

Japon
La méduse et le singe
- Pays
- Japon
- Âge
- 5–9 ans

Écouter le conte
La méduse et le singe
À une époque où les contes plaçaient des palais de corail sous les vagues, les méduses ne ressemblaient pas encore à celles d’aujourd’hui. Selon cette vieille histoire japonaise, elles possédaient quatre petites pattes et une carapace dure. Elles pouvaient marcher sur le sable et porter quelqu’un sur leur dos. Dans le palais sous-marin du Dragon de la Mer, la reine tomba malade. Le médecin consulta de vieux livres et annonça un remède étrange : — Un ancien texte demande le foie d’un singe vivant. Tout le monde se tut. — Mais les singes vivent sur la terre. — Sur l’Île des Singes, précisa quelqu’un. L’intendant appela Kurage, la Méduse. — Tu sais nager et marcher sur la rive. Va chercher un singe. Invite-le à visiter le palais. Kurage hésita. — Pourquoi précisément un singe ? — Exécute simplement la mission. Cela ne lui plaisait pas, mais elle avait l’habitude d’obéir. Elle nagea jusqu’à l’île. Sur un grand pin, un singe mangeait des fruits. — Bonjour, monsieur Singe ! Je m’appelle Kurage. Je sers le Dragon de la Mer. Notre palais est merveilleux : murs de nacre, jardins de corail, poissons éclatants, arbres semblables à des bijoux… Le singe descendit sur une branche plus basse. — C’est vraiment aussi beau ? — Encore plus. Venez avec moi, je vous le montrerai. Le singe posa un pied au sol puis s’arrêta. — Mais je ne sais pas nager. — Montez sur mon dos. Ils partirent sur la mer. Le singe regardait avec émerveillement à travers l’eau transparente. — Cette petite chose bleue ressemble à un ruban ! — Et là, c’est une étoile de mer. À mi-chemin, Kurage commença à s’inquiéter. « Et s’il n’a pas ce qu’il faut avec lui ? Je n’ai rien vérifié. » Elle finit par demander : — Monsieur Singe… avez-vous apporté votre foie ? Le singe faillit tomber. — Mon quoi ? — Votre foie. — Pourquoi ? Kurage comprit qu’elle avait trop parlé. — Ce n’est rien… — Si ce n’est rien, pourquoi poser cette question au milieu de l’océan ? Je vous ai confié ma vie. Dites-moi la vérité. Kurage céda. Elle raconta la maladie de la reine, l’ancien remède et la raison réelle de son invitation. Le singe eut froid jusque dans les pattes. Mais il était extrêmement vif d’esprit. Il respira et répondit calmement : — Quelle malchance ! Pourquoi ne l’avoir pas dit plus tôt ? Kurage cligna des yeux. — Vous n’êtes pas en colère ? — Là n’est pas le problème. J’ai laissé mon meilleur foie sur le pin. La méduse s’immobilisa. — Vous l’avez laissé… où ? — Sur une branche. Nous, les singes, accrochons parfois notre foie à sécher lorsque nous sautons dans les arbres. Votre description du palais m’a tellement distrait que je suis parti sans le reprendre. Kurage ne connaissait rien à l’anatomie des singes. Elle le crut. — Que faisons-nous ? — Retournons sur l’île. Je le prendrai et nous repartirons. Kurage fit demi-tour. Dès que le rivage fut assez proche, le singe bondit sur le sable et grimpa au sommet du pin. Kurage attendit. — Monsieur Singe ! Vous avez trouvé le foie ? Le singe rit. — Kurage, peut-on vraiment suspendre son foie à un arbre ? Il était avec moi tout le temps. — Mais vous aviez promis de revenir ! — Je l’ai dit pour me sauver. Vous m’avez invité sans dire que cette visite me mettait en danger. Je n’ai pas l’obligation de retourner auprès de quelqu’un qui veut me faire du mal. Kurage baissa la tête. Elle comprit qu’elle aurait pu poser des questions au palais, refuser une mission cruelle ou au moins avertir le singe. — Je suis désolée. — Moi aussi. Vous ne semblez pas mauvaise. Mais la prochaine fois, réfléchissez avant d’accepter une tâche dont quelqu’un d’autre souffrira. Kurage rentra seule. Au palais, l’intendant demanda : — Où est le singe ? Cette fois, Kurage choisit la vérité. Elle raconta tout. Le Dragon de la Mer se fâcha. — Tu n’as pas seulement raté ta mission. Tu as accepté d’attirer un invité vers un danger sans réfléchir. — Je le sais. Mais je vous en prie, n’envoyez personne d’autre chercher un singe. Cherchons un autre remède. Le roi entendit son repentir. Il ne voulut pas lui faire de mal. Mais, dans le langage merveilleux du conte, il décida que la leçon resterait visible. Il toucha sa carapace avec son bâton. — Désormais, ton corps sera souple et transparent, sans carapace ni pattes. Que cela rappelle que la vraie solidité ne vient pas d’une coque dure, mais de la capacité de réfléchir et de répondre de ses choix. La carapace fondit comme de la glace dans l’eau chaude. Kurage devint légère et translucide. Le médecin dut rouvrir ses livres et chercher un traitement qui ne ferait de mal à aucun singe. Et depuis, dit l’histoire, les méduses sont restées molles et sans os. Sur l’Île des Singes, on raconta longtemps comment l’un d’entre eux s’était sauvé au milieu de la mer en affirmant : — Mon foie ? Je l’ai laissé sur le pin ! Les plus vieux singes riaient avec les autres, mais ajoutaient : — Avant d’accepter une merveilleuse invitation, demandez tout de même où l’on vous emmène et pourquoi.
May this story leave a little light in your heart ✨
