Couverture : L’Oiseau merveilleux

Roumanie

L’Oiseau merveilleux

Pays
Roumanie
Âge
8–11 ans
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L’Oiseau merveilleux

Un empereur décida un jour de faire construire dans sa ville un temple magnifique. Les artisans travaillèrent avec soin. Pierre après pierre, les murs s’élevèrent. Les fenêtres commencèrent à briller au soleil. Une haute tour domina peu à peu les toits. Mais chaque fois que les bâtisseurs terminaient le sommet de la tour, quelque chose d’inexplicable arrivait pendant la nuit. Au matin, la partie supérieure s’était affaissée, comme si une main invisible avait démonté le travail. L’empereur fit venir d’autres maîtres. On renforça les fondations. On changea certaines pierres. On ajouta de nouvelles poutres. Rien n’y fit. Une nuit, l’empereur eut un rêve étrange. Un oiseau doré tournoyait au-dessus de la tour inachevée. Il se posa sur la pierre la plus haute et chanta d’une voix si pure que tout autour sembla se taire. Dans son rêve, l’empereur entendit ces mots : — Lorsque l’Oiseau merveilleux viendra vivre près du temple, la tour tiendra enfin debout. Le lendemain matin, il raconta son rêve à ses trois fils. — Je trouverai cet oiseau, déclara immédiatement l’aîné. Son père lui donna un cheval, des provisions et sa bénédiction. Le prince voyagea longtemps avant d’atteindre une forêt. Le soir, il alluma un feu, sortit du pain et s’assit pour manger. Un renard roux apparut entre les buissons. — Voyageur, dit-il, retiens ton chien et partage un morceau de pain avec moi. Je pourrais un jour t’être utile. — Certainement pas ! répondit le prince en riant. J’ai à peine assez pour moi. Il ignora le renard et poursuivit sa route. Bientôt, le sentier disparut dans un épais brouillard. Le prince se perdit et entra dans un lieu enchanté. Là, il devint une statue de pierre, immobile et silencieuse. Le temps passa. Le fils aîné ne revenait pas. Alors le deuxième frère partit à son tour. Il rencontra le même renard. Il refusa lui aussi de partager sa nourriture. Puis il s’égara dans le brouillard et rejoignit les autres silhouettes de pierre. Enfin, le plus jeune fils dit : — Père, laisse-moi partir. J’essaierai de retrouver l’oiseau et mes frères. L’empereur ne voulait pas perdre son dernier fils. Mais le jeune homme resta calme et déterminé. — Je ne pars pas pour la gloire. Je veux ramener ceux qui ont disparu. Son père finit par accepter. Dans la même forêt, le jeune prince alluma un petit feu. À peine avait-il sorti son pain que le renard roux apparut. — Voyageur, retiens ton chien et partage ton repas avec moi. Le prince rappela aussitôt son chien. — Approche du feu. Il y en aura pour nous deux. Il partagea son pain et versa un peu d’eau dans une petite coupe pour le renard. Après avoir mangé, l’animal s’approcha encore du feu. Une lumière vert tendre l’enveloppa. Un instant plus tard, à sa place se tenait un jeune homme en manteau de voyage. — Ne sois pas surpris, dit-il. J’étais ensorcelé. Seule une personne capable de m’aider sans savoir ce qu’elle recevrait en retour pouvait me libérer. Tu l’as fait. Maintenant, je vais t’aider. — Je cherche l’Oiseau merveilleux et mes deux frères. — Je sais où ils sont. Mais nous devons d’abord trouver l’oiseau. La route mène vers des terres où se dressent des palais enchantés. Écoute bien mes conseils et ne prends rien dont tu n’as pas besoin. Ils partirent ensemble. Quelques jours plus tard, un grand château apparut devant eux. À une fenêtre se tenait une jeune femme. Lorsqu’elle vit les voyageurs, elle les appela doucement. — Attendez ! Le prince fut surpris. Elle venait de son propre pays. Autrefois, sa famille avait disparu pendant un long voyage et la jeune femme s’était retrouvée prisonnière de ce lieu enchanté. — Il y a un autre palais non loin d’ici, expliqua-t-elle. L’Oiseau merveilleux y est gardé. La nuit, les gardes s’endorment. Tu peux emporter l’oiseau avec sa cage, mais