Couverture : Le Briquet

Danemark

Le Briquet

Pays
Danemark
Âge
7–11 ans
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Le Briquet

Un soldat rentrait chez lui après une longue période de service. Il marchait gaiement, même si son sac était léger et sa bourse presque vide. Près d’un vieil arbre creux se tenait une femme vêtue d’un manteau sombre. — Soldat, veux-tu gagner autant d’argent que tu peux en porter ? Il s’arrêta. — Cela semble trop beau pour être vrai. Elle lui montra l’arbre. — À l’intérieur se trouve une salle souterraine avec trois chambres et trois coffres. Dans le premier, du cuivre. Dans le deuxième, de l’argent. Dans le troisième, de l’or. Tu peux prendre ce que tu veux. — Et toi, que veux-tu ? — Un vieux briquet à amadou qui se trouve là-dessous. La femme attacha une corde autour de lui et le descendit. La première chambre était éclairée par de petites lampes. Près du coffre se tenait un chien dont les yeux étaient aussi gros que des tasses. Le soldat se figea. — Bonsoir. Je ne resterai pas longtemps. Un vieux tablier était posé près de lui. Le soldat l’étendit, le chien s’y assit docilement et le coffre s’ouvrit. Il contenait des pièces de cuivre. Dans la deuxième salle, un chien encore plus grand gardait de l’argent. Dans la troisième, le plus énorme de tous veillait sur l’or. Le soldat remplit ses poches et son sac. — Cela suffit. Sinon je ne pourrai même plus remonter. Dans un coin, il trouva le vieux briquet. De retour à la surface, la femme tendit aussitôt la main. — Donne-le-moi. Le soldat se méfia. — D’abord, dis-moi pourquoi il est si important. — Cela ne te regarde pas. Ils discutèrent. Finalement, la femme se fâcha. — Garde-le donc ! Elle partit. Le soldat rejoignit la ville. Pendant plusieurs jours, il vécut comme un homme extrêmement riche. Il acheta de beaux vêtements, loua une grande chambre et régala de nouveaux amis. Mais s’il ne fait que sortir de la bourse, même l’or finit par disparaître. Bientôt, il dut s’installer dans une petite chambre sous les toits. Un soir, il n’avait même plus de bougie. Il se souvint du vieux briquet. — Au moins, il pourra m’aider à faire une étincelle. Il le frappa une fois. La porte s’ouvrit. Le chien aux yeux de tasse entra. — Que désirez-vous ? Le soldat faillit laisser tomber le briquet. — Apporte-moi un peu d’argent. Le chien revint avec des pièces de cuivre. Deux coups firent venir le deuxième chien avec de l’argent. Trois coups firent apparaître le grand chien avec de l’or. — Voilà donc le secret ! Cette fois, le soldat essaya de vivre plus prudemment. Il dépensa, mais garda aussi une réserve et partagea parfois avec ceux qui en avaient besoin. Il entendait souvent parler d’une princesse vivant dans un grand château de cuivre. Ses parents la protégeaient exagérément parce qu’une ancienne prédiction affirmait qu’elle choisirait un jour quelqu’un qui n’était pas de sang royal. — Étrange manière de protéger quelqu’un, pensa le soldat. Elle vit comme dans une cage. Une nuit, sa curiosité fut trop forte. Il fit apparaître le premier chien. — Je voudrais seulement voir la princesse sans lui faire peur. Le chien le conduisit jusqu’au balcon du château. À travers une fenêtre ouverte, le soldat vit la jeune femme endormie, un livre près d’elle. Il allait repartir lorsqu’elle se réveilla. — Qui êtes-vous ? Le soldat répondit honnêtement : — Quelqu’un qui a laissé sa curiosité l’amener trop loin. Je n’avais pas le droit de venir sans permission. Je vais partir. La princesse fut surprise. — Attendez. Vous êtes le premier à arriver ici sans vanter votre titre ni me demander quoi que ce soit. Ils parlèrent quelques minutes. Puis le soldat repartit. Le lendemain, la princesse raconta tout à ses parents. Le roi se mit en colère. Des gardes suivirent discrètement le visiteur la nuit suivante et l’arrêtèrent. Le soldat fut enfermé dans une tour en attendant le jugement. Son briquet était resté à l’auberge. Le matin, il vit un jeune apprenti cordonnier passer sous la fenêtre. — Hé ! Veux-tu gagner quelques pièces ? Apporte-moi le vieux briquet dans ma chambre. Le garçon revint juste à temps. Sur la place, le roi, la reine, les conseillers et les habitants étaient réunis. — Tu es entré dans le château sans autorisation, dit le roi. — Oui. Je ne nie pas ma faute. Le soldat demanda seulement : — Puis-je frapper une fois mon briquet avant que vous décidiez ? Le roi accepta. Le soldat le frappa une fois. Puis deux. Puis trois. Les trois chiens apparurent. Tout le monde recula. — Ne faites de mal à personne, dit aussitôt le soldat. Protégez-moi seulement pendant que nous parlons. Le plus grand chien s’assit entre lui et les gardes. Le deuxième prit délicatement leurs armes et les empila. Le troisième sauta sur la table des conseillers, envoyant voler les papiers. Les habitants éclatèrent de rire. La princesse dit : — Père, j’ai aussi quelque chose à dire. Il est venu sans permission, oui. Mais lorsque je me suis réveillée, il est parti. Et maintenant qu’il possède une grande force, il lui ordonne de ne blesser personne. Le roi demanda au soldat : — Que veux-tu ? Autrefois, il aurait demandé beaucoup d’or. Cette fois, il répondit : — Ma liberté. Et davantage de liberté pour la princesse, afin qu’elle puisse choisir qui rencontrer et comment vivre. Le roi resta silencieux. Puis il soupira. — Il est peut-être temps de revoir certaines anciennes règles. Le soldat fut libéré. La princesse commença à sortir davantage, à connaître sa ville et à prendre ses propres décisions. Le soldat resta son ami. Avec le temps, leur relation devint plus profonde, mais aucun d’eux ne força l’autre à aller plus vite. Le briquet, lui, resta dans une simple boîte en bois. Le soldat l’utilisait rarement. Il avait compris qu’avoir le pouvoir de faire quelque chose ne signifie pas qu’il faut le faire chaque fois qu’on le peut. Et les trois chiens magiques semblaient l’apprécier davantage pour cela.

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