

Arménie
La jeune fille d’or
- Pays
- Arménie
- Âge
- 7–11 ans

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La jeune fille d’or
Un frère et une sœur vivaient avec leur père. Leur mère était morte alors qu’ils étaient encore petits et, quelque temps plus tard, leur père s’était remarié. La nouvelle maîtresse de maison ne prit jamais les enfants en affection. À ses yeux, ils demandaient toujours trop de pain, trop de place près du feu et trop d’attention de la part de leur père. Jour après jour, elle se plaignait et répétait à son mari : — Emmène-les loin d’ici. Qu’ils cherchent eux-mêmes leur chemin dans la vie. Le père refusa longtemps. Mais il manquait de caractère et finit par céder. Un matin, il dit aux enfants : — Venez avec moi dans la montagne. Nous ramasserons du bois sec et chercherons une source. Les enfants ne se doutèrent de rien. Ils prirent un peu de pain et suivirent leur père. Le chemin montait toujours plus haut. Les pierres se réchauffaient sous le soleil et le vent sentait le thym et l’herbe sèche. Lorsqu’ils furent très loin de la maison, le père étendit son manteau sur le sol. — Asseyez-vous ici et reposez-vous, dit-il. Je vais seulement voir un peu plus loin s’il y a de l’eau. Il partit. Et ne revint pas. Le soleil commençait déjà à descendre lorsque la sœur comprit la vérité. Elle serra son jeune frère contre elle. — N’aie pas peur. Ensemble, nous retrouverons notre chemin. Le plus important, c’est de ne pas nous séparer. Ils commencèrent à redescendre par un sentier, mais bientôt le garçon se mit à réclamer de l’eau. — Ma sœur, je n’en peux plus. Rien qu’une gorgée ! Un peu plus loin, ils aperçurent une petite flaque d’eau dans l’empreinte d’un sabot de vache. — Ne bois pas là, demanda la sœur. Attends encore un peu. L’eau est stagnante et nous ne savons pas quels enchantements parcourent ces montagnes. Le garçon l’écouta. Plus loin, ils trouvèrent de l’eau dans l’empreinte d’un cheval. — Pas celle-là non plus, dit sa sœur. Nous trouverons forcément une source. Le garçon soupira, mais continua. Puis ils virent briller un peu d’eau dans la petite trace laissée par un agneau. Cette fois, la soif fut plus forte que la prudence. — Une seule gorgée, murmura le garçon en se penchant. À peine ses lèvres touchèrent-elles l’eau qu’un vent tiède se mit à tourner autour de lui. La sœur ferma les yeux. Lorsqu’elle les rouvrit, un petit agneau blanc se tenait à côté d’elle. — Mon frère ! s’écria-t-elle. L’agneau bêla doucement et se pressa contre ses genoux. Dans ses yeux, la jeune fille reconnut le regard qu’elle connaissait si bien. Elle ravala ses larmes. — Très bien. Quoi qu’il arrive, je ne t’abandonnerai pas. Ils poursuivirent donc leur route ainsi : une jeune fille et son frère devenu agneau. À la tombée du jour, ils réussirent à retrouver leur maison. Le père pâlit en les voyant sur le seuil, mais la belle-mère ne fit que froncer les sourcils. — Et maintenant, vous ramenez même un agneau ! s’écria-t-elle. Nous avons déjà assez de soucis comme ça. La jeune fille ne répondit pas. Le lendemain matin, elle prit son fuseau, un peu de pain et conduisit l’agneau dans les montagnes, là où l’herbe était abondante. Elle décida que si la maison ne voulait pas de son frère, elle passerait au moins ses journées avec lui au grand air. Plusieurs semaines s’écoulèrent ainsi. Un jour, la jeune fille était assise près d’un rocher et filait de la laine. Soudain, son fuseau glissa de ses doigts, roula entre les pierres et disparut dans une crevasse sombre. — Voilà qui est ennuyeux, soupira-t-elle. Sans lui, ma belle-mère ne me laissera même pas rentrer. Elle laissa l’agneau brouter près de l’entrée et descendit prudemment. Dans la roche, elle découvrit un passage étroit qui menait à une grande grotte. Au centre était assise une vieille femme aux cheveux gris et aux yeux bienveillants, mais très attentifs. — Comment es-tu arrivée jusqu’ici, mon enfant ? demanda-t-elle. La jeune fille s’inclina poliment. — Je ne sais pas, grand-mère. Peut-être que mon chemin devait me conduire ici. J’ai laissé tomber mon fuseau et je suis venue le chercher. La vieille femme sourit. — Une parole aimable ouvre parfois des portes que les yeux ne voient pas. Entre. Nous retrouverons ton fuseau. Elle lui donna de l’eau, du pain et des herbes parfumées, puis lui dit : — Je vais me reposer un peu. Bientôt, deux lueurs merveilleuses passeront devant