Couverture : La femme qui aimait le beurre

Mongolie

La femme qui aimait le beurre

Pays
Mongolie
Âge
5–9 ans
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La femme qui aimait le beurre

Près d’une grande ville vivaient un homme et sa femme. Ils n’étaient pas riches, mais possédaient neuf vaches, une petite maison et un morceau de terre. Le mari aimait par-dessus tout les bons repas. Si un sac de grain entrait dans le grenier, il avait envie de tout cuisiner immédiatement. Au marché, s’il voyait des tartes parfumées, du poisson fumé ou un pot de miel, il échangeait facilement contre ces plaisirs des choses qui auraient dû servir longtemps à la famille. Sa femme, elle, aimait surtout le beurre frais. Elle savait le battre jusqu’à obtenir une belle couleur dorée et un parfum doux. — Le beurre est bon lorsqu’il y a du lait, disait-elle souvent. Et il y aura du lait si nous prenons soin des vaches. Mais son mari riait. — Demain se débrouillera tout seul. Aujourd’hui, il faut bien manger ! Un jour, il conduisit une vache au marché. Il revint sans elle, mais avec un immense panier de nourriture. — Nous avions neuf vaches, maintenant nous en avons huit. Ce n’est quand même pas une catastrophe. Quelques semaines plus tard, il échangea une autre vache. — Huit sont devenues sept. Ce n’est pas grave. La même chose se répéta encore et encore. Sa femme le suppliait de s’arrêter. Elle comptait les réserves, lui rappelait que l’hiver était long. Mais il trouvait toujours une nouvelle raison. Enfin, il ne resta plus qu’une seule vache. La femme la conduisait elle-même au pâturage, lui donnait à boire, la trayait et la surveillait attentivement. Un jour, elle dut partir chercher de l’eau. À son retour, l’étable était vide. — Où est notre vache ? Son mari détourna les yeux. — Je… l’ai échangée. Des marchands sont venus. Ils avaient tellement de bonnes choses… La femme resta longtemps silencieuse. — Tu as donné la dernière chose qui nous nourrissait. Je ne peux plus passer mes journées à réparer la même décision. Elle prit un châle chaud, une cruche et quitta la maison. Elle marcha longtemps sur une route enneigée jusqu’à trouver une petite grotte dans les montagnes. À l’intérieur, il faisait sec et calme. La femme s’assit contre la pierre. — Que j’aie simplement assez de force pour vivre honnêtement, travailler et ne rien prendre à personne. Soudain, elle entendit : Ploc… ploc… ploc… D’une fissure blanche dans la roche coulait un liquide chaud et laiteux. Elle plaça sa cruche dessous. La boisson était fraîche et douce, comme du lait. Elle en recueillit prudemment et, le lendemain, essaya d’en faire du beurre. Il fut plus beau que tout ce qu’elle avait jamais préparé. Elle s’installa dans la grotte. Elle ne prenait que la quantité de lait qu’elle pouvait utiliser, ne gaspillait rien et remerciait chaque jour pour ce qu’elle avait. Le temps passa. Un jour, elle pensa à son mari. « Il doit avoir faim. On peut être en colère et ne pas vouloir pour autant laisser quelqu’un sans morceau de pain. » Elle remplit un petit pot de beurre, retourna la nuit près de leur ancienne maison et le laissa devant la porte. Elle recommença plusieurs fois. Son mari comprit bientôt qui apportait la nourriture. Un matin, il suivit les traces dans la neige et trouva la grotte. — Alors c’est ici que tu vis ! s’écria-t-il. Et regarde tout ce beurre ! — Ce n’est pas une réserve pour un festin. J’en prends un peu et je laisse le reste pour demain. Mais il regardait déjà les cruches et les pots. — S’il y en a beaucoup aujourd’hui, pourquoi attendre demain ? Il se mit à bouger partout, heurta la pierre blanche et la fissure d’où coulait le lait se referma. La femme secoua simplement la tête. — Voilà exactement ce que j’essayais de t’expliquer. Elle reprit la route. Quelques jours plus tard, elle atteignit une large vallée verte. Des biches sauvages y paissaient. Elles ne craignaient pas la femme, car elle se comportait avec douceur. Chaque matin, l’une d’elles venait près d’elle et lui permettait de prendre un peu de lait. Jamais la femme ne prit plus que ce qui lui était offert. Bientôt, elle eut de nouveau du beurre. Et, encore une fois, elle ne put s’empêcher d’apporter un petit pot à son mari. Lui aussi la suivit de nouveau. Lorsqu’il aperçut toute la vallée remplie de biches, il s’écria : — Quelle richesse ! Il faut toutes les enfermer dans un enclos. Alors nous aurons autant de lait que nous voudrons ! Il courut en agitant les bras. Les animaux prirent peur et disparurent dans les montagnes. — Tu as encore voulu non pas assez, mais tout, dit tristement sa femme. Elle partit une troisième fois. Son nouveau refuge fut une grande grotte de pierre où vivaient des animaux de la forêt. Leur gardien était un petit lièvre. — Qui es-tu ? demanda-t-il. — Une voyageuse. Je cherche un endroit où travailler honnêtement sans déranger personne. Les animaux se consultèrent et lui permirent de rester. La femme nettoyait la grotte, protégeait les réserves de la pluie et avertissait les habitants lorsqu’elle repérait des traces étrangères dans les environs. Plusieurs semaines passèrent. Et de nouveau, elle pensa à son mari. Cette fois, le lièvre remarqua son visage triste. — Tu veux encore lui porter de la nourriture ? — Oui. Je n’arrive pas à faire autrement. — Aider quelqu’un une première fois est de la bonté, dit le lièvre. L’aider une deuxième fois peut encore l’être. Mais si chaque aide est transformée en nouveau problème, il ne faut plus apporter un autre pot. Il faut apporter des paroles honnêtes. La femme réfléchit longtemps. Puis elle retourna à l’ancienne maison sans beurre. Son mari était assis près du foyer froid. — Tu n’as rien apporté ? demanda-t-il. — Si. Une conversation. Elle lui parla des neuf vaches, de la grotte magique, de la vallée des biches et de la manière dont son désir d’avoir toujours davantage détruisait chaque chose qui aurait pu les nourrir longtemps. Au début, il voulut se défendre. Puis il ne trouva rien à répondre. — Alors, je n’ai pensé qu’à aujourd’hui. — Oui. Mais demain arrive lui aussi. — Que dois-je faire pour que tu croies que j’ai compris ? — Ne promets rien. Commence. Le lendemain matin, l’homme alla chez un voisin et se fit engager pour réparer des clôtures. Puis il aida des paysans à transporter du foin. Il apprit à réparer les charrettes. Une partie de son salaire servait à acheter de la nourriture. L’autre était mise de côté. Un mois passa. Puis deux. Un jour, au marché, il acheta non pas un panier de friandises, mais une jeune génisse. Lorsque sa femme la vit, elle sourit. — Nous n’avons plus neuf vaches, dit l’homme. Nous n’en avons qu’une. Mais cette fois, je sais qu’une seule vache dont on prend soin vaut mieux que neuf que l’on néglige. La femme revint à la maison. On raconte que, dès lors, le beurre ne manqua plus jamais chez eux. Mais on ne le mettait sur la table qu’en petites portions, afin qu’il y en ait pour aujourd’hui et pour demain. Et lorsque le mari s’attardait parfois devant les délices du marché, sa femme lui demandait seulement : — Combien de vaches avions-nous autrefois ? — Neuf, répondait-il en riant. Et je me souviens de tout.

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