ne touche à aucun autre trésor. Puis elle ajouta : — Et si tu le peux, reviens me chercher. Je veux rentrer chez moi. — Je reviendrai, promit le prince. Cette nuit-là, il atteignit le second palais. Dans une grande salle se trouvait une cage. À l’intérieur était perché un oiseau aux plumes d’or et d’argent. Le prince prit seulement la cage, comme on le lui avait conseillé, et sortit sans bruit. Mais dès qu’il franchit les portes, l’oiseau déploya ses ailes et se mit à chanter. Les gardes se réveillèrent. — Cours ! cria le compagnon enchanté. Ils s’élancèrent sur la route. Derrière eux, des chevaux les poursuivaient. Lorsque les cavaliers furent presque à leur hauteur, le jeune homme leva une main. Un épais bosquet d’épines poussa aussitôt entre eux. Personne ne fut blessé, mais la poursuite s’arrêta. — Maintenant, allons chercher la jeune femme, dit le prince. Ils retournèrent au premier palais. Elle les attendait. Dès qu’elle franchit le seuil, les murs se mirent à sonner doucement puis à se dissoudre dans l’air. Tout le palais se transforma en une petite pomme d’or. — Prends-la, dit-elle. C’est le dernier lien magique qui me retenait ici. Le prince plaça la pomme dans son sac. Ils reprirent le chemin du retour. En route, son compagnon les conduisit dans une clairière remplie de statues de pierre. Parmi elles, le prince reconnut ses frères. — Les voilà, dit le jeune homme. Je peux leur rendre leur forme humaine. Mais souviens-toi : ils n’ont pas encore appris ce que toi tu as appris. La bonté ne change pas toujours quelqu’un immédiatement. — Ce sont mes frères. Je ne peux pas les abandonner. Le compagnon toucha les statues avec une branche de noisetier. La pierre frissonna. Elle se réchauffa. Les deux frères reprirent vie. Au début, ils furent sincèrement heureux. Ils embrassèrent le plus jeune, le remercièrent et l’interrogèrent sur l’oiseau. Mais plus ils se rapprochaient de leur pays, plus la jalousie grandissait dans leurs cœurs. — Que dira notre père ? murmura l’aîné au deuxième. Nous revenons sans rien, tandis qu’il rapporte l’oiseau, la pomme magique et une jeune femme qu’il a libérée. Un jour, ils s’arrêtèrent près d’un étang. Le jeune prince se pencha pour prendre de l’eau. Ses frères le poussèrent dans des buissons où poussaient des lianes enchantées. Elles s’enroulèrent aussitôt autour de ses jambes et le retinrent. — Pardonne-moi, murmura le deuxième frère en détournant les yeux. L’aîné prit la cage de l’oiseau et la pomme d’or. La jeune femme refusa de les suivre de son plein gré. — Je dirai la vérité à votre père, déclara-t-elle fermement. — Dis ce que tu veux. Sans notre frère, personne ne te croira. Ils retournèrent à la capitale et annoncèrent qu’ils avaient eux-mêmes trouvé l’oiseau et libéré la jeune femme. Mais une chose étrange se produisit. Lorsque la cage fut portée près du temple, l’oiseau resta silencieux. La tour pencha encore. Et la jeune femme refusa de confirmer leur récit. — Je n’appellerai pas exploit ce que vous n’avez pas accompli. Elle demanda la permission de vivre modestement à la cour et de prendre soin des oiseaux du jardin jusqu’à ce que la vérité apparaisse. Pendant ce temps, le jeune prince était toujours prisonnier des lianes près de l’étang. Elles ne le blessaient pas, mais le tenaient fermement. Le deuxième jour, il entendit des pas. Un voyageur s’avançait sur la route. Une épaisse brume blanche obscurcissait sa vue depuis des années et il voyait à peine devant lui. — Qui est là ? appela-t-il. — Quelqu’un qui a besoin d’aide, répondit le prince. Et toi, on dirait que tu as besoin d’yeux capables de voir le chemin. Ils comprirent vite qu’ils pouvaient s’aider. À tâtons, le voyageur trouva le nœud des lianes enchantées et les défit. Le prince devint ensuite son guide. Ils partirent ensemble. L’un soutenait l’autre. L’autre décrivait les pierres, les arbres, le chemin et le ciel. Le soir, ils atteignirent une source aux eaux