Couverture : La montagne enchantée

Laos

La montagne enchantée

Pays
Laos
Âge
5–8 ans
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La montagne enchantée

Dans les forêts du nord du Laos, les anciens racontaient l’existence d’une montagne extraordinaire. Son sommet montait si haut que les nuages du matin venaient toucher ses pentes. Là-haut, disait-on, se trouvait un lac plus clair que la rosée, entouré de fleurs inconnues, de bananiers, d’orangers et de riz vigoureux. Les oiseaux y vivaient sans peur. Les esprits de la montagne les protégeaient, et personne ne pouvait leur faire du mal. Beaucoup de gens cherchèrent cet endroit. Certains partirent avec de grands paniers. — Nous rapporterons autant de fruits que possible. D’autres dessinèrent des cartes. — Nous reviendrons souvent. Mais la montagne ne se montrait jamais à eux. Les chemins tournaient. Le brouillard descendait. Des rochers familiers semblaient changer de place. Ils rentraient en disant : — Cette montagne n’existe pas. Les anciens souriaient. — Ceux qui ne cherchent que ce qu’ils pourront emporter ne la trouvent pas. Un jour, un jeune chasseur poursuivit longtemps la trace d’un animal. Il marcha, courut, recommença à marcher. Le soleil monta très haut. Finalement, épuisé, il s’arrêta. — Cela suffit. L’animal s’est échappé. Qu’il vive en paix. Il s’assit contre un arbre et ferma les yeux. Un vent frais passa. Quelque part, il entendit de l’eau. Quand il rouvrit les yeux, une petite sente se trouvait là où, quelques instants plus tôt, il n’avait vu que des buissons. Il la suivit. Les arbres s’écartèrent. Un lac lumineux apparut. Les fleurs poussaient près de l’eau. Des régimes de bananes se courbaient sous leur poids. Des oranges brillaient dans les branches. Un champ de riz ondulait au-delà. Un grand oiseau s’approcha du chasseur. Par habitude, sa main alla vers son arc. Puis elle s’arrêta. L’oiseau ne fuyait pas. — N’aie pas peur. Aujourd’hui, je ne suis pas venu chercher une proie. Le jeune homme but l’eau du lac. Il mangea un fruit mûr tombé sous un arbre. Jamais il n’avait goûté quelque chose d’aussi doux. Il resta longtemps à écouter les feuilles, l’eau et les oiseaux. Quand le soleil commença à baisser, il pensa à sa famille. « Je vais prendre une orange pour les enfants. Ils verront que la montagne est réelle. » Il choisit un beau fruit et repartit. Dès que le lac disparut derrière les arbres, il sentit que sa main était vide. L’orange avait disparu. Il revint de quelques pas. Le lac réapparut. La même orange reposait sous l’arbre. Alors il comprit. Les dons de la montagne pouvaient nourrir le voyageur fatigué, étancher sa soif et l’aider à reprendre des forces. Mais ils ne pouvaient pas être emportés pour servir de trophée ou de réserve. — Merci, dit le chasseur, sans savoir s’il parlait aux esprits, au vent ou à la montagne elle-même. Il rentra les mains vides et le cœur léger. Le soir, il raconta ce qu’il avait vu. Les adultes demandèrent : — Comment te croire si tu n’as rien rapporté ? Il sourit. — C’est peut-être précisément pour cela que je n’ai rien rapporté. Les enfants, eux, le crurent. Les anciens disaient que les enfants comprennent mieux que beaucoup d’adultes qu’une chose peut être réelle sans devoir être possédée. On raconte que la montagne existe toujours. Elle ne se cache pas de tous. Elle ouvre seulement son chemin à celui qui est assez fatigué de poursuivre, assez calme pour écouter et assez peu avide pour entrer sans vouloir tout emporter.

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