Couverture : La fille au manteau de joncs

Royaume-Uni

La fille au manteau de joncs

Pays
Royaume-Uni
Âge
6–10 ans
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La fille au manteau de joncs

Un homme riche avait trois filles. Il les aimait, mais possédait une étrange habitude : parfois, il voulait que l’amour s’exprime par de grandes paroles plutôt que par les actes.

Un soir, il demanda à sa fille aînée :

— À quel point m’aimes-tu ?

— Autant que ma propre vie.

Il hocha la tête, satisfait.

La deuxième répondit :

— Plus que tous les bijoux du monde.

Puis il se tourna vers la plus jeune.

Elle réfléchit un moment.

— Je t’aime comme un bon plat aime le sel.

Son père fronça les sourcils.

— Le sel ? C’est tout ?

— Je voulais dire…

— Non. Tes sœurs parlent de leur vie et du monde entier, et toi tu me compares au sel.

Elle essaya de s’expliquer, mais il était trop vexé pour écouter.

— Si ma place dans ton cœur est si petite, va vivre quelque temps par toi-même et réfléchis à tes paroles.

Blessée mais ne voulant pas se disputer, la jeune fille prépara un petit sac et partit.

Au-delà du village poussaient de hauts joncs souples.

Elle coupa de longues tiges et tressa un large manteau avec une capuche.

En dessous, on ne voyait presque ni son visage ni sa robe.

— Très bien. Maintenant, personne ne verra une jeune femme bien habillée. On verra seulement ce que je sais faire.

Elle atteignit un grand domaine.

— Avez-vous besoin d’une aide ? demanda-t-elle dans la cuisine.

La cuisinière examina l’étrange visiteuse couverte de joncs.

— Que sais-tu faire ?

— Laver la vaisselle, préparer les légumes, porter de l’eau, balayer, raccommoder. Et si je ne sais pas faire quelque chose, je peux apprendre.

— Ton nom ?

— Appelez-moi Jonc.

Elle resta.

Jonc travaillait calmement et soigneusement.

Bientôt, tout le monde remarqua que la cuisine semblait plus paisible lorsqu’elle était là.

Un jour, les domestiques parlèrent d’une grande soirée dansante organisée dans une maison voisine.

— Viens avec nous, Jonc !

— Non, je suis fatiguée. Je vais me reposer.

Lorsque tout le monde partit, elle retira son manteau de joncs, enfila la robe qu’elle avait gardée dans son sac, se coiffa et se rendit à la fête.

Le jeune maître du domaine remarqua cette inconnue et l’invita à danser.

Ils parlèrent de livres, de chevaux et de la pluie qui venait enfin de s’arrêter.

— Comment vous appelez-vous ?

— Pour ce soir, laissez cela être un petit secret.

Avant la fin de la soirée, elle s’éclipsa, rentra et remit son manteau de joncs.

Le lendemain matin, tout le monde parlait de la mystérieuse invitée.

Une deuxième soirée fut annoncée.

De nouveau, Jonc prétendit rester à la maison.

Puis elle partit secrètement danser.

Le jeune homme fut ravi de la revoir.

— Je pensais que vous ne reviendriez pas.

— Moi non plus, je n’en étais pas certaine.

Ils dansèrent et parlèrent encore.

Elle comprit qu’elle l’appréciait non à cause de la musique ou des beaux vêtements, mais parce qu’il savait écouter.

Lors de la troisième soirée, il lui donna une simple bague d’argent.

— Ce n’est ni une promesse ni une demande. Seulement quelque chose pour vous rappeler qu’ici, quelqu’un serait heureux de vous revoir.

Elle accepta puis repartit encore une fois avant la fin.

Quelques jours passèrent.

Le jeune homme devint silencieux et pensait constamment à l’inconnue.

Un matin, la cuisinière prépara pour lui de la bouillie au lait.

— Laissez-moi la porter, proposa Jonc.

Avant de poser le bol sur le plateau, elle laissa tomber la bague d’argent au fond.

Lorsque le jeune homme eut presque fini son repas, sa cuillère heurta du métal.

Il reconnut immédiatement la bague.

— Qui a préparé cela ?

Bientôt, Jonc se tenait devant lui dans son manteau bruissant.

— C’est toi qui as mis la bague ?

— Oui.

— Où l’as-tu trouvée ?

— Chez la personne qui me l’a donnée.

Elle retira la capuche et le manteau.

Pendant quelques secondes, il la fixa puis éclata de rire de joie.

— J’aurais dû le comprendre ! Tu as la même voix.

— Et moi, je voulais savoir si vous me reconnaîtriez sans la robe de fête.

— Maintenant, sans aucun doute.

Ils ne cachèrent plus leur amitié.

Avec le temps, ils décidèrent qu’ils voulaient construire leur vie ensemble.

Des invités vinrent de loin pour le mariage.

Parmi eux se trouvait le père de Jonc, qui ignorait qui était réellement la mariée.

Avant le repas, elle demanda à la cuisinière :

— Préparez plusieurs plats sans aucun sel.

— Mais ils seront fades.

— C’est justement le but.

Son père goûta les pommes de terre, la soupe puis la tarte.

Tout semblait manquer de quelque chose.

Il posa sa fourchette.

— Autrefois, ma plus jeune fille m’a dit qu’elle m’aimait comme un bon plat aime le sel. Je me suis mis en colère. Maintenant, je comprends.

La table devint silencieuse.

— On ne remarque pas toujours le sel, mais sans lui tout perd sa saveur. J’attendais de grandes déclarations au lieu d’essayer de comprendre ma fille.

La mariée se leva.

— Père.

Elle lui montra le petit manteau de joncs qu’elle avait apporté au mariage.

— C’est moi.

Il la fixa.

— Ma fille…

— Je t’aimais réellement comme la nourriture aime le sel. Pas de façon bruyante, mais d’une manière dont l’absence change tout.

— Pardonne-moi de ne pas avoir voulu écouter.

Elle le serra dans ses bras.

— Je te pardonne.

La cuisinière apporta alors des plats correctement salés et tout le monde éclata de rire.

Jonc ne jeta jamais son vieux manteau.

Elle le conserva pour se souvenir de l’époque où elle avait appris à compter sur elle-même, à travailler aux côtés des autres et à ne jamais avoir honte de qui elle était.

Elle disait souvent aux enfants de sa maison :

— Toutes les paroles d’amour ne sont pas grandioses. Parfois, le sens le plus important se cache dans la comparaison la plus simple. Il suffit d’écouter.

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