transparentes, entourée d’herbes argentées. Le prince y lava ses jambes fatiguées. Le voyageur s’y rinça les yeux. Le lendemain matin, tous deux se réveillèrent guéris. Les jambes du prince étaient libres et fortes. Le voyageur vit le soleil avec une clarté qu’il n’avait plus connue depuis longtemps. — Nous nous sommes sauvés l’un l’autre, dit-il. — Oui. C’est la meilleure sorte de magie. Ils se quittèrent comme des amis. Le jeune prince ne se précipita pas au palais en vêtements royaux. Il se déguisa en simple berger et trouva du travail près de la capitale. Il ne voulait pas se venger. Il voulait que la vérité se montre d’elle-même. Il croyait que, si l’Oiseau merveilleux était réellement destiné au temple, il chanterait un jour. Un jour justement, l’empereur ordonna de porter l’oiseau près de la tour inachevée. Les courtisans, les artisans et les habitants de la ville se rassemblèrent. L’oiseau restait silencieux. Un jeune berger passait alors sur la place. À l’instant où il franchit l’arche du temple, l’Oiseau merveilleux leva la tête. Et il chanta. Une première note fine. Puis une deuxième. Puis une troisième. La mélodie grandit jusqu’à remplir toute la place. Les conversations s’arrêtèrent. Les pierres de la tour semblèrent devenir plus légères et pourtant plus solides. Le sommet se redressa. Et cette fois, il resta en place. — Qui est ce berger ? s’écria l’empereur. On conduisit le jeune homme devant lui. — Dis-moi qui tu es. Le prince regarda ses frères, la jeune femme et l’oiseau doré. Puis il raconta tout. La forêt. Le renard. Le compagnon enchanté. Les deux palais. La jeune femme libérée. Ses frères rendus à la vie. L’étang et les lianes. Quand il eut terminé, la jeune femme s’avança. — Tout s’est passé exactement ainsi. Elle sortit la pomme d’or. Elle la posa au sol et la toucha de la main. Pendant un instant, le palais enchanté réapparut dans le jardin. Chacun put voir qu’elle disait la vérité. Les frères aînés ne purent plus nier. — Nous étions jaloux, avoua le deuxième. — Et nous avons fait quelque chose dont nous avons honte, ajouta l’aîné. L’empereur fut sévère. — Vous avez perdu le droit de prétendre au trône tant que vous n’aurez pas appris à répondre de vos actes. Il ne les condamna pas à une punition cruelle. Il les envoya dans des régions éloignées pour aider à reconstruire des ponts, des routes et des maisons. Ils devraient prouver par leurs actions qu’ils étaient capables de changer. Le jeune prince ne demanda pas qu’on leur fasse davantage de mal. — Je les ai ramenés de la pierre pour les retrouver, pas pour les perdre ensuite à cause de la haine. La jeune femme resta à la cour, mais non comme une captive ni comme une récompense. Elle choisissait elle-même la vie qu’elle voulait mener. Elle et le jeune prince parlèrent beaucoup, se promenèrent dans les jardins, se rappelèrent leur voyage et devinrent peu à peu de très proches amis. Plus tard, lorsqu’ils le souhaitèrent tous les deux, ils se marièrent. L’Oiseau merveilleux s’installa dans le grand jardin près du temple. Sa cage ne fut plus jamais fermée. Il pouvait voler où il voulait. Pourtant, chaque soir, il revenait sur sa branche préférée et chantait. La tour du temple, elle, ne s’effondra plus. L’empereur pensa souvent à la manière étrange dont son rêve s’était réalisé. Il avait cru avoir besoin d’un oiseau magique pour faire tenir les pierres. Avec le temps, il comprit que la véritable solidité de son royaume venait d’autres choses : la bonté envers celui dont on n’attend rien, la fidélité à sa parole, le courage de dire la vérité et la capacité de ne pas répondre au mal par le mal. Et lorsque l’Oiseau merveilleux chantait au-dessus de la ville, les gens disaient : — Écoutez bien. Il nous rappelle que ce qui ne tient que par la force finit tôt ou tard par tomber. Mais ce qui est construit sur la bonne volonté et la vérité peut durer très longtemps.

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