

Portugal
La filleule de saint Pierre
- Pays
- Portugal
- Âge
- 7–10 ans

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La filleule de saint Pierre
Au Portugal vivait une grande famille. Il y avait tant d’enfants que le père commençait à manquer de personnes à qui demander de devenir parrain ou marraine. Lorsqu’une nouvelle petite fille naquit, il prit la route en se demandant : — À qui vais-je encore pouvoir demander ce service ? Il rencontra bientôt un vieux voyageur aux cheveux gris, vêtu d’un simple manteau. — Pourquoi as-tu l’air si préoccupé ? demanda l’homme. Le père lui parla du nouveau-né. — Si tu veux, je serai son parrain. — J’en serais très reconnaissant. La petite fille fut baptisée et reçut le nom de Petra. Quelques années plus tard, son parrain revint. — J’aimerais voyager quelque temps avec Petra. Qu’elle voie le monde et apprenne à regarder non seulement avec ses yeux, mais aussi avec son cœur. Les parents acceptèrent. Ils sentaient qu’ils pouvaient faire confiance à cet homme. Petra prit un petit sac et partit avec lui. Le premier jour, ils virent un poirier couvert de fruits. Les branches ployaient jusqu’au sol, mais personne ne s’arrêtait pour cueillir une poire. — Pourquoi les gens passent-ils sans rien prendre ? demanda Petra. — Parce que l’abondance ne rend pas automatiquement un don agréable, répondit son parrain. Il faut aussi savoir partager avec bonté. Plus loin, ils virent des moutons bien gras sur un pâturage pauvre et des moutons maigres sur une prairie verte. — Pourquoi est-ce si étrange ? — Parce que tout n’est pas visible au premier regard. Certains ont peu et savent apprécier chaque chose. D’autres possèdent beaucoup mais restent toujours mécontents. Ne juge pas trop vite selon les apparences. Le soir, ils s’arrêtèrent dans un endroit tranquille où une lumière lointaine brillait. — Qu’y a-t-il là-bas ? — Un lieu où les gens apprennent à réparer leurs erreurs. Tant qu’une personne vit, elle peut reconnaître un mensonge, demander pardon et changer de route. Petra se souvint de ces paroles. Les années passèrent. Son parrain lui apprit la patience, l’attention et le courage de demander de l’aide lorsqu’on ignore quelle décision est juste. Lorsqu’elle fut assez grande, il lui dit : — Il est temps que tu vives parmi les gens et que tu éprouves tes propres forces. Si la situation devient vraiment difficile, appelle-moi. Mais souviens-toi : un miracle ne doit jamais remplacer la vérité. Petra arriva bientôt à un palais royal. On y cherchait quelqu’un pour garder les canards et aider aux travaux. Elle portait des vêtements de voyage simples et son prénom court prêta à confusion. Tout le monde crut que le nouveau serviteur s’appelait Peter et était un garçon. Petra ne corrigea personne. Elle avait beaucoup de travail et peu d’envie de parler d’elle-même sans nécessité. Elle travailla bien. Les canards la suivaient, les réserves étaient en ordre et les tâches terminées à temps. Le roi la félicita plusieurs fois. La reine n’apprécia pas cette confiance accordée si rapidement à un nouveau venu. Un jour, elle retira une bague et la jeta discrètement dans la mer. Puis elle annonça : — Peter se vante de pouvoir retrouver tout objet perdu. Qu’il retrouve mon anneau. Le roi fit venir Petra. — As-tu vraiment dit cela ? — Non, Majesté. — C’est étrange. Mais cette bague appartient à notre famille depuis longtemps. Si tu peux aider, essaie. Petra se rendit au bord de l’eau. — Parrain, murmura-t-elle, je ne sais pas comment retrouver une bague dans toute la mer. Une voix familière répondit : — Retourne à la cuisine. Aujourd’hui, les pêcheurs apporteront un grand poisson. Regarde bien lorsqu’on le préparera. Le cuisinier trouva en effet la bague à l’intérieur du poisson. Petra la rapporta. La reine, au lieu de remercier, fronça les sourcils. Quelques jours plus tard, elle inventa une autre histoire. — Peter prétend pouvoir moudre trois grands sacs de grain en une seule nuit. — Je n’ai jamais dit cela, répondit Petra. Le roi commençait à remarquer un schéma. — Je ne veux pas te forcer. Mais demain, nous préparons du pain pour une grande fête. Si tu connais un moyen d’aider le moulin, nous en serions reconnaissants. Petra appela encore son parrain. — Prépare correctement le moulin, verse le grain, puis va te reposer. Ceux qui doivent une ancienne faveur à cette maison feront le reste. Au matin, tout était moulu. Petra remercia les assistants invisibles, quels qu’ils soient. La