Couverture : La pantoufle rouge

Israël

La pantoufle rouge

Pays
Israël
Âge
6–10 ans
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La pantoufle rouge

Dans une grande ville vivait un marchand avec sa petite fille Rosie. Sa mère était morte alors qu’elle était encore bébé, et sa grand-mère devint la personne la plus proche d’elle. La grand-mère lui chantait des chansons, lui tressait les cheveux, lui apprenait à reconnaître les plantes à leur parfum et répétait souvent : — On ne grandit pas seulement en taille. On grandit aussi par le cœur. Le père de Rosie voyageait beaucoup. Un jour, avant de partir, il offrit à sa fille une petite paire de chaussures rouges. — Elles sont un peu grandes pour toi, mais tu les garderas longtemps. Un prodige se produisit : les chaussures semblaient savoir quand Rosie grandissait. Chaque année, elles devenaient exactement à sa taille et restaient aussi rouges que des grains de grenade au soleil. Rosie les portait seulement les jours de fête. Avec le temps, son père se remaria. Une nouvelle maîtresse de maison arriva avec ses deux filles. Au début, tout le monde essaya de vivre en bonne entente. Mais la belle-mère supportait mal que Rosie aime tant sa grand-mère et lui demande souvent conseil. Après une dispute, la grand-mère partit vivre chez des parents hors de la ville. Rosie resta seule avec son chagrin. Peu après, son père repartit pour un long voyage commercial. En son absence, les tâches furent partagées très injustement. Les demi-sœurs passaient des heures à essayer des rubans et à se promener, tandis que Rosie portait l’eau, balayait la cour, lavait la vaisselle et aidait à la cuisine du matin au soir. Un jour, elle demanda : — Pourquoi dois-je tout faire toute seule ? — Parce que tu es plus habile, répondit l’aînée. — Et parce que nous l’avons décidé, ajouta l’autre. Rosie ne disputa pas, mais pensa de plus en plus souvent aux paroles de sa grand-mère. Par une chaude journée, elle alla chercher de l’eau au vieux puits derrière le jardin. À l’ombre du jasmin, elle laissa descendre le seau et se mit à chanter doucement une chanson de sa grand-mère. Quand elle termina, un profond bâillement monta du puits. — Qui chante au-dessus de ma tête ? Rosie recula. Une brume argentée sortit de l’eau et prit la forme d’un vieux gardien à longue barbe. — N’aie pas peur. Je veille sur ce puits depuis cent ans. J’entends les gens se disputer chaque jour, mais c’est la première fois qu’une chanson me donne envie de me réveiller. Rosie rit. — Pardonnez-moi de vous avoir dérangé. — Au contraire. Pour cette belle chanson, je veux t’offrir quelque chose. Il plongea la main dans l’eau et en sortit quelques petites pierres brillantes : rubis, émeraudes et cristaux transparents. — Prends-les. Mais souviens-toi : une pierre précieuse ne rend pas une personne meilleure. Elle révèle seulement ce qui se trouve déjà dans son cœur. Rosie le remercia et rentra. Ses sœurs ouvrirent de grands yeux. — Où as-tu trouvé ça ? Rosie raconta honnêtement l’histoire du puits. — Il suffit donc de chanter ? s’écria l’aînée. Le lendemain, les deux filles coururent au puits. Elles chantèrent très fort, se coupant la parole, puis exigèrent : — Hé, esprit ! Sors et donne-nous des bijoux ! Un soupir monta des profondeurs. Au lieu de pierres précieuses, le seau remonta rempli de roseaux mouillés, de feuilles et de trois petites grenouilles qui sautèrent aussitôt sur les pierres. Les sœurs revinrent furieuses et trempées. — Tout est de ta faute ! La belle-mère se mit elle aussi en colère. — Si tu apportes tant de disputes dans cette maison, va donc vivre avec ta grand-mère. Et emporte tes étranges chaussures. Rosie eut peur de quitter seule sa maison, mais elle avait encore plus peur de rester là où personne ne voulait