — Je ne pars pas sans mon frère. Ils finirent par la convaincre de marcher seulement un peu. Quand Duma revint, sa sœur avait disparu. Seul son ruban restait sur une pierre. L’oiseau arriva. — Ne crains rien. Ils ne lui feront pas de mal. Ces voyageurs sont eux-mêmes victimes d’un ancien enchantement. Leur peur les rend brusques. Il donna une autre branche à Duma. — Touche le sol et demande aux petits habitants du bois de montrer les traces. Des fourmis formèrent une ligne. Des coléoptères volèrent d’une pierre à l’autre. Des papillons tournèrent au-dessus des buissons traversés. Duma les suivit. Dans une clairière, il retrouva Dumasane avec les deux voyageurs, désormais sans masque. Ils semblaient seulement très fatigués. — Ils cherchaient l’oiseau, expliqua sa sœur. Ils disent l’avoir autrefois offensé et ne plus réussir à retrouver leur maison. L’oiseau se posa. — Est-ce vrai ? — Oui. Nous avons vécu longtemps dans la colère et la peur. Aide-nous à réparer notre faute. L’oiseau chanta : — Chanchasa ! Chanchasa ! Kilhisa ! Une lumière d’or tourna autour des voyageurs. Duma et Dumasane retinrent leur souffle. Devant eux se tenaient leurs parents. — Maman ! Papa ! La famille se serra dans les bras. — Nous vous cherchions, dit leur père. Lorsque nous avons compris combien il était dangereux de vous envoyer seuls dans notre colère, nous avons eu honte. Nous nous sommes perdus nous aussi. Notre peur et notre colère nous ont changés jusqu’à ce que nous ne nous reconnaissions plus. — Pardonnez-nous, dit leur mère. Les adultes aussi se trompent. — Et pardonnez-nous pour l’oiseau, répondit Dumasane. L’oiseau battit des ailes. — Voilà. Tout le monde a enfin dit les mots importants. Une route lumineuse apparut entre les arbres. La famille rentra chez elle. Désormais, on ne cachait plus les choses importantes et, quand quelqu’un se mettait en colère, il attendait de se calmer avant de décider. L’oiseau ne revint jamais vivre en cage. Mais il passait parfois sur le toit, ouvrait ses ailes dorées et chantait : — Chanchasa ! Chanchasa ! Kilhisa ! Et la maison devenait aussi chaleureuse que si le soleil était entré à l’intérieur.
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