Couverture : La princesse dragon

Chine

La princesse dragon

Pays
Chine
Âge
6–10 ans
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La princesse dragon

Au cœur du vaste lac Dongting se dressait une île montagneuse, et dans cette colline s’ouvrait une grotte.

Les habitants racontaient qu’elle descendait si profondément qu’elle passait presque sous le fond du monde. Personne ne le savait avec certitude, car rares étaient ceux qui avaient osé s’y aventurer très loin.

Un jour, après la pluie, un pêcheur rentrait chez lui en longeant la rive. Les pierres étaient glissantes. Il perdit l’équilibre et dévala la pente jusqu’à l’entrée de la grotte.

— Voilà une aventure que je n’avais pas prévue, marmonna-t-il.

Impossible de remonter par le chemin qu’il venait d’emprunter. Il alluma donc une petite lanterne et s’avança dans l’obscurité.

Le passage descendait, remontait, puis tournait encore. De l’eau murmurait quelque part sous ses pieds, tandis que des reflets bleu-vert scintillaient sur les parois.

Enfin, le tunnel obscur prit fin.

Devant lui s’étendait une vaste plaine sous un ciel de pierre. En son centre se dressait un palais aux toits verts, brillants comme du jade mouillé.

Un jeune dragon était couché près de la porte. Une fine vapeur sortait de ses naseaux et se transformait en brume argentée.

Le pêcheur s’arrêta.

— Ne t’inquiète pas. Je ne veux rien prendre. Je me suis seulement perdu.

Le dragon l’observa attentivement mais ne le laissa pas entrer.

Le pêcheur n’insista pas. Il trouva un autre passage et finit par retrouver la rive qu’il connaissait.

Il raconta ce qu’il avait vu au gouverneur de la région, et l’histoire parvint jusqu’au palais impérial.

L’empereur fit venir un érudit qui connaissait les anciennes histoires de mers, de lacs et de dragons.

— Un palais peut-il vraiment se cacher sous le lac ?

— Oui. Les vieux récits disent qu’une des filles du Roi Dragon de la mer de l’Est habite là-bas. Elle veille sur les trésors de perles et sur les cours d’eau.

L’empereur réfléchit.

— J’aimerais lui envoyer une lettre et des présents. Non pour réclamer ses trésors. Je veux savoir si les chemins des humains et ceux des dragons peuvent se rencontrer sans conflit.

— Dans ce cas, choisissez vos messagers avec soin, répondit l’érudit. On n’entre pas chez quelqu’un d’autre en le menaçant.

Trois frères originaires d’une ville du sud se portèrent volontaires. Leur famille commerçait depuis longtemps près de la mer et connaissait les coutumes des peuples du littoral.

— Nous irons si l’on nous reçoit comme des invités, déclara l’aîné.

Pendant plusieurs semaines, on prépara les présents : deux petites boîtes de jade, de beaux vases, des herbes parfumées, des graines rares et une étoffe fine de la couleur du ciel au petit matin.

L’érudit remit aux frères deux pierres parfaitement lisses.

— Ce sont d’anciens signes de voyage. Ils ne donnent aucun ordre aux dragons. Ils montrent seulement que vous venez en paix et que vous connaissez l’ancienne coutume.

Le pêcheur leur indiqua l’entrée de la grotte.

— Ne faites pas de gestes brusques devant la porte. Le jeune gardien est très sérieux, mais il n’est pas cruel.

Les trois frères pénétrèrent dans la grotte.

Après une longue marche à travers les galeries sinueuses, ils aperçurent enfin les toits de jade.

Le jeune dragon releva la tête.

L’aîné posa l’une des pierres lisses sur le sol et s’inclina.

— Nous apportons une lettre de l’empereur des humains. Nous demandons seulement la permission de la remettre à la maîtresse de ce palais.

Le dragon toucha une petite cloche de bronze.

Ding !

Un vieux dragon gris apparut. Ses longues moustaches frôlaient presque le sol. Sous les yeux des voyageurs, il prit la forme d’un vieil homme vêtu de bleu sombre.