l’écouter. Elle prit un petit paquet de pain, chaussa ses chaussures rouges et partit chercher sa grand-mère. La route passait entre les collines. Rosie ne savait pas exactement où la vieille femme habitait maintenant. Elle demanda donc son chemin et suivit les indications. — Va jusqu’au vieil amandier, lui dit un berger. De là, un sentier mène vers les grottes sur la pente. Le soir, le vent se leva. Rosie pressa le pas, trébucha sur une racine et perdit une chaussure rouge. Elle roula le long du sentier pierreux. La jeune fille la chercha jusqu’à la nuit, sans succès. — Il faudra continuer avec une seule. Au-delà de la colline, elle aperçut enfin une petite grotte près de laquelle brillait un feu. — Grand-mère ! La vieille femme courut vers elle et la serra dans ses bras. — Je savais que tu me trouverais. — Comment ? — Parce que tu demandes ton chemin lorsque tu ne sais pas. C’est beaucoup plus utile que de prétendre tout connaître. Elles s’installèrent ensemble. La grand-mère savait sécher les herbes, tresser les paniers et préparer des tisanes parfumées. Rosie l’aidait et chantait le soir. Des voyageurs s’arrêtaient parfois près de leur feu, et la grotte devint peu à peu un endroit accueillant. Pendant ce temps, un jeune cavalier nommé David trouva la chaussure rouge. Il était le fils d’un ancien du village voisin. La chaussure était si petite et si particulière qu’il pensa : « Sa propriétaire a peut-être perdu plus qu’une chaussure. Peut-être a-t-elle aussi perdu son chemin. » Il se mit à poser des questions. Quelqu’un avait vu une jeune fille près de l’amandier. Un autre se souvenait qu’elle cherchait le sentier des grottes. David finit par arriver devant l’abri de la grand-mère. — Que cherches-tu ? demanda-t-elle. — La propriétaire de ceci. Je veux seulement lui rendre ce qu’elle a perdu. Il montra la chaussure. La grand-mère le regarda attentivement. — Et si elle ne veut pas te voir ? — Alors je laisserai la chaussure chez vous et je repartirai. Rosie, qui avait entendu, sortit. — Elle est à moi. Elle la chaussa. Elle lui allait parfaitement, comme si elle n’avait jamais été perdue. — Merci de l’avoir rapportée. David apprit leur histoire et leur proposa une petite maison vide près du jardin de son village. — Seulement si vous le souhaitez. Rosie et sa grand-mère ne répondirent pas tout de suite. Elles visitèrent l’endroit et rencontrèrent les habitants avant d’accepter. Une nouvelle vie commença. Rosie apprit à lire, aida sa grand-mère avec les plantes et chantait le soir pour les enfants. David venait parfois écouter. Ensuite, ils apportaient ensemble des livres à l’école ou aidaient les anciens au jardin. Les années passèrent. Les chaussures rouges grandissaient toujours avec Rosie, mais elle les portait surtout parce qu’elles lui rappelaient le chemin parcouru. Lorsque Rosie et David furent adultes, leur ancienne amitié devint de l’amour. Un jour, David demanda : — Veux-tu que nous continuions à marcher sur le même chemin ? Rosie sourit. — Oui. Mais seulement si nous continuons à nous demander l’un à l’autre où nous voulons aller. — D’accord. Ils se marièrent parce qu’ils le voulaient tous les deux. Quant au vieux gardien du puits, on raconte qu’il resta longtemps sous le jasmin. Lorsque quelqu’un venait exiger des trésors, il gardait le silence. Mais lorsqu’un enfant s’asseyait au bord du puits et chantait simplement par plaisir, l’eau devenait un peu plus lumineuse. Car le véritable cadeau de cette histoire n’était ni dans les bijoux ni dans les chaussures enchantées. Il était dans le fait que Rosie avait appris à quitter l’endroit où personne ne l’écoutait pour rejoindre des gens qui demandaient, écoutaient et lui laissaient le droit de choisir.

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