notre grotte, la Rouge et la Verte. Lorsque tu les verras, réveille-moi. Fais simplement sonner cette petite clochette de cuivre. — D’accord, grand-mère. La vieille femme s’endormit. La jeune fille attendit. Au bout d’un moment, la grotte sombre se remplit soudain d’une lumière rouge, comme si le ciel de l’aube s’était allumé sous la montagne. Puis la lumière rouge fut remplacée par une lumière verte, douce comme l’herbe neuve après la pluie. La jeune fille fit tinter la clochette. La vieille femme se réveilla, lui prit la main et la conduisit jusqu’à un ruisseau qui coulait au fond de la grotte. — Lave-toi avec cette eau, dit-elle. Ensuite, place-toi sous la lumière et n’aie pas peur. La jeune fille obéit. La lueur rouge effleura ses épaules. La verte glissa dans ses cheveux. Puis des étincelles dorées tombèrent de l’obscurité. Elles ne brûlaient pas. Elles scintillaient seulement comme une poussière de soleil. Lorsque les lueurs disparurent, la jeune fille portait une belle robe de fête, et ses cheveux avaient pris un éclat chaud et doré. La vieille femme la regarda. — Ce n’est pas une récompense pour ta beauté, dit-elle, comme si elle avait deviné ses pensées. C’est un signe. Même pendant les jours difficiles, tu n’as pas perdu ta bonté ni cessé de prendre soin de plus faible que toi. Souviens-toi : tout l’or de tes cheveux ne vaut rien si ton cœur est vide. Elle rendit le fuseau à la jeune fille, lui donna une petite pelote de fil et la raccompagna jusqu’à la sortie. L’agneau l’attendait. En la voyant, il bondit joyeusement. — C’est bien moi, petit frère, rit-elle. N’aie pas peur. À la maison, la belle-mère n’en crut pas ses yeux. Elle demanda où la jeune fille était allée et ce qu’elle avait fait. La jeune fille lui raconta honnêtement toute l’histoire. Dès le lendemain, la belle-mère envoya sa propre fille à la grotte. — Fais exactement la même chose, lui ordonna-t-elle. Et reviens encore plus magnifique. La jeune fille trouva la grotte, mais elle n’avait envie ni de saluer la vieille femme ni de lui rendre service. Elle demandait seulement : — Quand est-ce que j’aurai de l’or ? Où est l’eau magique ? Combien vais-je recevoir ? Lorsque les deux lueurs apparurent, elle secoua la clochette si fort qu’elle faillit lui échapper des mains. La vieille femme secoua tristement la tête. — La magie n’aime ni la précipitation ni l’avidité. Les lumières rouge et verte passèrent, mais au lieu d’étincelles dorées, une poussière grise ordinaire tomba du plafond de la grotte. La robe de la jeune fille se couvrit de taches, ses cheveux s’emmêlèrent, et elle rentra chez elle furieuse. Le lendemain matin, la poussière se lava facilement et ses cheveux purent être démêlés. Mais elle ne reçut jamais l’or magique qu’elle convoitait. Peu après, une grande fête fut annoncée au palais. Le jeune prince souhaitait rencontrer les habitants de différentes villes et villages. Et si, parmi les invités, il rencontrait un jour une personne avec qui il désirait partager sa vie, alors seulement il lui demanderait de l’épouser. La belle-mère se mit aussitôt à préparer sa fille pour la fête. À la jeune fille aux cheveux d’or, elle donna un tout autre travail. Elle vida sur le sol un grand sac de blé mélangé à de minuscules graines. — Tu n’iras nulle part avant d’avoir tout trié, grain par grain. La jeune fille s’assit. Il y avait là du travail pour toute une journée. À ce moment, une poule passa la tête par la fenêtre. Puis une deuxième. Puis une troisième. Bientôt, toute une petite compagnie caquetait dans la cour. — Cot-cot-cot ! Ne sois pas triste ! Les poules se mirent au travail. Elles picorèrent et séparèrent rapidement les différents grains, laissant de petits tas bien ordonnés. La jeune fille les remercia, enfila sa robe merveilleuse et se rendit elle aussi à la fête. Au palais, la musique résonnait, des lanternes brillaient dans la cour et les fontaines murmuraient dans le jardin. Le prince remarqua l’inconnue non pas à cause de ses cheveux dorés, mais parce qu’elle s’était arrêtée pour aider un petit enfant à ramasser des pommes tombées par terre. Ils commencèrent à parler. — Je ne t’ai jamais vue auparavant, dit le prince. — C’est parce que je vais rarement dans les palais, répondit-elle. Dans les montagnes, il y a beaucoup plus de moutons que de musiciens. Le prince éclata de rire. — Alors tu me raconteras les montagnes ? Ils parlèrent longtemps. Mais la