Couverture : Le bon à rien qui étonna tout le monde

Géorgie

Le bon à rien qui étonna tout le monde

Pays
Géorgie
Âge
7–10 ans
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Le bon à rien qui étonna tout le monde

Dans un village géorgien vivait un homme que les voisins avaient surnommé « Bon à rien ». Il n’était ni méchant ni stupide. Il ne se pressait simplement jamais, ne se vantait pas et réfléchissait parfois longtemps avant de commencer une tâche. Aux yeux des autres, cela suffisait pour le juger inutile. Même sa femme disait parfois : — Il faut que quelque chose change. Nous avons à peine de quoi vivre. Un matin, l’homme prit un peu de pain dans un sac. — Je vais voir ce que le monde peut m’apprendre. Il franchit une montagne, puis une deuxième, puis une troisième. Au-delà de la neuvième, il trouva une grande maison de pierre. À l’intérieur, plusieurs devis, des géants des vieux contes géorgiens, étaient assis autour d’un feu. L’homme les salua poliment. — Bonsoir. Puis-je me réchauffer près de votre feu ? Les géants échangèrent un regard. — Un invité qui arrive avec une bonne parole peut s’asseoir. Il resta quelques jours chez eux. Il remarqua bientôt une chose étonnante. Lorsqu’ils avaient faim, les devis posaient sur la table une petite pierre lisse. — Que le dîner apparaisse. Aussitôt, pain, fromage, légumes, fruits et plats chauds remplissaient la table. « Avec une pierre pareille, ma famille n’aurait plus jamais faim », pensa l’homme. La nuit, il ne réussit pas à dormir. « La demander ? Ils refuseront peut-être. La prendre ? Ce serait malhonnête. » La tentation fut pourtant la plus forte. Lorsque tout le monde dormit, il prit la pierre et s’approcha de la porte. La porte grinça très fort : — Notre invité emporte la pierre des autres ! Les devis se réveillèrent. L’homme remit la pierre et fit semblant de dormir. La même chose se produisit la nuit suivante. Puis encore une fois. Finalement, les géants, irrités par la porte bruyante, la démontèrent et la laissèrent dehors. — Enfin un peu de silence. La nuit suivante, l’homme réussit réellement à partir avec la pierre. Le matin, les devis comprirent. — Quel invité obstiné ! dit l’aîné. Il a même réussi à vaincre notre porte. Mais le voyageur ne se sentait pas aussi heureux qu’il l’avait imaginé. La pierre était légère dans sa poche. Pourtant, chaque pas semblait lui demander : « Tu as pris ce qui ne t’appartenait pas ? » Sur la route, il rencontra un homme portant un gros bâton. — Ami, partagerais-tu ton pain ? Le voyageur posa la pierre. — Qu’un repas apparaisse pour deux. Une nappe et un dîner surgirent devant eux. L’inconnu ouvrit de grands yeux. — Échangeons. Je te donne mon bâton, tu me donnes la pierre. — Que sait faire ton bâton ? — Si tu dis : « Arrête, bâton ! », il ne frappe personne. Il se place simplement en travers de la route de celui qui veut te faire du mal. Ils firent l’échange. Puis, après quelques pas, l’homme regrettait déjà la pierre. — Arrête, bâton ! Le bâton se coucha devant l’autre voyageur. Celui-ci éclata de rire. — Je vois que tu as compris ton nouveau cadeau. Ils discutèrent honnêtement. Finalement, ils se rendirent leurs objets, puis conclurent un meilleur accord : le premier donna plusieurs repas grâce à la pierre, et l’autre lui offrit le bâton pour le remercier de son hospitalité. Plus loin, il rencontra un voyageur portant une vieille épée. — Elle n’est pas faite pour combattre, expliqua l’homme. Elle coupe les cordes, les filets, les broussailles et tout ce qui retient quelqu’un injustement. Le voyageur le nourrit. En remerciement, il reçut l’épée. Enfin, un troisième homme possédait un morceau de feutre enchanté. — Pose-le sur un objet cassé et il le répare : une cruche, un sac, une roue… Après un bon dîner et une longue conversation, le feutre fut offert lui aussi. Le voyageur revint chez lui. — Regarde ce que j’ai rapporté. Sa femme vit un bâton, une vieille épée et un morceau de feutre. — C’est tout ? Il sourit. — Presque. Il posa la pierre sur la table. — Qu’un dîner apparaisse pour toute la famille. La table se couvrit de nourriture. Les enfants applaudirent. Sa femme resta silencieuse. — Je me trompais peut-être lorsque je pensais que tu étais incapable de quoi que ce soit. — Et moi, je me suis trompé en croyant que l’intelligence suffisait. J’ai pris cette pierre sans permission. Depuis, elle est plus lourde dans ma poche qu’une montagne. Il décida de la rendre. Mais le lendemain, le gouverneur local apprit l’existence de la pierre et arriva avec des gardes. — Un objet pareil doit appartenir au palais. — Pourquoi ? — Parce que je gouverne ce pays. — Ce n’est pas une très bonne raison. Le gouverneur ordonna de saisir la pierre. L’homme leva son bâton. — Arrête, bâton ! Le bâton se plaça devant le portail. Les gardes ne purent passer. On voulut alors attacher le voyageur. L’épée sortit de son fourreau et coupa proprement les cordes. Dans la confusion, une roue du chariot du gouverneur se brisa. L’homme la couvrit du feutre. La roue redevint entière. Les gardes s’arrêtèrent. — Vous voyez ? Ces objets peuvent servir à aider. Pourquoi vouloir les transformer en armes ? Le gouverneur rougit. — Je veux quand même la pierre. — Alors asseyons-nous et parlons. L’homme posa la pierre. — Qu’il y ait un repas pour tout le monde. Une longue table apparut. Les gardes, les enfants et même le gouverneur eurent une place. Pendant le repas, l’homme raconta d’où venait la pierre. — Donc elle n’est même pas à toi ? demanda le gouverneur. — Exactement. Je vais la rendre. — Pourquoi ne pas la garder ? Tu pourrais devenir le plus riche de la région. — Si une chose vous oblige sans cesse à craindre que quelqu’un vous la vole, elle ne vous rend déjà plus riche. Le gouverneur réfléchit. Le lendemain, l’homme franchit de nouveau les neuf montagnes. Il posa la pierre sur la table des devis. Les géants le regardèrent sévèrement. — Tu es revenu ? — Oui. Et je rapporte ce que j’ai pris sans permission. — Pourquoi ? — Parce que la ruse peut gagner une journée. La confiance aide à vivre longtemps. Les devis échangèrent un regard. L’aîné sourit. — Nous voyons rarement quelqu’un rapporter volontairement ce qu’il aurait pu garder. Il poussa la pierre vers l’homme. — Maintenant, prends-la. — Vraiment ? — Cette fois, avec notre permission. Utilise-la pour qu’aucune personne affamée près de toi ne reste sans repas. L’homme rentra au village. Peu à peu, on cessa de l’appeler « Bon à rien ». Quand une roue cassait, le feutre aidait. Quand un animal se prenait dans des cordes, l’épée les coupait. Quand quelqu’un tentait de prendre quelque chose de force, le bâton barrait calmement la route. Et lorsque des voyageurs affamés arrivaient, la pierre apparaissait sur la table. Avec le temps, les gens oublièrent complètement son ancien surnom. Car « bon à rien » signifie parfois seulement : « n’a pas encore découvert ce qu’il peut apporter au monde ».

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