Couverture : Le carabao et le coquillage

Philippines

Le carabao et le coquillage

Pays
Philippines
Âge
5–9 ans
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Le carabao et le coquillage

Par une journée brûlante, un carabao vint se rafraîchir dans la rivière. Le carabao, grand buffle d’eau, était puissant et très fier de ses jambes solides. Sur une pierre mouillée reposait un petit coquillage de rivière. — Bonjour, Carabao. Le buffle regarda autour de lui. — Qui parle ? — Moi. Il baissa la tête. — Toi ? Si petit ? — Et alors ? Le carabao rit. — Je me demande combien de temps il te faut pour aller quelque part. Pendant que tu avances d’une pierre, je pourrais faire trois fois le tour du champ. — Tu en es sûr ? — Évidemment. — Alors faisons une course. Le carabao éclata de rire. Ils convinrent de courir le long de la rivière jusqu’à un grand arbre au loin. — Prêt ? — Prêt. Le buffle partit comme une flèche. La terre trembla sous ses sabots. Après un long moment, persuadé d’avoir laissé son adversaire très loin, il s’arrêta. — Coquillage ! Où es-tu ? Une voix répondit tout près : — Je suis ici ! Sur une pierre se trouvait un coquillage. Ce n’était pas le même. De nombreux coquillages vivaient le long de la rivière et tous avaient entendu les moqueries du carabao. Mais lui l’ignorait. Stupéfait, il repartit encore plus vite. Plus loin : — Coquillage ! — Je suis ici ! Le buffle ouvrit de grands yeux. Il recommença. À chaque pause, une voix l’attendait déjà plus loin. — Je suis ici ! Le carabao se mit en colère. « Je ne peux pas perdre contre un minuscule coquillage ! » Il ne remarquait plus le soleil, la poussière ni ses jambes lourdes. Son souffle devint bruyant. Pourtant, il voulut continuer. — Encore un peu. Il faut que je gagne. Une petite voix demanda : — Pourquoi ? Le carabao s’arrêta. — Pourquoi quoi ? — Pourquoi continuer si tu tiens à peine debout ? Il voulut répondre, mais s’effondra simplement dans l’herbe, épuisé. Un coquillage s’approcha. Puis un autre. Puis encore un. Bientôt, toute une ligne apparut le long de l’eau. Le carabao comprit. — C’était vous tous ? — Oui. — Vous m’avez trompé ! — Nous avons utilisé quelque chose que tu refusais d’imaginer : de petites créatures peuvent agir ensemble. Tu étais tellement certain de ta supériorité que tu ne t’es jamais arrêté pour réfléchir. Le carabao se reposa à l’ombre jusqu’à retrouver son souffle. — Alors qui a gagné ? Les coquillages bruissèrent doucement. — On peut dire nous. Ou personne. Tu as failli te faire du mal uniquement parce que tu refusais de perdre. Le buffle baissa la tête. — Je me suis moqué de toi parce que tu étais petit. — C’est vrai. — Et vous m’avez montré que la taille ne décide pas de tout. — Exact. — La prochaine fois, je réfléchirai avant de me vanter. — Cela te fera gagner beaucoup plus de temps que de courir le long de toute la rivière. Le carabao éclata de rire. Il retourna lentement dans l’eau, sans se presser. Depuis, chaque fois qu’on lui disait : — Tu es le plus fort, personne ne peut te battre ! il répondait : — La force et la vitesse sont utiles. Mais il est encore plus utile de savoir quand courir et quand s’arrêter pour penser.

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