Couverture : La paille, la braise et le haricot

Allemagne

La paille, la braise et le haricot

Pays
Allemagne
Âge
3–7 ans
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La paille, la braise et le haricot

Une femme généreuse vivait à la lisière d’une petite ville. Un matin, elle décida de préparer une soupe de haricots. Elle alluma le feu, plaça du bois sec dans le poêle, apporta un bol de haricots et commença à cuisiner.

Pendant qu’elle se retournait pour prendre du sel sur une étagère, quelque chose d’étrange se produisit.

Un mince brin de paille posé près du poêle se mit soudain à bouger.

— Oh là là, murmura-t-il. Encore un peu et ils vont me jeter dans le feu !

À cet instant, une petite braise noire roula hors du poêle. Un de ses côtés brillait encore en rouge.

— Écartez-vous, s’il vous plaît ! souffla-t-elle. Je viens d’échapper aux flammes. Une minute de plus et je serais devenue de la cendre.

Pendant ce temps, un haricot rond sauta hors du bol, roula jusqu’au bord de la table, rebondit sur un banc et tomba par terre.

— Attendez-moi ! cria le haricot. Moi non plus, je n’ai pas envie de devenir une soupe aujourd’hui.

Les trois fugitifs se cachèrent derrière un panier de bois. Lorsque la cuisine redevint silencieuse, ils passèrent la tête dehors.

— Nous avons eu beaucoup de chance, dit le haricot. Mais si nous restons ici, quelqu’un finira par nous trouver.

— Que pouvons-nous faire ? demanda la paille.

— Voyager ! s’écria la braise. Il doit y avoir un monde immense derrière le jardin.

Les trois nouveaux amis partirent donc à l’aventure.

La paille marchait devant parce qu’elle était la plus longue et pouvait écarter les herbes. Le haricot roulait joyeusement derrière elle. La braise fermait la marche, en faisant attention de ne pas toucher les feuilles sèches avec son côté chaud.

Ils traversèrent le potager, se glissèrent sous la clôture, découvrirent un champ qu’ils n’avaient jamais vu et furent très fiers d’eux.

— Vous voyez, dit le haricot, dès qu’on ose commencer, le monde devient plus grand.

Bientôt, ils arrivèrent devant un ruisseau.

L’eau courait entre les pierres et éclaboussait joyeusement les berges.

— Voilà un problème, dit la braise. Je n’aime pas l’eau.

— Moi non plus, je ne veux pas nager, reconnut le haricot. Le courant pourrait m’emporter n’importe où.

La paille réfléchit.

— Je vais me coucher en travers du ruisseau comme un pont. Vous passerez sur moi, puis vous m’aiderez à atteindre l’autre rive.

— Excellente idée ! s’écria le haricot.

La paille s’étendit d’une rive à l’autre. La braise s’engagea la première sur cet étrange pont.

— Doucement, avertit la paille. Ne te presse pas.

La braise avança.

Au milieu du passage, elle regarda en bas.

L’eau courait juste sous elle.

— Oh… murmura la braise.

Elle eut si peur qu’elle s’immobilisa.

— Continue ! l’encouragea le haricot.

— Je ne peux pas. Mes jambes tremblent.

— Tu n’as pas de jambes, lui rappela la paille.

— Alors tout le reste tremble !

Le haricot éclata de rire.

La braise rit elle aussi. Elle avança, mais son côté chaud toucha la paille.

— Aïe ! C’est chaud ! couina la paille.

Une petite marque sombre apparut.

— Revenez ! cria le haricot. Il nous faut un pont plus solide.

La braise retourna rapidement sur la rive.

Les amis s’assirent pour réfléchir.

Alors le haricot remarqua une large planche non loin de là.

— Et si nous la mettions à côté de la paille ? Le pont serait plus large et plus frais.

C’est ce qu’ils firent.

Cette fois, la braise traversa sans danger. Le haricot roula à son tour. Ensemble, ils tirèrent ensuite la paille sur l’autre rive.

— Hourra ! crièrent-ils tous les trois.

Le haricot riait si fort qu’il faillit retomber dans l’eau.

— Attention, dit la paille. Une aventure suffit pour aujourd’hui.

Ils continuèrent jusqu’au soir et trouvèrent un endroit confortable sous un noisetier.

La paille prépara un couchage doux. La braise réchauffa une petite pierre pour la nuit. Le haricot trouva une cupule de gland et y recueillit quelques gouttes de rosée.

— Vous savez, dit le haricot lorsque la lune se leva, aucun de nous ne serait probablement arrivé aussi loin tout seul.

— C’est vrai, répondit la braise. Moi, je me serais arrêtée au premier ruisseau.

— Et moi, je n’aurais jamais pensé à renforcer le pont sans vous, ajouta la paille.

Depuis ce jour, les trois amis voyagèrent toujours ensemble. Ils continuaient à se disputer, à avoir peur et à vivre de drôles de mésaventures, mais ils se souvenaient d’une chose : lorsque des amis sont à vos côtés, même un petit ruisseau ne ressemble plus à une rivière impossible à franchir.

Quelque part au bord d’un vaste champ, raconte-t-on, existe encore le chemin autrefois parcouru par la Paille, la Braise et le Haricot, trois minuscules voyageurs aux projets immenses.

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