Couverture : La jeune fille qui trouvait toujours de l’aide

Inde

La jeune fille qui trouvait toujours de l’aide

Pays
Inde
Âge
5–9 ans
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La jeune fille qui trouvait toujours de l’aide

Dans une grande famille vivaient six frères et leur jeune sœur. Les frères voyageaient souvent pour leurs affaires. Lorsqu’ils partaient loin de la maison, leur sœur restait avec leurs épouses. Pour une raison difficile à comprendre, les belles-sœurs n’aimaient pas la jeune fille. Peut-être étaient-elles jalouses de l’attention que ses frères lui portaient. Peut-être avaient-elles simplement pris l’habitude de lui donner des ordres. Toujours est-il que, chaque fois que les hommes partaient, elles lui inventaient des tâches de plus en plus difficiles. Un matin, elles lui dirent : — Va dans la forêt et rapporte un gros fagot de bois. Mais ne l’attache avec rien. La jeune fille savait que, si elle se contentait d’empiler les branches, elles tomberaient tout le long du chemin. Elle partit dans la forêt et se mit à chanter doucement combien elle se sentait seule sans ses frères. Le serpent Jambro l’entendit. — Pourquoi es-tu triste ? demanda-t-il. La jeune fille lui raconta l’étrange tâche qu’on lui avait imposée. — Ramasse ton bois, dit Jambro. Je vais t’aider. Elle rassembla les branches, et Jambro s’enroula doucement autour du fagot, tel une corde vivante. — Maintenant, tu peux le porter. Et quand tu arriveras à la maison, pose-le doucement sur le sol. C’est ce qu’elle fit. Ses belles-sœurs furent très surprises. Une autre fois, elles lui donnèrent un petit pot en terre. — Rapporte-nous du lait de tigresse. La jeune fille eut peur, mais elle partit tout de même vers la forêt. Près de la tanière d’une tigresse, elle aperçut deux petits tigres. — Pourquoi as-tu l’air si triste ? lui demandèrent-ils. — On m’a envoyée chercher du lait de votre mère. Je ne veux déranger personne et je ne sais pas comment faire. Les petits tigres chuchotèrent entre eux. — Cache-toi ici et reste silencieuse. Nous allons t’aider sans que personne ne soit blessé. Lorsque leur mère revint, ils attendirent qu’elle soit calme et lui demandèrent un tout petit peu de lait pour la jeune fille. Puis, lorsque le chemin fut de nouveau sûr, ils lui donnèrent le pot. — Rentre vite chez toi. — Merci, murmura-t-elle. Ses belles-sœurs furent une nouvelle fois stupéfaites. Quelques jours plus tard, elles l’envoyèrent chercher du lait d’ourse. Et une fois encore, la jeune fille ne rencontra pas des ennemis, mais des alliés. Deux oursons l’écoutèrent, l’aidèrent à obtenir un peu de lait et la raccompagnèrent jusqu’à un sentier sans danger. Ensuite, les belles-sœurs lui tendirent une cruche percée d’un grand trou au fond. — Rapporte de l’eau de la source. Et ne perds pas une seule goutte ! La jeune fille s’assit au bord de l’eau. — Comment peut-on remplir une cruche trouée ? Une petite grenouille passa la tête entre les roseaux. — Pourquoi rester triste quand on peut réfléchir à deux ? La grenouille se plaça sous l’ouverture et la boucha de son corps. — Remplis-la. La jeune fille remplit la cruche d’eau et la rapporta soigneusement à la maison. Cette tâche aussi fut accomplie. Alors les belles-sœurs renversèrent par terre tout un panier de minuscules graines de moutarde. — Ramasse-les jusqu’à la dernière. La jeune fille contempla les centaines de petits grains et soupira. À ce moment-là, une volée de pigeons se posa dans la cour. — Que se passe-t-il ? Elle leur expliqua. — Voilà un travail pour beaucoup de petits becs, pas pour deux mains seulement, dirent les pigeons. Tous se mirent à l’ouvrage. Tac, tac, tac. Une graine. Puis une deuxième. Puis une troisième. Bientôt, le panier fut de nouveau plein. Une autre fois, les belles-sœurs lui ordonnèrent : — Rapporte de la forêt un énorme tas de feuilles. Et ne les attache pas. Dans les bois, la jeune fille rencontra le serpent Khorhoranga. Il écouta son histoire et lui dit : — Ramasse les feuilles. Je t’aiderai à les maintenir ensemble. Et une fois de plus, une tâche impossible devint possible, simplement parce que quelqu’un avait refusé de passer son chemin devant la détresse d’une autre personne. Les belles-sœurs devenaient de plus en plus contrariées. À présent, elles ne cherchaient même plus à mettre la jeune fille à l’épreuve ni à lui donner du travail. Elles supportaient simplement de moins en moins de la voir revenir chaque fois saine et sauve. Un jour, elles remarquèrent des fleurs très haut dans un arbre. — Grimpe et cueille-les, dirent-elles. Nous en avons besoin pour la fête. La jeune fille monta dans l’arbre. Alors les belles-sœurs disposèrent en dessous des branches couvertes d’épines, si bien qu’il devint presque impossible de redescendre sans se blesser, puis elles s’en allèrent. Cette fois, ni la grenouille, ni les pigeons, ni Jambro ne se trouvaient dans les environs. La jeune fille n’eut d’autre choix que d’attendre. Le temps passa. Or, précisément ce jour-là, ses frères revenaient d’un long voyage. Ils s’arrêtèrent pour se reposer sous le même arbre. Soudain, une goutte tomba sur la main de l’un d’eux. Il leva les yeux. — Pourtant, il ne pleut pas. Une deuxième goutte tomba. Et les frères aperçurent enfin leur sœur. — Comment es-tu arrivée là-haut ? Ils écartèrent les branches épineuses et l’aidèrent à redescendre. La jeune fille leur raconta tout : les ordres étranges, les missions dangereuses, la cruche percée, les graines dispersées et tous les animaux qui lui avaient porté secours dans les moments les plus difficiles. Les frères rentrèrent chez eux profondément attristés. Ils réunirent toute la famille et déclarèrent : — Dans cette maison, personne n’a le droit de faire du mal à quelqu’un d’autre ni de l’exposer volontairement au danger. Les belles-sœurs durent écouter l’histoire du début à la fin. Au début, elles cherchèrent des excuses. Puis elles se turent. Et enfin, elles comprirent combien de peur et de solitude elles avaient infligées à la jeune fille. — Nous nous sommes mal conduites, reconnurent-elles. À partir de ce jour, il n’y eut plus de tâches impossibles. Quant à la jeune fille, elle n’oublia jamais ceux qui l’avaient aidée dans la forêt. Pendant les journées chaudes, elle laissait de l’eau propre pour les oiseaux. Elle ne détruisait pas les cachettes des grenouilles près de la source. Elle contournait les tanières des animaux et gardait toujours une pensée pour Jambro et Khorhoranga. Car l’aide possède une étrange qualité. Lorsqu’on la donne sans se moquer et sans réclamer de récompense, elle semble tracer des chemins invisibles entre les êtres vivants. Et même pendant la journée la plus difficile, il peut alors se trouver quelqu’un pour dire : — N’aie pas peur. Essayons ensemble.

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