Couverture : La Reine des neiges

Danemark

La Reine des neiges

Pays
Danemark
Âge
7–12 ans
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La Reine des neiges

Un magicien malveillant fabriqua un jour un étrange miroir. Dans ce miroir, tout ce qui était beau ou bon paraissait minuscule et ridicule, tandis que ce qui était laid ou méchant devenait énorme. Un sourire semblait stupide, une personne généreuse paraissait naïve et une jolie fleur ressemblait à une mauvaise herbe.

Le magicien était très fier de son invention. Ses élèves promenèrent le miroir à travers le monde en riant de la manière dont il déformait tout.

Un jour, ils voulurent l’emporter très haut dans le ciel.

Plus ils montaient, plus le miroir tremblait.

Soudain, il leur échappa, tomba et se brisa en millions de morceaux.

De minuscules éclats se dispersèrent partout.

Quand l’un d’eux entrait dans l’œil d’une personne, celle-ci ne voyait plus que les défauts.

Quand un autre pénétrait dans son cœur, celui-ci devenait froid comme la glace.

Dans une grande ville vivaient deux enfants, Kay et Gerda. Leurs familles habitaient des maisons voisines, si proches qu’ils pouvaient presque se toucher d’une fenêtre à l’autre. Entre les toits, des caisses en bois remplies de rosiers formaient un petit jardin suspendu.

L’été, les deux enfants s’asseyaient près des fleurs, lisaient des livres, écoutaient les histoires de Grand-mère et inventaient mille aventures.

Kay et Gerda s’aimaient comme les plus chers des amis.

Un soir d’hiver, Grand-mère leur parla de la Reine des neiges.

— Elle voyage avec la tempête, racontait-elle. Les flocons tourbillonnent autour d’elle comme de petites abeilles blanches.

Kay regarda la fenêtre couverte de givre.

— Si elle venait ici, je la ferais asseoir près du feu. On verrait bien si elle est vraiment si effrayante.

Gerda éclata de rire.

À ce moment-là, un gros flocon apparut derrière la vitre.

Il sembla grandir jusqu’à prendre l’apparence d’une grande femme vêtue de blanc. Son visage était magnifique, mais parfaitement immobile, comme sculpté dans la glace.

Un instant plus tard, elle avait disparu.

Le printemps revint.

Les roses fleurirent de nouveau.

Un jour, Kay poussa soudain un cri.

— Aïe ! J’ai quelque chose dans l’œil… et quelque chose me fait mal dans la poitrine.

Gerda se précipita vers lui, mais ne vit rien.

Elle ignorait que deux minuscules éclats du miroir enchanté avaient atteint Kay : l’un dans son œil, l’autre dans son cœur.

À partir de ce jour, Kay commença à changer.

— Ces roses sont ridicules, dit-il. Celle-ci est tordue, et celle-là a une tache.

— Mais hier, tu les aimais, répondit Gerda.

— Hier, je ne regardais pas correctement.

Il se mit à se moquer des histoires de Grand-mère, à imiter les voisins et à rire quand Gerda se sentait blessée.

Il préférait désormais les flocons aux formes parfaites, les lignes droites et les dessins glacés.

L’hiver revint.

Les garçons de la ville attachaient leurs petites luges derrière de grands traîneaux et glissaient dans les rues.

Un jour, Kay aperçut un magnifique traîneau blanc. Une silhouette enveloppée de fourrure y était assise au milieu d’un nuage de neige brillante.

Kay attacha sa petite luge derrière le traîneau.

Le traîneau blanc accéléra.

— Arrêtez ! cria Kay.

Mais la ville était déjà loin derrière lui.

Le vent sifflait.

Kay essaya de détacher la corde, sans y parvenir.

La silhouette se retourna.

C’était la Reine des neiges.

— Tu as froid ? demanda-t-elle.

Elle posa un doigt sur son front.

Le froid traversa Kay, mais après cela il ne sentit presque plus le gel.

Elle l’embrassa une deuxième fois.

Les souvenirs de Gerda, des roses et de la maison devinrent lointains, presque irréels.

La Reine des neiges l’emporta vers le nord.

