

Portugal
La tige de chou
- Pays
- Portugal
- Âge
- 7–10 ans

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La tige de chou
Au bord d’un petit village portugais se trouvait une maison modeste entourée d’un potager. La famille qui y vivait n’avait pas beaucoup d’argent, mais chaque plate-bande était soignée comme un jardin royal. La fille de la maison aimait particulièrement le potager. Elle arrosait les haricots, attachait les tomates, ameublissait la terre autour des oignons et allait chaque matin voir ce qui avait changé pendant la nuit. Elle était surtout fière d’un chou. Il poussait d’une manière incroyable. Ses feuilles devinrent d’abord plus larges qu’une assiette. Puis sa tige dépassa son genou, sa taille et finit presque à sa hauteur. — Que vas-tu devenir ? riait-elle en l’arrosant. Un clocher ? Un matin, elle remarqua quelque chose d’étrange. Entre les feuilles se trouvaient de petites marches. Elles ne montaient pas. Elles descendaient directement sous la terre. La jeune fille toucha la première. Solide. La deuxième aussi. — Je vais seulement regarder où cela mène. Elle descendit. La lumière du jour devint verte et lointaine au-dessus de sa tête. Plus bas apparut une lueur dorée. Au bout de l’escalier se trouvait un palais souterrain. Il n’était ni sombre ni inquiétant. Des lampes brillaient. Des pierres colorées scintillaient sur les murs. Une fontaine murmurait. Une table était dressée avec du pain, des fruits, du fromage, du miel et une soupe chaude. — Il y a quelqu’un ? Personne ne répondit. Une petite plaque indiquait : « Pour le visiteur venu avec un bon cœur. » La jeune fille hésita. Puis elle mangea un peu et remercia à voix haute le maître inconnu. Elle revint le lendemain. Puis le jour suivant. Elle aimait le palais silencieux. Parfois, un nouveau livre l’attendait. Parfois, des fleurs fraîches. Parfois, une musique lointaine. Un soir, elle resta plus longtemps. Fatiguée, elle s’endormit sur un canapé. Un léger bruit la réveilla. Dans un coin se tenait une grande créature couverte de fourrure sombre, aux longs bras et aux yeux tristes. La jeune fille eut peur. La créature recula aussitôt. — Ne crains rien. Je ne te ferai aucun mal. — Est-ce ton palais ? — Il était autrefois ma maison. Maintenant, il est devenu ma cachette. — Qui es-tu ? — Un humain sous un ancien sort. Tant qu’il dure, je garde cette apparence. Je ne te demande pas de me croire immédiatement. Je demande seulement que tu ne racontes à personne ce que tu as vu ici. Si le secret est découvert avant le moment prévu, le chemin entre nos mondes disparaîtra. La jeune fille promit. À partir de ce jour, ils parlèrent souvent. Elle racontait le village, le potager et les poules qui se disputaient chaque matin la même place au soleil. Le maître du palais parlait de villes lointaines, de mers et de livres. La jeune fille comprit vite que son apparence étrange ne disait rien de son caractère. Il était attentif, un peu timide et aimait entendre les gens rire. Sa mère finit par remarquer les absences. — Où vas-tu ? — Me promener près du jardin. — Pendant une demi-journée ? La jeune fille ne voulait pas mentir, mais elle ne voulait pas non plus briser sa promesse. Un soir, sa mère la suivit. Elle vit les marches dans la tige du chou et descendit. Dans la salle sombre, le maître enchanté dormait. La mère eut peur. Elle alluma une bougie et s’approcha. — Maman, non ! murmura sa fille. Trop tard. Quelques gouttes de cire chaude tombèrent au sol. La salle s’emplit d’une lumière blanche. Lorsque l’éclat disparut, la créature sombre avait disparu. À sa place se tenait un jeune prince. — Le sort a changé, dit-il. J’ai retrouvé ma forme, mais je dois maintenant quitter ce palais. C’était la condition : si le secret était révélé trop tôt, la route jusqu’à moi se fermerait. — Est-ce ma faute ? demanda la jeune fille. — Non. Tu as tenu ta promesse. Ta mère a agi par peur pour toi, non par méchanceté. Le palais commença à pâlir. Le prince lui donna un bâton et une paire de chaussures de fer. — Si tu veux me retrouver, elles te guideront. Mais le chemin sera long. Lorsque leurs semelles seront usées, tu seras proche. — Et si je ne pars pas ? — Ce sera aussi ton choix. Je ne veux pas que tu voyages par obligation. Tout disparut comme du brouillard. La jeune fille se retrouva dans son potager. La