

Chine
La parole donnée
- Pays
- Chine
- Âge
- 7–10 ans

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La parole donnée
Dans une forêt de montagne se trouvait une solide cabane de bûcheron. Un jour, un jeune tigre y entra par hasard. La porte se referma derrière lui, le verrou retomba à l’extérieur et le tigre se retrouva prisonnier. Au début, il se mit en colère. — Quelle drôle de porte ! grogna-t-il en la poussant de toute son épaule. Mais la cabane était faite de lourds rondins. Le tigre eut beau pousser, griffer et rugir, rien ne bougea. Un jour passa, puis un autre. Le tigre avait très soif et commençait à regretter d’être entré si imprudemment. Non loin de là coulait un ruisseau. Une petite chevrette porte-musc vint boire et entendit soudain une voix faible venant de la cabane. — Sœur Chevrette ! Aide-moi ! Elle sursauta. — Qui est là ? — C’est moi, le tigre. Je suis enfermé. Soulève le verrou, je t’en prie. La chevrette s’approcha, mais pas trop. — Comment savoir que tu ne te jetteras pas sur moi dès que tu seras dehors ? — Je te donne ma parole, répondit le tigre. Si tu ouvres, je ne te ferai aucun mal. Je le promets. La chevrette hésita longtemps. Elle avait peur, mais elle voyait bien qu’il avait vraiment besoin d’aide. — Très bien, dit-elle. Je vais croire à ta parole. Elle souleva le verrou. La porte s’ouvrit et le tigre bondit dehors. Il inspira profondément, courut au ruisseau, but longuement, puis se retourna vers la chevrette. Son regard changea. — J’ai terriblement faim, dit-il. Je crois que je vais devoir oublier ma promesse. La chevrette recula. — Oublier ? Je t’ai libéré précisément parce que tu m’avais donné ta parole. Le tigre haussa les épaules. — Une parole, une promesse, la fidélité… Est-ce que cela compte vraiment quand il devient difficile de les respecter ? — Oui, répondit fermement la chevrette. Sinon, personne ne pourrait jamais faire confiance à personne. — Moi, je pense que le monde n’est pas ainsi, déclara le tigre. Alors la chevrette proposa : — Demandons leur avis aux trois premières personnes que nous rencontrerons. Si toutes trois disent qu’une promesse ne vaut rien, j’admettrai que j’avais tort. Mais si l’une d’elles montre que la parole donnée a de la valeur, tu me laisseras partir. Le tigre accepta. Ils rencontrèrent d’abord un grand arbre au bord du chemin. Ses branches étaient si larges que les voyageurs se reposaient souvent à son ombre. — Frère Arbre, demanda la chevrette, existe-t-il dans le monde de la gratitude et de la fidélité ? Les feuilles frémirent longtemps. — J’aimerais répondre oui, dit enfin l’arbre. Pourtant, j’ai souvent vu autre chose. Des voyageurs se reposent sous mes branches, profitent de mon ombre, puis certains cassent mes jeunes rameaux sans penser au mal qu’ils me font. Mon expérience est donc plutôt triste. Le tigre sourit. — Tu as entendu ? La chevrette baissa les oreilles. — Ce n’est qu’une réponse. Plus loin, ils rencontrèrent une vieille bufflonne avec son petit. Elle poussait vers lui les touffes d’herbe les plus tendres et se contentait elle-même d’herbe plus sèche. — Tante Bufflonne, demanda la chevrette, le bien est-il toujours rendu par le bien ? La bufflonne réfléchit. — Pas toujours. Les parents donnent souvent le meilleur à leurs enfants et, lorsqu’ils grandissent, ceux-ci oublient parfois tout ce qu’on a fait pour eux. Mais est-ce une raison pour devenir nous-mêmes ingrats ? Je ne sais pas. Je peux seulement parler de ce que j’ai vu. Le tigre remua la queue avec impatience. — La deuxième réponse ne t’aide pas davantage. La chevrette commençait à s’inquiéter. — Nous avions dit trois avis. Au tournant du chemin, ils croisèrent un lièvre. — Bonjour ! lança-t-il joyeusement. Pourquoi marchez-vous ensemble avec des mines si sérieuses ? La chevrette lui raconta toute l’histoire : la cabane, le verrou, la promesse et la décision du tigre de ne plus la tenir. Le lièvre se gratta l’oreille. — C’est très confus. Le tigre était près du ruisseau et toi, tu étais enfermée dans la cabane ? — Non ! s’écria le tigre. C’est moi qui étais dans la cabane ! — Ah. Alors c’est la chevrette qui t’avait enfermé ? — Mais non, répondit-elle. Je l’ai trouvé déjà prisonnier. — Hum… fit le lièvre. Les paroles ne suffisent pas. Je veux voir l’endroit. Sinon, je ne pourrai pas juger correctement. Ils retournèrent tous les trois à la cabane. — Montre-moi où tu te trouvais, demanda le lièvre à la chevrette. — Ici, près du ruisseau. — Et toi ? demanda-t-il au tigre. — À l’intérieur. Le tigre entra dans la cabane. — Comme ça ? — Exactement. — Et la porte était ouverte ? — Non, fermée. — Avec le verrou ici ? — Oui. Le lièvre referma la porte et remit le verrou en place. Clac. Le tigre était de nouveau enfermé. — Hé ! rugit-il. Ouvre ! Le lièvre s’assit tranquillement devant la porte. — Maintenant, j’ai compris. Sœur Chevrette, tu peux partir. Tu as respecté ta promesse. Le tigre, lui, ne l’a pas fait. — Mais que va-t-il devenir ? demanda doucement la chevrette. — Le bûcheron reviendra bientôt. Il connaît cette cabane et saura comment libérer le tigre sans danger. Il ne faut pas répondre à une parole trahie par la cruauté. Derrière la porte, le tigre grogna. Puis il se tut. Quelques instants plus tard, sa voix se fit plus calme. — Chevrette… — Je t’écoute. — Tu m’as aidé alors que tu avais peur. Et moi, j’ai failli te rendre le mal pour le bien. Je comprends maintenant pourquoi tu parlais de confiance. Le lièvre sourit. — Voilà déjà une parole plus raisonnable. Peu après, le bûcheron apparut sur le sentier. La chevrette et le lièvre lui racontèrent ce qui s’était passé. Le bûcheron réfléchit, puis parla au tigre : — Je vais ouvrir, mais tu partiras vers la montagne, dans la direction opposée, et tu ne t’approcheras ni d’eux ni de moi. Tu me donnes ta parole ? Un long silence suivit. Enfin, le tigre répondit : — Je la donne. — Cette fois, réfléchis bien avant de parler, dit le bûcheron. — J’ai réfléchi. La porte s’ouvrit. Le tigre sortit, regarda la chevrette, puis le lièvre, et repartit sans un mot vers les montagnes. Il ne brisa pas sa deuxième promesse. Sur le chemin du retour, la chevrette dit : — C’est étrange. L’arbre et la bufflonne avaient vu tant d’ingratitude qu’ils avaient presque cessé de croire au bien. — Justement, répondit le lièvre. C’est pour cela que quelqu’un doit commencer par lui-même. La mauvaise parole des autres ne rend pas la nôtre moins importante. Et depuis ce jour, lorsqu’un animal de cette forêt faisait une promesse, les plus âgés disaient : — Souviens-toi du tigre et de la cabane de bois. Une parole ne vaut que par le désir qu’on a de la tenir.
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