Couverture : La Chèvre-Dereza

Ukraine

La Chèvre-Dereza

Pays
Ukraine
Âge
4–8 ans
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La Chèvre-Dereza

Un grand-père, une grand-mère et leurs deux fils vivaient ensemble dans une petite maison. Un jour, le grand-père revint du marché avec une belle chèvre blanche, vive, aux yeux brillants. — Elle nous donnera du lait. Le lendemain, il demanda à son fils aîné de conduire la Chèvre-Dereza au pâturage. Le garçon trouva une prairie pleine de trèfle tendre. La chèvre mangea toute la journée et but au ruisseau. Le soir, le grand-père l’attendit près de la porte. — Ma petite chèvre, as-tu bien mangé ? As-tu bu ? La Chèvre-Dereza prit un air malheureux. — Non, grand-père ! Je n’ai presque rien eu. J’ai seulement attrapé une feuille en courant sur le pont et bu une goutte d’eau près de la digue. Le grand-père se fâcha contre son fils. — Pourquoi ne l’as-tu pas nourrie ? — Mais elle a mangé toute la journée ! Le lendemain, le plus jeune fils conduisit la chèvre dans une prairie encore meilleure. Le soir, elle répéta exactement la même plainte. Puis ce fut la grand-mère qui l’emmena. Elle trouva l’herbe la plus verte et la fit boire deux fois. Pourtant, au retour, la chèvre affirma encore : — Je n’ai rien mangé, presque rien bu ! La grand-mère leva les mains. Le grand-père commença enfin à douter. — Et si c’était elle qui nous faisait nous disputer ? Le quatrième jour, il conduisit lui-même la chèvre. Il la vit manger avec enthousiasme et boire longuement. Puis il prit un raccourci et l’attendit à la maison. — Alors, as-tu bien mangé ? La Chèvre-Dereza, ne sachant pas qu’il avait tout vu, recommença sa chanson. Le grand-père comprit enfin. — C’est donc toi qui mentais ! Et j’ai accusé les autres sans vérifier. Il appela sa famille. — Pardonnez-moi. J’aurais dû écouter tout le monde avant de me fâcher. Puis il dit à la chèvre : — Chez nous, on ne peut pas vivre en dressant les uns contre les autres par le mensonge. La Chèvre-Dereza, démasquée, s’enfuit dans la forêt. Elle découvrit une petite maison appartenant à la Renarde. La propriétaire était absente. La chèvre entra, grimpa sur le poêle et s’installa comme chez elle. Lorsque la Renarde revint, elle entendit du bruit. — Qui est dans ma maison ? Une voix tonna : — Je suis la Chèvre-Dereza ! Je frappe du sabot, je menace de mes cornes ! Si je saute du poêle, cours très loin ! La Renarde prit peur et s’enfuit en pleurant. Un Loup passa. — Pourquoi es-tu triste ? — Quelqu’un a pris ma maison. — Je vais le chasser ! Le Loup s’approcha. Mais lorsqu’il entendit le grand vacarme et les menaces, il recula. Puis un Ours essaya. Il était plus fort, mais le bruit mystérieux le rendit prudent. Même un Lion voyageur, entendant taper dans la maison, préféra ne pas entrer. La Renarde était désespérée. Alors arriva un petit Coq aux bottes rouges. — Pourquoi pleures-tu ? Elle lui raconta tout. — Le Loup n’a pas réussi. L’Ours non plus. Même le Lion n’a pas voulu entrer. — Moi, je vais essayer. — Mais tu es tout petit ! — Petit ne veut pas dire peureux. Le Coq marcha jusqu’à la maison. — Cocorico ! Je viens en bottes rouges ! Qui occupe la maison d’autrui doit répondre à son propriétaire ! Sors, Chèvre, assez de menaces ! La Chèvre-Dereza regarda depuis le poêle. Le Coq n’avait pas peur du tout. Elle ne savait plus quoi inventer. — Je… plaisantais seulement. — Une plaisanterie fait rire tout le monde. Quand quelqu’un pleure à cause d’elle, ce n’est plus une plaisanterie. La chèvre descendit lentement et quitta la maison. La Renarde rentra. — Comment as-tu fait pour ne pas avoir peur ? Le Coq sourit. — J’ai réfléchi avant d’avoir peur. Quelqu’un de vraiment puissant n’a pas besoin de se cacher dans la maison d’un autre en criant très fort. La Chèvre-Dereza erra encore quelque temps. Peu à peu, elle comprit que le mensonge lui avait fait perdre une maison, une famille et la confiance des autres. Elle finit par trouver une ferme où l’on accepta de la nourrir à condition qu’elle se comporte honnêtement. Cette fois, lorsqu’on lui demandait le soir : — As-tu bien mangé ? elle répondait simplement : — Oui. Merci. Et ce petit mot lui apporta finalement bien plus de paix que toutes ses anciennes ruses.

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