Couverture : La brebis, l’agneau, le loup et le lièvre

Chine

La brebis, l’agneau, le loup et le lièvre

Pays
Chine
Âge
5–8 ans
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La brebis, l’agneau, le loup et le lièvre

Dans une basse vallée du Tibet vivaient une brebis et son agneau. Chaque année, au début de l’été, ils quittaient la vallée pour rejoindre très loin vers le nord un vaste plateau d’altitude. L’herbe y était épaisse et fraîche, et pendant toute la belle saison les moutons et les chèvres y paissaient sous un ciel immense. Un printemps, la brebis reprit la route avec son petit. Elle avançait calmement sur le sentier. L’agneau tantôt trottait à côté d’elle, tantôt sautillait, tantôt restait quelques pas en arrière pour sentir une fleur. Soudain, au détour du chemin, un grand loup leur barra le passage. — Bonjour, tante Brebis, dit-il. Où allez-vous donc ? La brebis s’arrêta. Elle eut peur, mais s’efforça de parler d’une voix tranquille. — Nous allons sur le plateau du nord, oncle Loup. L’herbe y est abondante. Nous y passerons l’été. Le loup se lécha les babines. — Quelle coïncidence. J’ai justement très faim. Votre voyage pourrait bien s’arrêter ici. L’agneau se serra contre sa mère. La brebis réfléchit rapidement. — Écoute, Loup. Nous sommes maigres après le long hiver. Quel intérêt aurais-tu à nous attraper maintenant ? Laisse-nous aller au pâturage. D’ici l’automne, nous aurons bien mangé, nous serons plus forts, et nous repasserons exactement par ce chemin. Le loup réfléchit. Attendre lui sembla finalement plus avantageux. — Très bien, dit-il. Je vous laisse partir. Mais à l’automne, je vous attends au même endroit. Puis il s’éloigna. La brebis et son agneau continuèrent leur voyage. Ils atteignirent le plateau verdoyant et y passèrent tout l’été. L’agneau grandit, devint vif et robuste. Les jours s’écoulaient parmi l’herbe, le vent et le vaste ciel, et leur rencontre avec le loup sembla peu à peu lointaine. Mais lorsque l’automne arriva et qu’il fut temps de rentrer, la brebis se souvint de tout. Plus ils approchaient du lieu du rendez-vous, plus son pas ralentissait. — Maman, pourquoi es-tu triste ? demanda l’agneau. — Parce que le loup nous attend là-bas, répondit-elle doucement. À ce moment-là, un lièvre arriva en bondissant sur le sentier. — Bonjour, sœur Brebis ! Quel bel agneau tu as là ! Mais pourquoi as-tu l’air d’avoir un nuage d’orage au-dessus de la tête ? La brebis lui raconta toute l’histoire : la rencontre au printemps, la promesse et le loup qui devait maintenant les attendre. Le lièvre remua les oreilles. — C’est donc cela qui vous inquiète ? Ne désespérez pas. Parfois, celui qui semble le plus fort a surtout peur de ce qu’il ne comprend pas. — Mais que pouvons-nous faire ? demanda la brebis. — Nous allons jouer un petit spectacle, répondit le lièvre. Il enfila ses plus beaux vêtements de laine, fixa une longue boucle à son oreille gauche et posa sur sa tête un chapeau de fête. Puis il plaça une petite selle sur le dos de la brebis. Il attacha deux petits paquets sur l’agneau, comme s’il transportait des documents importants pour un long voyage. Le lièvre prit une grande feuille de papier, glissa une plume derrière son oreille et monta solennellement sur le dos de la brebis. — Maintenant, marchez tranquillement. Et quoi qu’il arrive, ne montrez aucune peur. Ils se mirent en route : la brebis en tête avec le lièvre sur son dos, l’agneau derrière avec ses deux paquets. Bientôt, ils aperçurent le loup qui les attendait au milieu du chemin. Le lièvre se redressa et lança d’une voix sévère : — Hé, toi ! Qui es-tu et pourquoi bloques-tu la route ? Le loup resta déconcerté. Il s’attendait à voir une brebis terrifiée. À la place, il découvrait un lièvre richement vêtu, portant un papier et une plume. — Je suis… le Loup, répondit-il. J’ai un accord avec cette brebis. — Un accord ? répéta le lièvre comme s’il s’agissait d’un détail insignifiant. Moi, je suis Lomden le Lièvre. On m’a envoyé pour une mission très importante en Inde. Et, sur le chemin, je dois dresser la liste des dix loups les plus redoutables de la région. Ils seront emmenés très loin d’ici pour un service spécial. Il déroula sa feuille. — Quelle chance ! Le premier se présente déjà devant moi. Le loup devint méfiant. — Quelle liste ? — Une liste officielle, répondit gravement le lièvre en trempant sa plume imaginaire dans une encre imaginaire. Nom, lieu de résidence, signes particuliers… Très bien, commençons par le numéro un. Et il traça lentement un grand « 1 » sur le papier. Le loup regarda le chiffre. Puis la plume. Puis les paquets portés par l’agneau. Puis de nouveau la feuille. Tout à coup, cette petite procession lui parut ressembler à une véritable délégation officielle. — Tu sais, murmura-t-il en reculant d’un pas, je suis terriblement occupé aujourd’hui. — Aucun problème, répondit le lièvre. Nous pouvons attendre. — Non, non ! Ce n’est pas nécessaire ! Le loup recula encore, fit demi-tour et s’enfuit à toute vitesse. Quelques instants plus tard, il n’était plus qu’un petit point au bout du sentier. L’agneau éclata de rire. — Il s’est enfui ! La brebis poussa un profond soupir de soulagement. — Merci, Lièvre. Tu nous as sauvés sans combat et sans force. Le lièvre sauta à terre, enleva son chapeau et replia la feuille. — Souvenez-vous d’une chose : l’intelligence court parfois plus vite que les pattes les plus puissantes. Et surtout, ne faites pas de promesse effrayante uniquement parce qu’un plus fort vous intimide. La brebis, l’agneau et le lièvre se séparèrent. La mère et son petit poursuivirent tranquillement le chemin vers leur maison. Quant au loup, pendant longtemps, chaque fois qu’il apercevait quelqu’un avec du papier et une plume, il regardait derrière lui avant de continuer sa route.

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