— Je vais vous aider à parler avec la princesse. La langue des humains a beaucoup changé au fil des siècles.

On conduisit les frères à travers des salles où des perles luisaient dans les murs et où des poissons argentés nageaient sous des sols transparents.

Dans la grande salle centrale les attendait la Princesse Dragon. Son vêtement sombre était décoré de vagues et, derrière elle, un immense disque rond ressemblait à une pleine lune vue à travers l’eau.

Les messagers s’inclinèrent et présentèrent les cadeaux.

Le vieux dragon lut la lettre de l’empereur.

La princesse écouta attentivement.

— J’apprécie que, cette fois, les humains soient venus non pour prendre des trésors, mais pour proposer leur amitié. Les perles n’aiment pas les mains avides. Les offrir à des amis est une autre histoire.

Elle ordonna qu’on apporte trois grosses perles, sept plus petites et un panier rempli de perles de mer ordinaires.

— Remettez-les à votre empereur. Dites-lui ceci : l’eau se souvient de tout ce qu’on y jette, des pierres, des fleurs et même des paroles bienveillantes. Qu’il y ait davantage de paroles bienveillantes entre nos deux mondes.

Ce soir-là, un grand banquet fut organisé dans le palais.

Les plats ne ressemblaient à rien de ce que connaissaient les trois frères. L’un sentait les fleurs, un autre les herbes sucrées, un troisième craquait sous la dent comme une fine couche de sucre.

— Mais où est le riz ? chuchota le plus jeune.

Son frère faillit éclater de rire.

— Dans un palais de dragons, il y a déjà assez de surprises sans avoir besoin de riz.

Au matin, un immense dragon bleu les attendait devant la porte.

— Il vous transportera jusqu’à la rivière qui mène vers la capitale, expliqua le vieil interprète.

Les frères grimpèrent sur son dos.

Un instant, le palais se trouvait encore sous leurs pieds. L’instant suivant, ils traversaient une brume fraîche. Puis le large fleuve Yangzi apparut devant eux, étincelant sous la lumière.

Lorsqu’ils revinrent à la capitale, l’empereur examina les perles.

— Laquelle est la plus précieuse ?

L’érudit souleva l’une des grosses perles. Dans la salle assombrie, elle répandait une douce lumière laiteuse.

— Les anciens récits appellent celle-ci une perle de souhait. Mais n’imaginez pas qu’elle exauce n’importe quel désir. Elle rappelle plutôt qu’il faut choisir ses souhaits avec autant de soin que son chemin dans une grotte inconnue.

Il montra ensuite deux perles plus sombres.

— Celles-ci sont appelées perles de dragon. On raconte qu’elles changent de couleur la nuit.

Puis il prit plusieurs des plus petites.

— Celles-là sont nées dans des coquillages et suivent le rythme de la lune.

Les courtisans restaient sceptiques.

On abaissa les lumières.

Les perles brillèrent réellement de différentes façons : l’une devint blanc argenté, deux autres se teintèrent de reflets bleu profond, tandis que plusieurs petites lancèrent des étincelles vertes et roses.

Tout le monde se tut.

L’empereur ordonna que les présents soient conservés avec la lettre de la Princesse Dragon.

— Ainsi, nous nous souviendrons non de leur richesse, mais de la manière dont ils sont arrivés jusqu’à nous.

Les trois frères furent récompensés pour leur courageux voyage. Le pêcheur ne fut pas oublié non plus.

— Je n’ai rien fait d’extraordinaire, dit-il timidement.

— Vous avez fait le plus important, répondit l’érudit. Vous avez vu une merveille sans chercher à vous l’approprier.

Pendant de nombreuses années, les habitants des rives du lac Dongting racontèrent l’histoire de la grotte menant au palais de la Princesse Dragon.

Mais personne ne se précipita à la recherche de ses trésors.

Car la plus belle partie de cette histoire n’avait jamais été celle des perles.

Elle racontait surtout comment une porte entre deux mondes s’était ouverte pour la première fois non par la force, mais grâce à quelqu’un qui avait eu la politesse de frapper.

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