Dans la ville, tout le monde chercha Kay.

Le printemps arriva, mais il ne revint pas.

Gerda refusait de croire qu’il avait disparu pour toujours.

— Il est vivant, disait-elle. Je vais le retrouver.

Elle enfila ses chaussures les plus solides et se rendit près de la rivière.

— Rivière, as-tu emporté Kay ? Si tu sais où il est, aide-moi.

Elle s’assit dans une petite barque amarrée au bord de l’eau.

La corde se détacha et le courant l’emporta.

Gerda eut d’abord très peur.

Puis elle pensa :

« Peut-être que la rivière me montre le chemin. »

Bientôt, elle arriva près d’une petite maison entourée d’un jardin magnifique.

Une vieille femme y vivait et connaissait un peu la magie.

Elle donna à manger à Gerda et lui peigna les cheveux.

La vieille femme apprécia tellement sa jeune visiteuse qu’elle souhaita la garder auprès d’elle.

Avec un peigne enchanté, elle lui fit oublier pendant quelque temps celui qu’elle cherchait.

Dans le jardin, c’était toujours l’été.

Tulipes, lys, campanules et coquelicots fleurissaient partout.

Seules les roses avaient disparu, car la vieille femme les avait cachées.

Un jour, Gerda remarqua une rose peinte sur le chapeau de son hôtesse.

— Des roses ! Où sont les roses de votre jardin ?

Elle se mit à chercher.

Une larme tomba sur la terre.

Aussitôt, un rosier surgit du sol.

Gerda se souvint de tout.

— Kay ! Je cherche Kay !

Elle quitta le jardin et reprit sa route.

Dehors, l’automne était déjà arrivé.

Gerda comprit combien de temps elle avait perdu.

Dans un champ, elle rencontra un corbeau noir.

— Croa ! Qui cherches-tu ? demanda-t-il.

Gerda lui raconta l’histoire de Kay.

— Peut-être ai-je vu ton garçon, répondit le corbeau. Un jeune homme très intelligent est récemment arrivé au palais et a épousé la princesse.

Le cœur de Gerda se remplit d’espoir.

Le corbeau l’aida à entrer au palais.

La nuit, elle leva une lampe au-dessus du visage du jeune prince.

Ce n’était pas Kay.

Gerda se mit à pleurer.

Le prince et la princesse se réveillèrent.

En entendant son histoire, ils ne se mirent pas en colère.

Ils lui donnèrent des vêtements chauds, de la nourriture et une voiture afin qu’elle puisse continuer son voyage.

Dans la forêt, des brigands arrêtèrent la voiture.

Ils prirent les chevaux et les objets précieux, puis emmenèrent Gerda jusqu’à leur campement.

Parmi eux se trouvait une fille de son âge.

Elle était audacieuse, brusque et habituée à donner des ordres.

— Tu dormiras près de moi, dit-elle. Et tu vas me raconter pourquoi tu voyageais seule dans cette forêt.

Gerda lui parla de Kay.

Un renne enfermé non loin entendit l’histoire.

— Je connais la Reine des neiges, dit-il. Son palais se trouve très loin au nord, en Laponie. Peut-être que ton ami est là-bas.

La fille des brigands fronça les sourcils.

— Si c’est vrai, tu dois y aller.

Elle ouvrit l’enclos.

— Cours, Renne. Emmène Gerda vers le nord. Et ne la perds pas !

Elle donna à Gerda des moufles chaudes et de la nourriture.

Le renne courut jour et nuit.

Les forêts devinrent plus rares.

Le pays se couvrit de blanc.

Le ciel semblait immense.

Enfin, ils atteignirent la cabane d’une femme lapone.

Elle écouta Gerda et écrivit un message à une sage Finlandaise.

La maison de la Finlandaise était si chaude que les joues de Gerda devinrent immédiatement roses.

— Donnez-lui la force de douze guerriers, supplia le renne. Ainsi, elle pourra vaincre la Reine des neiges.

La Finlandaise secoua la tête.

— Je ne peux pas lui donner une force plus grande que celle qu’elle possède déjà.

