

Géorgie
Le berger juge
- Pays
- Géorgie
- Âge
- 6–9 ans

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Le berger juge
Dans une région montagneuse régnait un roi conseillé par quatre hommes importants. Lorsque des habitants se disputaient, ces conseillers examinaient l’affaire et décidaient qui avait raison. Un jour, ils rédigèrent une très longue décision. Les phrases étaient compliquées, les sceaux magnifiques, mais un simple berger venu au palais pensa qu’il y manquait une chose : la justice. Le roi remarqua son expression. — Et toi, que penses-tu de la décision de mes conseillers ? Le berger hésita. — Si vous me permettez de parler franchement, Majesté : il y a beaucoup de beaux mots, mais ils conduisent dans la mauvaise direction. Le plus pauvre perd seulement parce que l’autre est riche et parle plus fort. — Et comment jugerais-tu l’affaire ? Le berger prit une feuille. En quelques phrases simples, il expliqua ce qui s’était réellement passé, où se trouvait la vérité et où commençait la ruse. Le roi lut. — Tu vois l’essentiel mieux que des hommes qui travaillent au tribunal depuis des années. Deviens mon juge. Le berger secoua la tête. — Juger est difficile. Les yeux peuvent tromper. On voit une robe coûteuse et on imagine une personne importante. On voit une veste rapiécée et on se comporte déjà autrement. Si je dois juger, laissez-moi porter un bandeau pendant les audiences. Je veux entendre seulement les paroles et les preuves. Le roi accepta. On donna au nouveau juge une salle simple et lumineuse. Sur sa table se trouvaient une balance, symbole d’égalité, et des feuilles pour son greffier. Sa réputation se répandit. Riches et pauvres, jeunes et vieux venaient le voir. Il laissait chacun parler. Puis il demandait toujours : — Qu’est-ce qui s’est réellement passé ? Pas ce que pensent les voisins. Pas qui de vous est le plus riche. Qu’est-ce qui s’est passé ? Un matin, un homme et une femme entrèrent. L’homme tenait un veau par une corde. La femme avait les larmes aux yeux. — Ce veau est à moi ! affirma l’homme. Je passais devant la cour de cette femme sur ma mule. Le veau s’est approché de ma mule et l’a suivie. Il m’appartient donc. Le juge, les yeux bandés, demanda : — Que dites-vous ? — J’ai une vache et ce veau est le sien. Je l’ai élevé depuis sa naissance. Lorsque cet homme s’est arrêté près de chez moi, le petit animal s’est approché par curiosité. Il a décidé qu’il pouvait simplement l’emmener. L’homme toussa et poussa discrètement un petit sac vers le greffier. — Donnez ceci au juge. C’est un remerciement pour la bonne décision. Le greffier regarda le sac puis dit à voix haute : — Monsieur le juge, cet homme veut vous offrir un cadeau. La salle devint silencieuse. Le berger retira son bandeau. — Un cadeau d’amitié se donne après une bonne action. Un cadeau destiné à obtenir un verdict porte un autre nom. Reprenez-le. Puis il remit le bandeau. — Vous affirmez que le veau est à vous parce qu’il a suivi votre mule ? — Exactement. — Une mule peut-elle donner naissance à un veau ? L’homme hésita. — Non. — Avez-vous déjà vu une mule avec son veau ? — Non. — Alors l’affaire est simple. Si ce veau est né de la vache de cette femme et qu’une mule ne peut être sa mère, il appartient à la propriétaire de la vache. Rendez-le. La femme posa une main sur son cœur, soulagée. Le veau tira lui-même vers la porte où sa mère l’attendait. Les gens sourirent. Le juge ajouta : — Quand une affaire semble compliquée, il suffit parfois de mettre de côté les grands discours et de poser la question la plus simple. L’homme eut honte. Il reprit son sac. — J’ai compris. L’histoire se répandit dans le pays. On disait que le berger juge ne regardait ni les ceintures d’or, ni les chapeaux coûteux, ni les chaussures usées. Il regardait seulement l’affaire. Un jour, le roi lui demanda : — Pourquoi gardes-tu ton bandeau ? Tout le monde sait déjà que tu n’acceptes pas les pots-de-vin. Le berger sourit. — Il n’est pas pour les autres, Majesté. Il est pour moi. Il me rappelle que la justice commence lorsqu’on refuse de juger selon l’apparence. Il continua ainsi pendant de nombreuses années. Et lorsque quelqu’un essayait de l’impressionner avec sa richesse ou son rang, il touchait simplement son bandeau. — Devant la vérité, tout le monde se tient à la même hauteur. C’est ainsi qu’un simple berger devint le juge le plus respecté du royaume. Non parce qu’il connaissait le plus de lois, mais parce qu’il savait écouter, réfléchir et ne vendait jamais sa décision à l’or ou à la flatterie.
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