reine s’irrita davantage. Alors elle déclara : — Peter affirme qu’il peut délivrer la princesse Anna Deladana du pays enchanté de Moirama. Cette fois, le roi secoua la tête. — Cela ressemble vraiment à une invention. Peter, as-tu fait une telle promesse ? — Jamais. — Je te crois. Mais nous sommes sans nouvelles d’Anna Deladana depuis longtemps. Si tu veux volontairement essayer de l’aider, je te fournirai un cheval et ce qu’il faut pour la route. Petra accepta en pensant à la princesse disparue. À la lisière d’une forêt, son parrain l’attendait. — Prends un deuxième cheval pour Anna et ces trois petits tubes. Utilise-les seulement si tu n’as aucune autre issue. Petra voyagea à travers montagnes et vallées jusqu’à Moirama, entourée de murs sombres. Dans une haute tour, elle trouva Anna Deladana. La princesse était silencieuse comme si sa voix dormait. — Je suis venue te ramener chez toi. Anna hocha la tête. Elles partirent sur les deux chevaux. Des gardiens du pays enchanté se lancèrent à leur poursuite. Petra ouvrit le premier tube. Un épais brouillard se leva derrière elles. Les poursuivants perdirent la route. Anna murmura : — Ah ! Plus tard, les cavaliers revinrent. Petra ouvrit le deuxième tube. Une large haie de branches souples poussa entre eux. Personne ne fut blessé, mais le passage devint très lent. Anna dit une seconde fois : — Ah ! Près d’une rivière, les poursuivants étaient presque sur elles. Petra ouvrit le dernier tube. La rivière s’élargit et devint calme comme un lac. Les deux jeunes femmes traversèrent dans une barque. Les gardiens s’arrêtèrent sur l’autre rive. Anna prononça une troisième fois : — Ah ! Elle ne dit plus rien pendant le reste du voyage. Le retour au palais provoqua une grande joie. La reine, pourtant, inventa aussitôt une nouvelle accusation : — Peter prétendait aussi pouvoir rendre la parole à la princesse. Petra sentit ses mains devenir froides. Elle sortit dans le jardin. — Parrain, aide-moi encore. Il apparut, mais secoua la tête. — Je t’ai aidée à trouver un chemin lorsque tu ne pouvais pas le connaître seule. Maintenant, il ne faut pas de miracle. Il faut la vérité. Anna a parlé trois fois. Souviens-toi du moment de chaque parole et pose les bonnes questions. Le lendemain, toute la cour se rassembla. La reine exigeait que Petra soit punie pour des vantardises qu’elle n’avait jamais prononcées. Le roi leva la main. — Personne ne sera puni avant que nous connaissions les faits. Peter, parle. Petra s’approcha d’Anna. — Princesse, sur la route tu as dit trois fois « ah ». Pourquoi la première fois ? Anna répondit d’une voix claire : — Parce que je me suis souvenue avoir vu la reine fouiller dans la chambre de Peter afin de trouver un prétexte contre lui. Un murmure parcourut la salle. — Et la deuxième fois ? — Parce que j’ai compris que le voyageur aux cheveux gris qui t’aidait était ton parrain et ton maître. — Et la troisième ? Anna sourit. — Parce que tout le palais t’appelle Peter alors que tu es une jeune femme nommée Petra. Et tu ne t’es jamais vantée d’aucun des prodiges que l’on t’a attribués. On n’entendit plus que les canards dans la cour. Le roi regarda la reine. — Tu as plusieurs fois attribué à Petra des paroles qu’elle n’avait pas prononcées. C’est injuste. La reine dut quitter ses fonctions à la cour et passer quelque temps dans une résidence de campagne pour réfléchir à ses actes. Personne ne l’humilia ni ne lui fit de mal. Mais elle ne pouvait plus décider du sort des autres par jalousie. Le roi demanda à Petra : — Quelle récompense veux-tu ? — Retourner auprès de ma famille, puis travailler là où je serai réellement utile. Et je veux que personne, ici, ne soit puni uniquement sur la parole d’un autre sans vérification. — C’est une règle juste. Petra resta encore quelque temps au palais sous son vrai nom. On venait la consulter lorsque les affaires semblaient confuses. Avant son départ, elle retrouva son parrain près d’un vieux poirier. — Tu as appris la chose principale, dit-il. — Laquelle ? — La patience ne signifie pas accepter l’injustice en silence. Un bon cœur doit rester doux, mais la vérité doit rester claire. Petra l’embrassa et reprit le chemin de sa maison. Par la suite, lorsqu’elle rencontrait une route difficile, elle se souvenait qu’il faut parfois de l’aide, parfois un miracle, mais que très souvent il suffit d’oser poser la bonne question et dire la vérité à voix haute.
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