Couverture : La chèvre futée

Finlande

La chèvre futée

Pays
Finlande
Âge
5–9 ans
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La chèvre futée

Un vieux fermier avait une chèvre nommée Vuhi et un bélier nommé Dinas. Avec l’âge, il lui devenait difficile de s’occuper d’une grande ferme. Un jour, il ouvrit donc la porte de l’enclos et leur dit : – Mes amis, cherchez-vous une nouvelle maison. Je vous donnerais volontiers tout ce que j’ai, mais désormais j’ai déjà bien du mal à prendre soin de moi-même. Vuhi et Dinas lui dirent au revoir et prirent la route. Ils finirent par arriver devant une vaste forêt. – Cet endroit ne me plaît pas beaucoup, murmura Dinas. On raconte qu’il y a des loups par ici. Vuhi observa les grands sapins sombres. – Les loups aiment que les autres aient peur d’eux. Il faut donc faire en sorte qu’ils aient peur de nous les premiers. – Et comment allons-nous faire cela ? – Tu vas voir. La chèvre trouva un vieux sac de toile. Elle y mit des pommes de pin sèches, des morceaux de bois et quelques pierres rondes. Lorsqu’elle secoua le sac, il produisit un vacarme formidable. Clac-clac ! Boum-boum ! – À quoi cela va-t-il nous servir ? demanda le bélier. – Un peu de bruit, un peu d’imagination et un visage très sérieux, répondit Vuhi. À cet instant, Pekka le loup apparut entre les arbres. Quand il aperçut la chèvre et le bélier, il pensa : « Quelle chance ! Deux animaux domestiques se sont égarés tout seuls dans la forêt. » – Hé ! cria-t-il. Qu’est-ce que vous transportez dans ce sac ? Vuhi se retourna lentement et le secoua. Clac-clac ! – Rien d’important, répondit-elle d’un ton négligent. – Comment ça, rien d’important ? La chèvre se pencha vers Dinas et dit très fort : – Combien nous reste-t-il de boucles, de clochettes et de vieux colliers de loups ? Dix ? Douze ? Dinas ouvrit de grands yeux, puis comprit aussitôt le jeu. – Euh… tout un sac ! – Tu vois, reprit Vuhi. Et moi qui pensais que notre collection était encore trop petite. Pekka dressa les oreilles. – Quelle collection ? Vuhi secoua de nouveau le sac. – Nous gardons des souvenirs des loups qui ont essayé de nous faire peur. Dinas baissa la tête et présenta ses cornes comme s’il avait reçu un ordre. Pekka recula d’un pas. – Vous êtes… vraiment étranges. – On nous le dit souvent, répondit tranquillement Vuhi. D’ailleurs, Dinas, je crois que notre collection aurait bien besoin d’une clochette de loup supplémentaire. – Je n’ai pas de clochette ! lâcha Pekka. – Quel dommage, soupira la chèvre. Le loup décida que la conversation avait assez duré et s’éloigna rapidement. Mais lorsqu’il retrouva ses proches, sa fierté l’empêcha d’avouer qu’une chèvre et un bélier lui avaient fait peur. – Deux étrangers extrêmement dangereux sont apparus dans la forêt ! annonça-t-il. Ils ont un sac… rempli de trophées pris aux loups ! – Allons donc ! rirent les autres. Nous allons voir cela. Douze loups partirent vers la clairière. Pekka, lui, resta à l’arrière. – J’ai déjà regardé, expliqua-t-il. Cela m’a largement suffi. Vuhi fut la première à entendre le bruit des pattes qui approchaient. – Dinas, je crois que notre spectacle va avoir un deuxième acte. – Ils sont nombreux, s’inquiéta le bélier. – Alors il nous faut davantage de bruit. Ils grimpèrent dans un arbre bas aux branches larges. Vuhi s’installa plus haut, tandis que Dinas réussissait tant bien que mal à garder l’équilibre sur une branche inférieure. Les loups entourèrent l’arbre. – Descendez de là ! cria le plus hardi. Vuhi secoua le sac de toutes ses forces. BOUM ! CLAC ! BOUM ! – Dinas ! cria-t-elle assez fort pour que tout le monde l’entende. Parfait ! Ils sont venus tout seuls. Saute au milieu d’eux avant qu’ils ne s’enfuient ! – Quoi ? souffla Dinas. – Saute, murmura Vuhi. Fais-moi confiance. Dinas essaya de mieux placer son sabot, mais la branche se mit à trembler. – Oups ! Le bélier glissa et tomba droit dans un tas de feuilles sèches devant les loups. BOUM ! Vuhi fit encore plus de bruit avec le sac. – Bravo, Dinas ! Ne les laisse pas s’échapper ! Les loups entendirent le fracas, virent un bélier qui semblait être tombé du ciel, se rappelèrent l’histoire de Pekka et décidèrent qu’ils en avaient assez vu. – Sauve qui peut ! Un instant plus tard, il ne restait entre les arbres que des queues qui disparaissaient au loin. Dinas sortit des feuilles et leva vers Vuhi un regard contrarié. – Tu aurais pu me prévenir que je devais tomber ! – Je ne l’avais pas prévu non plus, avoua Vuhi. Mais c’était très convaincant. Dinas voulut garder son air vexé, puis finit par éclater de rire. Après cela, les loups évitèrent longtemps cette clairière. Vuhi et Dinas trouvèrent non loin de là un endroit tranquille près d’un ruisseau, où poussaient beaucoup d’herbe et de trèfle sauvage. La chèvre suspendit le sac rempli de pommes de pin près de l’entrée de leur nouvelle maison. – Au cas où, expliqua-t-elle. Et chaque fois que le vent le faisait bouger et qu’un léger « clac-clac » résonnait dans la forêt, Dinas souriait. Car il savait désormais que la force ne se cache pas toujours dans les dents ou dans les cornes. Elle peut aussi se trouver dans l’intelligence, le courage et la capacité à garder la tête froide au bon moment.

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