

Portugal
La fille de la sorcière
- Pays
- Portugal
- Âge
- 7–10 ans

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La fille de la sorcière
À l’extrémité d’une ville vivait une femme que tout le monde appelait la sorcière. Elle connaissait les noms des plantes, savait lire les signes du vent et pouvait fixer une bougie de telle manière que la flamme se penchait vers elle comme pour écouter. Elle avait une fille nommée Guiomar. Contrairement à sa mère, Guiomar n’aimait pas donner des ordres et n’utilisait jamais la magie uniquement pour s’amuser. Elle préférait son jardin, où poussaient la vigne, le romarin et de petites roses blanches. C’est là qu’elle rencontra un jeune prince d’un royaume voisin. Il venait souvent en ville sans suite ni vêtements précieux parce qu’il voulait voir comment vivaient les gens ordinaires. Ils parlèrent longtemps près du mur du jardin. Peu à peu, ils comprirent qu’ils voulaient vivre ensemble. La mère de Guiomar s’y opposa. — Les princes promettent facilement. Ensuite, ils retournent dans leurs palais. — Alors laisse-le prouver qu’il ne fuit pas les difficultés, répondit Guiomar. La sorcière accepta, mais imagina des tâches qu’elle pensait impossibles. Un soir, le prince arriva en simple manteau, comme un voyageur, et demanda l’hospitalité. La sorcière le regarda longtemps. — Très bien. Reste. Mais demain, tu travailleras. Le matin, elle lui donna un grand pot de terre. — Avant le coucher du soleil, remplis-le d’engrais sec provenant des oiseaux. Le prince ne savait pas où en trouver autant. Guiomar lui murmura : — Pose le pot près du vieux mur de la ville où nichent les hirondelles. Reviens ce soir. Il suivit son conseil. À la fin du jour, le pot était plein. La sorcière plissa les yeux. — Guiomar t’a aidé. — La tâche est faite, répondit le prince. Le lendemain, elle donna une autre épreuve. — Plante une vigne. Ce soir, tu m’apporteras un panier de raisins mûrs provenant de ce même plant. Cela semblait encore plus impossible. Guiomar l’aida de nouveau. — Plante-la près de la pierre chaude derrière le jardin et arrose-la avec l’eau de la petite source. Le prince planta le jeune pied. Le soir, une vigne verte couvrait la pierre et portait de lourdes grappes violettes. La sorcière prit le panier et soupira. — Maintenant, je sais que ma fille est de ton côté. Cette nuit-là, Guiomar parla au prince. — Ma mère ne s’arrêtera pas. Elle inventera des épreuves jusqu’à ce que nous renoncions. Je ne veux plus lutter contre elle par la magie. Partons et décidons nous-mêmes de notre vie. Ils quittèrent la maison à l’aube. Lorsque la sorcière comprit que sa fille était partie, elle envoya le père de Guiomar à leur poursuite. Guiomar l’aperçut au loin. — Je ne veux pas qu’il nous ramène de force. Cachons-nous. Elle toucha le sol. Le prince devint une longue route de campagne et Guiomar un vieux voyageur portant un sac. Son père arriva. — Bonhomme, avez-vous vu passer un jeune homme et une jeune femme ? Le voyageur répondit : — Je vends des noix, j’achète de l’ail. Je vends de l’ail, j’achète des noix. Le père ne comprit rien et rentra. La mère devina immédiatement. — Retourne ! C’était Guiomar. Il reprit la route. Cette fois, Guiomar transforma le prince en petite chapelle et prit elle-même l’apparence d’un vieux gardien tenant une clochette. — Deux jeunes gens sont-ils passés ici ? Le gardien fit sonner la cloche. — Ding, ding, ding, l’heure du temple revient ! Le père posa plusieurs questions. Il n’obtint que le tintement et la comptine. Il rentra une deuxième fois. Alors la sorcière décida d’aller elle-même à leur poursuite. Guiomar la vit approcher. — Elle connaît toutes mes ruses. Essayons une dernière fois. Le prince devint une large rivière. Guiomar, un petit poisson argenté. La sorcière atteignit la rive et comprit tout. — Guiomar, reviens à la maison. Le petit poisson frappa trois fois la surface avec sa queue. Non. La mère resta silencieuse longtemps. — Je ne peux pas t’obliger à rentrer. Mais que le prince éprouve sa mémoire. Lorsqu’il entrera dans son palais, le premier baiser sincère d’un proche lui fera oublier ton nom. Elle repartit. Lorsque les enchantements disparurent, Guiomar prévint le prince : — Sois attentif. Tout le monde sera heureux de ton retour. — Je n’oublierai pas. Mais la route fut longue. Au palais, le prince était si épuisé qu’il s’endormit dans un fauteuil. Sa jeune sœur le vit, se précipita vers lui et l’embrassa sur le front. Lorsqu’il se réveilla, Guiomar se tenait devant lui. — Qui êtes-vous ? demanda-t-il poliment. Elle comprit immédiatement. Les paroles de sa mère s’étaient réalisées. Guiomar ne pleura pas devant tout le monde et ne força personne à la croire. Elle s’installa dans une petite maison face au palais. Elle décida de rendre au prince ses souvenirs par des images familières. Quelques jours plus tard, il aperçut à la fenêtre cette jeune femme inconnue. Son regard lui semblait étrangement familier. Il lui rendit visite. — J’ai l’impression que nous nous sommes déjà rencontrés. — Peut-être. Veux-tu parcourir une route ? Elle ouvrit la porte d’une pièce. Le prince vit une longue route de campagne et un vieux voyageur portant un sac. — Je vends des noix, j’achète de l’ail… Le prince se figea. — J’ai déjà entendu cela. Une deuxième porte s’ouvrit. Une petite chapelle apparut et un gardien fit sonner une clochette. — Ding, ding… Le prince porta une main à sa tempe. — Je me souviens de la route. De la poursuite. Derrière la troisième porte brillait une rivière. Un petit poisson argenté passa dans l’eau. Alors tout revint. Le jardin. La vigne. Les épreuves. La fuite. La promesse de ne pas oublier. — Guiomar ! — Oui. — Je t’ai réellement oubliée. Mais pas parce que je l’ai voulu. — Je sais. Ce qui compte maintenant, c’est que tu te souviennes par toi-même. Le prince lui demanda pardon. Guiomar l’accepta. Ils se marièrent quelque temps plus tard. Avant la cérémonie, Guiomar écrivit à sa mère : « Je ne t’abandonne pas pour toujours. Je choisis seulement ma propre vie. Si tu veux venir sans épreuves, sans menaces et sans malédictions, notre porte restera ouverte. » Quelques mois passèrent. Une simple voiture s’arrêta devant le palais. La mère de Guiomar en descendit. Pas de tonnerre. Pas de sortilège. Pas d’ordre. Elle tenait un panier de raisins. — Ceux-ci ont poussé normalement, dit-elle. Guiomar sourit et serra sa mère dans ses bras. Dans le jardin du palais, on planta une vigne semblable à celle de la première épreuve. Elle poussa lentement, comme une vraie vigne. Chaque année, elle donna des grappes sucrées. Et tous ceux qui la voyaient se souvenaient que les choses les plus solides n’apparaissent pas en une nuit. La confiance, l’amour et la réconciliation ont eux aussi besoin de temps pour pousser.
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