— Quelle force ? demanda le renne.

— Elle a traversé la moitié du monde, non pour de l’or ni pour la gloire, mais parce qu’elle aime son ami et refuse de l’abandonner. C’est cette force qui la porte depuis le début.

Elle leur expliqua la route vers le royaume de la Reine des neiges.

Le renne emmena Gerda plus loin.

Mais à la frontière du pays glacé, la tempête devint trop violente.

— Tu dois continuer seule, dit-il avec tristesse.

Gerda resta dans la neige.

Dans sa précipitation, elle avait même oublié ses moufles.

Les flocons autour d’elle semblaient prendre la forme d’animaux blancs et de cavaliers étranges.

Gerda avait peur, mais elle ne fit pas demi-tour.

Elle se rappela tout ce qu’elle connaissait de bon : les prières de Grand-mère, les roses entre les fenêtres, le rire de Kay pendant l’été.

Il lui sembla que des silhouettes lumineuses marchaient à ses côtés et la protégeaient du vent glacé.

Les créatures de neige s’écartèrent.

Le palais apparut devant elle.

À l’intérieur, il n’y avait ni feu chaleureux ni pièce confortable.

Les murs étaient faits de neige et d’immenses salles brillaient sous une froide lumière du nord.

Au centre se trouvait un lac gelé, brisé en milliers de morceaux parfaitement réguliers.

Kay était assis là.

Il était pâle de froid, mais ne s’en rendait même pas compte.

Devant lui, des morceaux de glace étaient disposés en formes et en mots.

La Reine des neiges lui avait dit :

— Lorsque tu réussiras à former le mot ÉTERNITÉ, tu seras libre.

Kay essayait depuis très longtemps.

La Reine des neiges était absente. Elle parcourait des pays plus chauds pour répandre de la neige sur les sommets des montagnes.

— Kay ! cria Gerda.

Le garçon releva la tête.

Il la regarda sans la reconnaître.

— Qui es-tu ?

Le cœur de Gerda se serra.

Elle courut vers lui et le prit dans ses bras.

— C’est moi, Gerda. Je te cherche depuis si longtemps.

Elle se mit à pleurer.

Ses larmes chaudes tombèrent sur la poitrine de Kay et semblèrent faire fondre l’éclat du miroir enfermé dans son cœur.

Kay commença lui aussi à pleurer.

Une larme emporta le deuxième éclat hors de son œil.

Il regarda Gerda.

Pour la première fois depuis longtemps, il la vit vraiment.

— Gerda…

Tout lui revint : les petites fenêtres, les roses, Grand-mère, les journées d’été.

— Gerda ! Où étais-tu ? Et moi… où étais-je ?

Ils rirent et pleurèrent ensemble.

Autour d’eux, les morceaux de glace commencèrent à bouger.

Ils glissèrent sur le lac gelé et tournoyèrent comme dans une danse.

Puis, d’eux-mêmes, ils formèrent le mot :

ÉTERNITÉ.

Kay était libre.

Les deux enfants se prirent par la main et quittèrent le palais.

Sur le chemin du retour, le renne, la femme lapone et la sage Finlandaise les aidèrent de nouveau.

Gerda pensa à la fille des brigands et sourit en l’imaginant déjà partie vers une nouvelle aventure.

Lorsque Kay et Gerda revinrent dans leur ville, le printemps était là.

Ils montèrent le vieil escalier et retrouvèrent les fenêtres familières.

Des caisses de roses se trouvaient de nouveau entre les deux maisons.

Grand-mère était assise près de la fenêtre en train de lire.

— Vous êtes revenus, dit-elle en les serrant dans ses bras.

Kay et Gerda s’assirent près des roses.

Ils remarquèrent soudain qu’ils avaient grandi.

Le voyage les avait changés.

Pourtant, lorsqu’ils se regardaient, ils voyaient toujours les mêmes amis précieux qui, autrefois, étaient assis là à écouter des histoires.

Kay toucha une rose.

— Elle est belle, dit-il.

Gerda sourit.

Et cette fois, aucun miroir déformant ne pourrait lui faire croire le contraire.

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