tige du chou n’avait plus de marches. Pendant quelques jours, elle reprit sa vie ordinaire. Mais chaque musique lointaine lui rappelait son ami disparu. Finalement, elle dit à ses parents : — Je veux partir. Pas parce que je dois. Je veux savoir s’il va bien. Sa mère la serra dans ses bras. — Alors pars. Et reviens si tu sens que cette route n’est plus la tienne. La jeune fille enfila les chaussures de fer et prit son bâton. Elle marcha à travers vignobles, villages et collines. Elle traversa des ponts, dormit dans des auberges, aida des gens et reçut de l’aide en retour. Dans un village de montagne, une vieille fileuse l’interrogea : — Tu vas loin ? — Jusqu’à ce que mes chaussures de fer soient usées. La vieille femme écouta son histoire. — J’ai entendu parler d’un palais derrière trois cols. Un prince vient d’y revenir après une longue disparition. On parle déjà d’un grand accueil et d’un possible accord avec un royaume voisin. Le cœur de la jeune fille se serra. — Alors j’arrive trop tard ? — Je ne sais pas. Mais si tu as marché si loin, il vaut mieux entendre sa réponse de sa bouche plutôt que croire les rumeurs. La fileuse lui donna un petit fuseau doré, une bobine de fil fin et une pierre brillante. — Pas pour devenir riche. Un bel objet ouvre parfois une porte. Après cela, ce sont les paroles qui doivent faire le reste. Quelques jours plus tard, les semelles de fer étaient fines comme des feuilles. Le palais apparut derrière la colline. À la porte, la jeune fille demanda qu’on annonce au prince qu’une vieille connaissance le cherchait. Les gardes refusèrent. — Une grande réception se prépare. Sans invitation, personne ne passe. Elle s’assit près des portes et commença à filer avec le fuseau d’or. La fille d’un roi voisin, invitée au palais, remarqua l’objet. — Je veux l’acheter. — Il n’est pas à vendre. Mais je le donnerai en échange de dix minutes de conversation avec le prince, en présence d’une servante du palais. La demande semblait étrange mais sans danger. On accepta. Malheureusement, le prince était en conseil. Le temps s’écoula dans l’antichambre. Le lendemain, la jeune fille proposa la bobine d’or avec la même condition. Cette fois, on la conduisit à la bibliothèque. Mais un messager appela le prince avant leur rencontre. Au troisième soir, elle n’avait plus que la petite pierre dorée. Un vieux serviteur passa. — Tu attends quelqu’un depuis trois jours ? — Oui. — Que veux-tu lui dire ? Elle regarda ses chaussures usées. — Seulement que je suis venue. Après cela, il décidera lui-même. Le serviteur l’observa. — Attends ici. Dans la nuit, le prince sortit lui-même. La jeune fille se leva si vite que son bâton tomba. Il regarda les chaussures de fer, le manteau usé. — Tu es réellement venue. — Oui. — Pourquoi ne m’a-t-on rien dit ? — Les palais ont peut-être trop de portes et pas assez de gens qui écoutent. Il rit exactement comme autrefois dans la salle souterraine. Ils parlèrent longtemps. La jeune fille apprit qu’aucun mariage n’était décidé. Des familles discutaient d’une alliance, mais le prince n’avait donné aucune promesse. — Je ne voulais pas engager ma vie auprès d’une personne que je connaissais à peine. Et je me demandais si tu trouverais la route. Mais j’avais peur que te demander de venir soit injuste. — Moi, j’avais peur de marcher pour rien. — Nous avons donc beaucoup eu peur et très peu parlé. — On peut réparer cela. Et ils commencèrent par là. Il n’y eut pas de mariage immédiat le lendemain. La jeune fille resta quelque temps comme invitée. Elle vit comment le prince se comportait dans la vie ordinaire, non dans un palais enchanté. Lui découvrit qu’elle préférait le jardin, les conversations honnêtes et la liberté de choisir à toute la splendeur. Après du temps, ils comprirent tous les deux qu’ils voulaient continuer ensemble. Au printemps, la jeune femme retourna voir ses parents avec un petit sac de graines. — Qu’est-ce que c’est ? demanda sa mère. — Du chou. Sa mère ouvrit de grands yeux. — Du chou ordinaire ? La jeune femme réfléchit et sourit. — Je l’espère vraiment. Les choux poussèrent verts, juteux et parfaitement ordinaires. Aucun escalier ne descendit sous terre. Même si, de temps en temps, la jeune femme regardait les tiges avec un peu plus d’attention que tout le monde.
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