jeune fille savait que sa belle-mère risquait de rentrer avant elle. Elle prit donc congé et se hâta de retourner chez elle. En traversant le jardin en courant, l’une de ses chaussures dorées glissa de son pied et tomba près d’une fontaine. Elle ne s’en aperçut pas. Le prince trouva la chaussure. Il se souvenait surtout de leur conversation et décida de retrouver la jeune inconnue afin de la revoir. Le lendemain, il alla de maison en maison. Lorsque la belle-mère apprit que le prince approchait, elle cacha la jeune fille aux cheveux d’or dans un cellier frais sous la cuisine. — Reste silencieuse, ordonna-t-elle. Mais le coq de la cour monta sur la clôture et chanta : — Cocorico ! Vous cherchez au mauvais endroit ! Celle à qui appartient la chaussure attend sous la cuisine ! — Quel coq bavard, s’étonna le prince. Il demanda qu’on ouvre le cellier. La jeune fille en sortit. La chaussure se posa sur son pied avec une facilité parfaite, comme si elle rentrait chez elle. Le prince sourit. — Je ne cherchais pas la propriétaire d’une chaussure. Je cherchais surtout la jeune femme qui m’avait promis de me raconter les montagnes. Veux-tu venir avec moi au palais ? Pas parce que tu y es obligée, mais parce que tu le souhaites toi-même. La jeune fille regarda l’agneau blanc qui passait la tête derrière la porte. — Seulement si mon frère vient avec moi. — Bien sûr, répondit le prince. Ainsi, la jeune fille aux cheveux d’or s’installa au palais avec son frère-agneau. Avec le temps, elle et le prince comprirent qu’ils étaient heureux ensemble et ils célébrèrent leur mariage. Mais la belle-mère ne supportait pas d’avoir perdu tout pouvoir sur elle. Un jour, elle vint au palais avec un air faussement doux. — Allons au bord de la mer, proposa-t-elle. Laissons les vieilles rancunes derrière nous. La jeune femme accepta parce qu’elle voulait croire que les gens pouvaient changer. Sur la côte, la belle-mère la conduisit sur un promontoire rocheux rendu glissant par l’eau. Lorsqu’une vague monta, elle la poussa brusquement vers la mer. La jeune femme perdit l’équilibre et tomba dans l’eau. Mais la mer ne voulut pas l’emporter. Des profondeurs monta un immense poisson. Il ouvrit sa bouche et la protégea des vagues dans un vaste espace merveilleux où il y avait de l’air et où brillait une faible lumière bleue. La belle-mère revint au palais et affirma qu’un malheur était arrivé. Mais le prince sentit aussitôt que son récit ne tenait pas debout. Pendant ce temps, chaque soir, le grand poisson s’approchait du rivage. La jeune femme entendait les cloches d’une petite église côtière. Un soir, elle appela le sonneur : — Brave homme ! Si vous m’entendez, dites au prince que je suis vivante. Et demandez-lui de prendre soin de l’agneau blanc. C’est mon frère. Au début, le sonneur pensa avoir rêvé. Mais le soir suivant, il entendit de nouveau la voix et courut jusqu’au palais. Le prince se rendit immédiatement au bord de la mer. Lorsque le grand poisson approcha, il resta sur le rivage et dit : — Si tu l’as protégée, je te remercie. Maintenant, laisse-la revenir auprès de nous. Le poisson monta avec une vague. L’eau autour de lui se mit à briller. Sa grande bouche s’ouvrit et la jeune femme en sortit directement sur le sable mouillé, fatiguée mais saine et sauve. L’agneau fut le premier à courir vers elle. — Mon petit frère ! s’écria-t-elle en l’entourant de ses bras. Après cela, toute la vérité fut découverte. La belle-mère ne put plus nier ce qu’elle avait fait. Ni elle ni sa fille ne furent maltraitées, mais elles durent quitter le palais et rendre tout ce qu’elles avaient injustement pris. Elles commencèrent une nouvelle vie loin de ceux qu’elles avaient essayé de tromper. La jeune femme aux cheveux d’or, le prince et l’agneau blanc, eux, continuèrent à vivre ensemble. Dans le jardin du palais, on aménagea pour l’agneau une grande prairie verte, et sa sœur venait chaque jour lui parler, comme autrefois dans les montagnes. Elle n’oublia jamais les paroles de la vieille femme de la grotte : une lumière dorée ne vaut rien si le cœur ne sait pas protéger les autres. On raconte qu’au moment où cette histoire fut racontée pour la première fois, trois pommes tombèrent du ciel : une pour celui qui raconte, une pour celui qui écoute, et la troisième pour celui qui, même dans les jours difficiles, n’oublie pas la bonté.
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